Extension Factory Builder
24/09/2012 à 15:52
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

La dernière régurgitation des caricatures de Mohammed publiée en France par Charlie Hebdo et la version islamophobe du Juif Süss filmée à la tronçonneuse par un monomaniaque américain ont en commun la même et affligeante absence de talent avec, pour ce qui concerne l'hebdomadaire satirique, une circonstance aggravante : quoi qu'en disent les héritiers de Hara-Kiri (publication du même acabit, dont le sous-titre était « journal bête et méchant »), leur objectif n'a jamais été de tester les limites de la liberté d'expression jusqu'au seuil de l'intolérable, mais bien de vendre du papier quelles qu'en soient les conséquences. Rien de tel, dans la France d'aujourd'hui, que d'exhiber les seins d'une princesse anglaise ou de croquer les fesses d'un prophète de l'islam pour épuiser les tirages des journaux. C'est dans le caniveau qu'on trouve les meilleures recettes de com.

Le but de tout pyromane étant de jouir de l'incendie qu'il a allumé, mieux aurait valu que le feu ne prenne pas, qu'en l'occurrence ces caricatures pour potaches mal déniaisés et cette sitcom débile pour croisés bas du front rejoignent dans l'indifférence générale la poubelle des provocations ratées. Seulement voilà : de Benghazi à Tunis, de Sanaa au Caire, de Khartoum à Beyrouth, le piège a parfaitement fonctionné, à la secrète satisfaction de ceux pour qui en tout musulman sommeille un Ben Laden. Certes, le monde arabe ne s'est pas embrasé, et les orphelins d'Al-Qaïda qui se sont lancés à l'assaut des ambassades ne représentent qu'une infime minorité des croyants. Mais jamais le fossé d'incompréhension aura semblé aussi profond entre un Occident largement déchristianisé et laïcisé, où la liberté de tout dire ne se heurte qu'aux barrières fluctuantes du droit, et un monde arabo-musulman profondément religieux, où il ne viendrait à l'esprit d'aucun dessinateur de caricaturer Moïse et Jésus et où un film comme « Da Vinci Code », jugé blasphématoire pour les catholiques, demeure très largement interdit de diffusion.

Ne nous y trompons pas : si les atteintes au sacré paraissent, vues du Nord, relever de l'anecdote, elles sont, en terre d'islam, perçues comme autant de violations de cette même liberté, dont le droit élémentaire de ne pas être insulté dans ses valeurs et son identité est une composante existentielle. Cette exigence de dignité n'est pas une affaire de vieilles barbes ou de jeunes exaltés du jihad. Les révolutionnaires arabes, tant célébrés en Occident, étaient avant tout porteurs d'un impératif moral : le respect de la volonté populaire bafouée par des régimes jugés impies. Après Abou Ghraib, Guantánamo, les corans profanés, les drones tueurs de civils et bien d'autres agressions, quel musulman peut comprendre que les pouvoirs publics n'aient, en France et aux États-Unis, d'autre réaction que de fournir aux boutefeux une protection policière ? Pourquoi, si les seins de Kate Middleton ont valu à Closer une condamnation, aucune plainte contre Charlie Hebdo ou contre le producteur de L'Innocence des musulmans n'a-t-elle la moindre chance d'aboutir ? Seule réponse : la liberté est en Occident une norme intouchable, quitte à devenir elle-même liberticide. Et meurtrière. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Article suivant :
Un sacrilège immonde

Article précédent :
Tunisie : adieu libertés ?

Réagir à cet article

International

Un tandem remplace Christophe de Margerie à la tête de Total

Un tandem remplace Christophe de Margerie à la tête de Total

 Pour prendre la succesion de Christophe de Margerie, décédé le 20 octobre dans un accident d'avion, le groupe français Total a confié le poste de président du Conseil d'administratio[...]

Ebola : "Je suis un Libérien, pas un virus", la campagne qui veut vaincre la stigmatisation

#IamALiberianNotAVirus (comprenez : "Je suis un Libérien, pas un virus"). C'est la nouvelle campagne qui anime les réseaux sociaux américains pour lutter contre la stigmatisation des personnes[...]

Ebola : mille patients guéris en Afrique de l'Ouest et deux rémissions occidentales

Il y a parfois des nouvelles heureuses dans les tragédies. L'annonce de Médecins sans frontières du "1 000è survivant" d'Ebola sorti de ses centres en Afrique de l'Ouest, ainsi que celle de[...]

Automobile : la Chine, un leader qui pèse lourd en Afrique

Depuis dix ans, les ventes de camions chinois explosent. Pour répondre à la demande, les constructeurs commencent à implanter des usines d'assemblage. Les marques européennes contre-attaquent en[...]

France : Patrick Balkany rattrapé par ses pratiques douteuses en Afrique

Patrick Balkany, député et maire de Levallois-Perret, en banlieue parisienne, a été mis en examen, mardi, pour "blanchiment de fraude fiscale", "corruption" et "blanchiment de[...]

Le foot n'est pas la guerre, vous êtes sûr ?

Il n'y a pas qu'en Afrique que les questions politiques font irruption sur les terrains de football.[...]

RDC : le docteur Mukwege, lauréat du prix Sakharov du Parlement européen

Le docteur congolais Denis Mukwege s'est vu décerner mardi le Prix Sakharov 2014 pour son travail auprès des femmes victimes de violences sexuelles dans les conflits armés de l'est de la RDC.[...]

La course pour la direction du bureau Afrique de l'OMS est lancée...

Qui, début novembre, succédera à l'Angolais Luís Gomes Sambo à la tête du bureau Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ?[...]

Cinéma : "Bande de filles", quatre ados dans le vent

Porté par des actrices non professionnelles, le film de Céline Sciamma "Bande de filles" pose un regard plein de fraîcheur sur les banlieues françaises.[...]

France : Christophe de Margerie l'Africain

Surnommé "Big moustache", le dirigeant de Total Christophe Margerie, mort dans le crash de son jet à l'aéroport de Moscou, a su faire fructifier l'héritage africain du groupe français.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers