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19/09/2012 à 09:08
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Martine Aubry et Harlem Désir, à Paris, le 12 septembre. Martine Aubry et Harlem Désir, à Paris, le 12 septembre. © Alain Robert/Aperçu/Sipa

La première secrétaire, Martine Aubry, laisse les rênes du Parti socialiste à Harlem Désir et se replie sur sa mairie de Lille. Pour mieux rebondir un jour à Matignon ?

Martine Aubry n'aura plus à invoquer l'adage devenu célèbre de sa grand-mère : « Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup. » Sans doute voyait-elle beaucoup de loups rôder autour de son siège de première secrétaire du Parti socialiste pour avoir entretenu aussi longtemps le flou sur son départ ; au point que certains se sont demandé jusqu'au dernier moment si Martine-la-roublarde, familière des coups de tête imprévisibles, n'allait pas finalement rempiler. Harlem Désir étant sorti vainqueur des ultimes empoignades de la succession, elle s'en va, mais à ses conditions.

Finir le boulot

La « dame des 35 heures », qui se revendique « besogneuse » et en abat au moins le double chaque semaine, entendait d'abord « finir le boulot ». Elle avait réhabilité l'inusable mot clé de toute alternance : le changement. François Hollande avait ajouté « c'est maintenant ». Elle a complété lors de l'université d'été de La Rochelle par le mot d'ordre « réussir le changement », alors que les sondages enregistraient les premiers désenchantements de l'opinion. Elle assignait alors pour rôle au PS « de transformer l'espoir en nouvel avenir », se hâtant d'ajouter « dans le soutien indéfectible au président et au gouvernement ». Soutien ou vigilance ? Sans doute les deux à la fois, pour elle qui ne veut pas plus d'un parti subordonné au pouvoir que d'une majorité godillot, mais ne s'est manifestement pas départie de ses premières méfiances à l'encontre de la « gauche molle ».

C'est la raison de son autre exigence : choisir elle-même son successeur pour s'assurer qu'elle laissait la Rue de Solférino « en de bonnes mains » - traduisez : en empêchant le clan Hollande d'y mettre les siennes et de monopoliser, après Matignon et la présidence du groupe parlementaire, toutes les commandes. « C'était son arme nucléaire, explique un proche. Si elle n'obtenait pas satisfaction, elle restait. » Avec la menace pour le nouveau pouvoir d'une cohabitation orageuse.

Pressé de la voir partir, l'Élysée avait fait passer la consigne, jusque dans la presse : "Surtout ne lui faites pas d'emmerdes."

Sans prétendre lui donner des leçons de fermeté, la « tsarine » ne lui conseillait-elle pas déjà de mettre à la raison, sinon à la porte, les adversaires du non-cumul des mandats et, plus grave, les hésitants du pacte européen arraché à Angela Merkel. Pas question donc de primaire pour le choix du successeur. Restait à trouver le moyen de l'adouber sans provoquer trop de grogne chez les militants et hiérarques en proie à des scrupules démocratiques. Martine lança alors un beau matin à Jean-Marc Ayrault : « Et si on présentait une motion commune pour le congrès d'octobre ? » Elle pouvait d'autant moins douter de son accord que l'Élysée, dans sa hâte de la voir partir, avait fait passer le mot d'ordre jusque dans la presse : « Surtout ne lui faites pas d'emmerdes. » Avec sa motion unitaire promise à une écrasante majorité, Aubry ne s'assurait pas seulement le congrès de rassemblement qu'elle avait fait plébisciter d'avance par l'université d'été, elle obtenait la désignation statutairement automatique de son dauphin, qu'il lui suffisait, pour l'introniser, de placer en tête des signataires de la contribution gagnante. Bien joué !

Besoin de repos

Son boulot fini, elle pouvait partir en majesté après avoir régné quatre ans, plus souvent dans la douleur que dans le bonheur, sur une « boutique », confie son entourage, « qu'elle n'a jamais aimée ». Pour autant, son retrait n'est pas une retraite, même si, à 62 ans, elle reconnaît éprouver un besoin de repos. Son repli sur Lille ne sera pas davantage l'exil qu'on lui avait déjà prédit lorsque, en 2000, elle avait quitté le gouvernement de Lionel Jospin. Dans une France qui se décentralise, la gestion d'une métropole régionale, « passionnant concentré de tous les problèmes du pays », vaut bien à ses yeux la direction d'un grand ministère, fût-ce le superportefeuille de la Culture dont elle rêvait naguère. Pour elle, c'était Matignon ou rien. Dès lors que l'exécutif lui échappait, elle préférait redevenir la première à Lille plutôt que de rester la deuxième à Paris.

À ceux qui la mettent de nouveau en garde contre les ingratitudes de la politique, elle oppose l'exemple d'Alain Juppé et de son propre père, Jacques Delors : ont-ils perdu de leur influence depuis qu'ils ont quitté les plus hautes responsabilités ? Comme eux, elle entend demeurer « une voix qui compte ». Nul doute que cette catho de gauche profitera de ses nouvelles disponibilités pour s'appliquer à elle-même les consignes ardemment prodiguées aux militants de La Rochelle : « réfléchir et rénover » pour donner un « sens » à la politique. Les journalistes, qui lui ont décerné le « Grognon d'or » pour sa propension à les rembarrer, continueront de se disputer ses déclarations, y compris les célèbres rosseries qu'elle continuera de démentir avec les mêmes accents de vertu outragée.

Elle a beau affirmer qu'elle a « horreur de s'accrocher », ses fidèles remarquent qu'à chacun de ses départs elle s'est toujours ménagé une porte pour revenir. La prochaine pourrait-elle lui permettre d'accéder enfin à Matignon, dans l'hypothèse prévisible où Hollande changerait de Premier ministre en cours de mandat pour relancer ses chances de réélection ? Se plaçait-elle elle-même dans cette perspective quand elle fixait à La Rochelle la nouvelle feuille de route du PS, « deux quinquennats pour changer la société française » ? Elle se défend d'une anticipation aussi hasardeuse. Du moins peut-elle espérer que, après avoir contribué au retour de la gauche au pouvoir, elle apparaîtra encore la plus capable de l'y maintenir.

Enfin Désir vint

Au terme de longues négociations, le fondateur de SOS Racisme a finalement été choisi pour succéder à la première secrétaire du PS.

Martine Aubry a beau préparer sa succession depuis des mois, les négociations pour la désignation de son probable successeur à la tête du Parti socialiste ont été longues et difficiles. Dans la nuit du 11 au 12 septembre, la future ex-patronne du PS s'est finalement ralliée à la candidature de Harlem Désir, son numéro deux, alors que sa préférence allait plutôt au député de Paris Jean-Christophe Cambadélis.

L'élu européen, 52 ans, devient le premier signataire de la motion majoritaire dite « de rassemblement » soutenue par Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre. Une stratégie définie conjointement, dès juillet, par le tandem afin d'éviter une nouvelle guerre des clans.

Sauf coup de théâtre, Désir devrait donc l'emporter, les 11 et 18 octobre, lors du vote des militants, qui précédera le congrès de Toulouse, à la fin de ce même mois. Deuxième signataire de la motion, Guillaume Bachelay, dont Aubry a apprécié le ralliement pendant la campagne de la primaire, devrait devenir le numéro deux du parti. La méthode ne manque pas d'habileté, mais son opacité est critiquée jusque Rue de Solférino, au siège du parti. Surtout, elle ne contribue pas à asseoir la légitimité de Désir, ce dont l'opposition ne manquera de profiter.

Fils d'un Martiniquais et d'une Française, Jean-Philippe - dit Harlem - Désir n'a pas toujours été ce politicien réputé consensuel et adepte de la plus épaisse langue de bois. Lorsqu'il cofonde SOS Racisme, en 1984, association qu'il présidera jusqu'en 1992, il est le porte-voix de toute une génération. Une vraie vedette médiatique. En 1994, il entre au bureau national du PS et apprend à polir son discours. Quatre ans plus tard, sa condamnation à dix-huit mois de prison avec sursis et 30 000 francs d'amende (4 573 euros) pour avoir bénéficié d'un emploi fictif ternit quelque peu son image. Une vieille affaire que ses opposants n'hésitent pas à ressortir aujourd'hui pour tenter de l'affaiblir.

Fort du soutien des ministres Manuel Valls, Vincent Peillon, Pierre Moscovici et Stéphane Le Foll, Désir va devoir asseoir son autorité et faire oublier qu'il n'a en somme été désigné que par défaut. Aubry a en effet eu le plus grand mal à lui pardonner sa neutralité lorsque, pendant la campagne de la primaire, il fut chargé d'assurer son intérim... Mais Harlem Désir va surtout devoir mobiliser le parti et l'aider à trouver sa place aux côtés du président et du gouvernement. Ce ne sera pas forcément facile. Justine Spiegel

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