Le juriste tunisien Yadh Ben Achour s'exprime sur le rapport compliqué entre religieux et laïques. L'ex-opposant à Ben Ali et ancien président de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique (dissoute), estime que la démocratie est le seul système capable de faire respecter la liberté à laquelle chacun a droit.
Jeune Afrique : Religieux et laïques n'ont-ils pas une conception divergente de la notion de liberté ?
Yadh Ben Achour : Oui, tout à fait. Pour un parti religieux, la liberté ne s'exprime que dans le respect du sacré : vous êtes libres, mais ne remettez pas en question les dogmes et les valeurs religieuses. Le démocrate renverse le raisonnement : c'est le sacré qui doit respecter la liberté. Personnellement, j'estime que ma liberté s'exerce tant qu'elle ne porte pas atteinte à celle des autres et à l'ordre public. Pour le religieux, on est libre si l'on respecte Dieu et les Écritures. Il y a un renversement total de perspective.
Comment concilier ces deux conceptions ?
Elles sont inconciliables sur le plan épistémologique. Mais c'est la beauté de la démocratie que d'obliger des gens qui se haïssent à se supporter. Le régime démocratique dit non pas « aimez-vous les uns les autres », ce qui est impossible, mais « supportez-vous les uns les autres » : c'est le seul système qui permette de concilier l'inconciliable.
Une seconde révolution aura-t-elle lieu ?
Je ne crois pas. Peut-être une flambée de violence. La Révolution française a commencé à germer avec la IIIe République, j'espère que ce ne sera pas le cas de la nôtre. Mais, comme la France, nous avons vécu une vraie révolution, conductrice de l'Histoire et qui va orienter notre avenir sur le très long terme. Même si elle échoue dans l'immédiat, et pour moi le risque est très grand, elle est inscrite à jamais dans notre conscience collective.
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Propos recueillis par Laurent de Saint Périer

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