Extension Factory Builder
25/09/2012 à 15:15
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les militaires maliens disent ne pas avoir besoin de l'intervention de troupes étrangères au sol. Les militaires maliens disent ne pas avoir besoin de l'intervention de troupes étrangères au sol. © Habibou Kouyate/AFP/Archives

Pour reconquérir le Nord, Bamako compte notamment sur des blindés commandés il y a plusieurs mois mais bloqués à Conakry. Ceux-ci pourraient être acheminés vers la capitale malienne, dans le cadre de l'accord entre le Mali et la Cedeao sur une intervention africaine contre les groupes islamistes armés.

Le 27 juillet, un cargo battant pavillon turc en provenance de Bulgarie accoste au port de Conakry. Scène ordinaire dans ce terminal où transitent notamment les marchandises à destination du Mali. Mais lorsqu'elles prennent connaissance de la nature du chargement, les autorités guinéennes s'alarment.

Et pour cause : le navire s'apprête à débarquer toute une cargaison d'armes lourdes à destination de Bamako. Informé, le président Alpha Condé saisit ses pairs de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Que faire de ces conteneurs ? Les livrer à l'armée malienne, contrôlée de fait par l'ex-putschiste Amadou Haya Sanogo ? Hors de question. L'institution sous-régionale décide d'un embargo.

Dans la sous-région, personne ne tient à ce que l'ex-junte mette la main sur la précieuse cargaison.

Dans la capitale guinéenne, on assure avoir voulu bien faire. « Nous avons agi dans l'intérêt du peuple malien, car à ce moment-là nous n'avions pas d'interlocuteur à Bamako », justifie Abdoul Kabèlè Camara, ministre délégué à la Défense. Il invoque des directives sécuritaires de la Cedeao et rappelle que les armes sont arrivées à Conakry le jour où Dioncounda Traoré, le président de la transition, revenait à Bamako après de longues semaines de convalescence à Paris. À l'époque, poursuit-il, on se demandait encore qui commandait vraiment au Mali. La composition du gouvernement d'union nationale réclamé par la sous-région ne devait être annoncée que vingt-quatre jours plus tard.

Fragilisés

Une fois les exigences de la Cedeao satisfaites, on s'attendait, au camp militaire de Kati (où Sanogo a élu résidence), à réceptionner la livraison tant attendue. En vain. Le 6 septembre, le secrétaire général du ministère malien de la Défense, le colonel-major Mamadou Idrissa Coulibaly, est donc dépêché à Conakry pour débloquer le dossier. Le même jour, à Bamako, un groupe de manifestants se dirige vers l'ambassade de Guinée. Objectif : faire pression. Devant l'important dispositif de sécurité déployé, le sit-in est finalement annulé. Un participant, très actif au sein du Mouvement populaire du 22 mars, favorable au coup d'État, maintient pourtant que « tout ce qui manque à l'armée, c'est cette logistique que la Cedeao bloque par des manoeuvres politiciennes ».

Car il est au moins un point sur lequel les chefs d'État de la sous-région sont tombés d'accord : ils ne veulent pas que l'ex-junte accapare tous les moyens d'exercice du pouvoir (en l'occurrence, les armes) au détriment d'autorités civiles qui ont été, ces derniers mois, grandement fragilisées. Au sein de l'armée malienne, on confirme que « cette situation est politique avant d'être militaire », et l'on assure que « ces armes peuvent constituer un plus dans la grande opération de reconquête du Nord », que l'on tient à réaliser sans intervention de troupes étrangères au sol.

Lance-roquettes

Renseignement pris, il s'avère que le matériel militaire a été commandé par le président Amadou Toumani Touré bien avant le coup d'État de mars dernier. Une partie a déjà été livrée courant juillet. Les armes ont été achetées en Bulgarie, en Biélorussie et en Ukraine ; il y aurait, rien qu'au port de Conakry, une dizaine de blindés légers (type BRDM) et de véhicules de transport de troupes ainsi que des « orgues de Staline » (camions équipés de lance-roquettes). À Bamako, une source militaire dit également vouloir mettre la main sur une vingtaine de pick-up bloqués au port d'Abidjan et sur des armes et des munitions en attente à Dakar et à Lomé. Elle précise que deux hélicoptères de combat, commandés eux aussi du temps d'ATT, sont bloqués en Ukraine.

Les chefs d'État devaient se réunir à Abidjan le 17 septembre et évoquer la question des armes bloquées à Conakry. Ils se prononceront quand les experts de la Cedeao, du Mali et de la Guinée auront terminé d'en faire l'inventaire. « Nous sommes maintenant dans l'attente », avoue-t-on au ministère malien de la Défense. La crainte, au palais de Koulouba comme à Kati, c'est d'attendre indéfiniment. Mais le récent accord ente la Cedeao et Bamako sur les conditions de déploiement d'une force ouest-africaine, le 23 septembre, laisse de bonnes chances de voir cette situation se résoudre prochainement.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Les pays du 'G5 du Sahel' appellent l'ONU à intervenir en Libye

Les pays du "G5 du Sahel" appellent l'ONU à intervenir en Libye

Les dirigeants des cinq pays du "G5 du Sahel" (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali, Mauritanie), réunis vendredi en sommet à Nouakchott, ont appelé l'ONU à mettre en place une force internationa[...]

Mali : retour en cinq dates sur la vie d'Intalla Ag Attaher, aménokal des Ifoghas

Intalla Ag Attaher, chef traditionnel de la tribu touarègue des Ifoghas, est mort dans la nuit de jeudi à vendredi à Kidal. Retour en cinq dates sur sa vie, intimement liée aux différentes[...]

Hervé Ladsous : "En Centrafrique, il faut des autorités nouvelles issues d'élections avant août 2015"

Présent au forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique (15 et 16 décembre), Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de[...]

Ebola : trois choses à savoir sur la tournée de Ban Ki-moon en Afrique de l'Ouest

Ban Ki-moon a annoncé mercredi à New York qu'il se rendra à partir du 18 décembre en Afrique de l'Ouest. Une tournée dans les pays qui ont été touchés par le virus Ebola.[...]

Mali : IBK assume la libération de quatre jihadistes

Très critiqué dans son pays pour avoir ordonné la libération de quatre jihadistes afin d’obtenir celle de l’otage français Serge Lazarevic le 9 décembre, Ibrahim Boubacar[...]

Mali - France : Lazarevic et Sofara

Un Français vaut-il plus qu'un Malien ? Certains jugeront la question déplacée. Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête au vu des circonstances qui ont mené à la[...]

Jean-Yves Le Drian : "Au Mali comme en Centrafrique, l'heure de vérité approche"

Un an après le déclenchement de l'opération Sangaris, et deux ans après celui de l'opération Barkhane, le ministre français de la Défense affiche ses objectifs : des[...]

Paris veut un accord de paix au Mali en janvier

Paris souhaite que les négociations de paix maliennes entre Bamako et les groupes armés du Nord, sous médiation algérienne, aboutissent en janvier, a déclaré le ministre français de[...]

Sahel : Lazarevic pense avoir été capturé pour une rançon et nie être un mercenaire

L'ex-otage français Serge Lazarevic, libéré mardi après plus de trois ans de captivité au Sahel, a estimé dimanche, dans le journal de 20 heures de France 2, que ses ravisseurs l'avaient[...]

Mali : le Tunisien Mongi Hamdi nommé à la tête de la Minusma

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, remplace le Néerlandais Bert Koenders à la tête de la Minusma, a annoncé vendredi un communiqué des Nations unies.  [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers