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16/09/2012 à 11:40
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Une agence Pôle emploi. Une agence Pôle emploi. © AFP

Le cap des 3 millions de chômeurs est dépassé. En dépit des mesures conjoncturelles que le gouvernement s'apprête à adopter, la situation va continuer de se dégrader. Jusqu'au retour de la croissance.

« L'année prochaine, quel sera le taux de chômage ? Personne ne le sait. Les 3 millions de demandeurs d'emploi, c'est déjà fait. Les chiffres de juillet sont dépassés. Ce n'est pas la peine de s'interroger sur le taux de 10 % : c'est déjà fait. » En balançant cette mauvaise nouvelle sur Radio J le 2 septembre, Michel Sapin, le ministre du Travail, a voulu faire toute la lumière sur la descente aux enfers du marché du travail français. Histoire qu'on n'en attribue pas la responsabilité au tout jeune gouvernement socialiste. À sa décharge, celui-ci peut faire valoir que, à la demande du gouvernement Fillon, les groupes PSA, Sanofi, ArcelorMittal, Air France, Rio Tinto, Doux, Carrefour et quelques autres avaient repoussé après la présidentielle les milliers de suppressions de postes qu'ils estimaient indispensables pour améliorer des résultats dégradés. Ces plans ont fleuri à partir de la fin de juin.

Cela ne rassérénera ni l'Élysée ni Matignon, mais il faut rappeler que, malgré son taux enviable de 5,5 %, l'Allemagne se prépare à remettre en route son système de chômage à temps partiel en raison de la dégradation de son marché du travail. Et que le Royaume-Uni compte 1 million d'emplois à temps partiel de plus qu'en 2008. Sans parler de l'Espagne, où l'on recense pas moins de 4,63 millions de sans-emploi !

François Hollande en tête, les socialistes se souviennent de leur cauchemar de 1992, quand François Mitterrand et Pierre Bérégovoy, son Premier ministre, bataillaient pour éviter de franchir le seuil des 3 millions de chômeurs. Ils n'y parvinrent pas, et la gauche fut chassée du pouvoir un an plus tard...

Pas de potion magique

Depuis, toutes les parades ont été essayées, par la droite comme par la gauche, pour combattre ce fléau. Et personne n'a trouvé la potion magique. Dès son arrivée au gouvernement, le bouillant Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, a eu la tentation d'interdire les licenciements « boursiers » destinés à accroître les bénéfices. Mais ceux qui étaient annoncés étaient motivés par des déficits. Il s'est donc rabattu sur l'idée d'interdire les fermetures de sites industriels viables. On attend le projet de loi ad hoc.

Depuis deux semaines, on commence à mieux percevoir les mesures que le gouvernement entend mettre en oeuvre. Elles sont très classiques : il s'agit d'alléger les charges sur les bas salaires pour faciliter l'embauche. Les « emplois d'avenir » rappellent les « emplois jeunes » du gouvernement Jospin, mais concerneront en priorité 150 000 jeunes des quartiers dits « sensibles » en 2013 et 2014. Les « contrats de génération » participent d'une autre logique : durant le quinquennat, 500 000 jeunes seront placés sous le tutorat de 500 000 seniors, les entreprises acceptant de garder ceux-ci et d'embaucher ceux-là moyennant quelque 2 000 euros annuels d'allègement de charges.

Alléger les charges sur les bas salaires pour faciliter l'embauche ? Pourquoi pas.

Compétitivité

François Hollande est aussi convaincu que le chômage ne reculera pas tant que la croissance ne sera pas de retour. Avec le concours des chefs de gouvernement espagnol et italien, il a donc fait, avec succès, le siège de la chancelière allemande pour lui faire accepter que l'Union européenne débloque des fonds pour de grands chantiers. Le problème est que, en contradiction avec ce futur renfort financier, des coupes claires sont en préparation dans les grands chantiers que le président précédent souhaitait lancer afin de rééquilibrer le budget. Elles devraient concerner la construction de lignes de chemin de fer à grande vitesse, le creusement de canaux et des travaux sur divers monuments.

Il faudra viser plus loin que ces mesures circonstancielles. Pour restaurer la compétitivité - la France ne cesse de perdre des parts de marché au plan mondial -, la doctrine du nouveau pouvoir n'est pas arrêtée. Il est tiraillé entre François Chérèque, le secrétaire général du syndicat CFDT, qui estime que « le coût du travail est aussi un facteur de perte de compétitivité » et qu'il faut donc « le baisser en transférant une partie des charges sur la contribution sociale généralisée [CSG, NDLR] sans toucher le pouvoir d'achat », et Laurence Parisot, la patronne des patrons, qui est favorable à un assouplissement du carcan du code du travail et à une plus grande flexibilité des contrats de travail afin de rendre les licenciements et les embauches plus faciles. Le mot « flexibilité » fait hurler Jean-Claude Mailly, le secrétaire général du syndicat Force ouvrière, qui refuse même d'en discuter.

Passoire

D'autres, comme Pierre Gattaz, président du directoire de Radiall, demandent qu'on en finisse avec « l'Europe-passoire » et qu'on rétablisse des règlements pour préserver l'équité des échanges commerciaux. Ils souhaitent par exemple que les marchés publics européens soient moins ouverts à la concurrence étrangère (17 % d'entre eux le sont) tant que les États-Unis (5 %) et le Japon (2 %) protégeront les leurs.

En raison de la complexité de négociations sur une vraie « flexisécurité » à la scandinave - licenciements faciles, mais fortes aides pour le retour à l'emploi - et compte tenu de la lenteur de discussions internationales qui tournent trop souvent à la palabre de marchands de tapis, on comprend pourquoi Michel Sapin concluait son propos sur Radio J sur une note pas franchement optimiste. « Est-ce que le chômage va augmenter encore beaucoup ? disait-il. Oui, il va augmenter. Est-ce qu'on peut inverser la tendance ? Oui, on peut. » Comment ? « Il faut de la croissance. » Et pour faire repartir celle-ci, aucune déclaration, aucun volontarisme, aucune baguette magique ne fonctionne, comme a pu le constater Nicolas Sarkozy pendant les mois qui ont précédé son échec électoral.

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