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17/09/2012 à 17:44
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Affrontement entre opposants et policiers à Lomé le 21 août. Affrontement entre opposants et policiers à Lomé le 21 août. © AFP

Au fil des manifestations, le ton monte entre le pouvoir et l'opposition, qui ne semble pas disposée à négocier. Les élections législatives togolaises, prévues en novembre, sont au coeur du bras de fer.

La terre frémit de nouveau au Togo. Et conformément à une tradition respectée tout au long de cinquante années d'histoire tourmentée, Lomé, la frondeuse capitale, est en première ligne. Pouvoir et manifestants se défient dans des rues aux allures de champs de bataille. Sous le panache des gaz lacrymogènes, le Collectif sauvons le Togo (CST) bat le macadam et croit venue l'heure de balayer le pouvoir de Faure Essozimna Gnassingbé.

Le 12 juin, l'appel à manifester a été largement suivi. Les 21, 22 et 23 août aussi. Mais à chaque fois les protestataires ont trouvé sur leur chemin des gendarmes et des policiers prêts à en découdre qui ont empêché que la place Dékon ne prenne des airs de place Al-Tahrir. Souvent, les marches ont dégénéré en batailles rangées entre manifestants et forces de l'ordre, et se sont soldées par des dizaines de blessés.

Mais que veulent les opposants togolais ? La liste des revendications est longue. Alerté par un projet de modification du code électoral, le collectif créé en avril s'est mobilisé pour obtenir des garanties sur la transparence des législatives, prévues normalement avant le 11 novembre et dont l'opposition exige le report à juin 2013. Les manifestants souhaitent également revenir à la limitation du nombre de mandats présidentiels, dont la durée serait fixée à cinq ans, renouvelable une fois.

Zèle

Aux avant-postes, trois principaux « chefs de guerre », dont Jean-Pierre Fabre, candidat malheureux à la présidentielle de mars 2010. Il n'a jamais digéré les résultats du scrutin qui donnaient Faure Gnassingbé vainqueur avec 60,92 % des suffrages, quand lui-même était classé deuxième (33,94 %). Par la suite, il a rompu avec son ancien mentor, l'opposant historique Gilchrist Olympio, à qui il disputait le contrôle de l'Union des forces de changement (UFC), premier parti d'opposition. Le différend a provoqué la scission de l'UFC, poussant Fabre et ses alliés à créer une formation taillée à la mesure de son ambition : l'Alliance nationale pour le changement (ANC).

Gabriel Agbéyomé Kodjo est l'autre homme en colère du CST. Ancien Premier ministre de Gnassingbé Eyadéma, cet ex-sécurocrate converti à l'opposition radicale avait servi le père du chef de l'État avec un zèle qui n'a d'égal que sa détermination à combattre le fils. Enfin, le troisième homme est Zeus Ajavon, un avocat issu de la société civile, bombardé coordinateur du collectif.

Chômeurs en colère plus opposants en embuscade. Un cocktail détonnant.

La montée en puissance du CST a déjà fait des victimes dans le camp présidentiel. Sous la pression de la rue, le président a accepté, le 11 juillet, la démission de son Premier ministre, Gilbert Fossoun Houngbo. Dans les jours qui ont suivi, Faure Gnassingbé a décroché son téléphone pour inviter Fabre et Ajavon à discuter. Peine perdue. « Ils ont décliné l'offre de dialogue du président », regrette Gilbert Bawara, ministre de l'Administration territoriale.

 Nommé à la tête du gouvernement le 19 juillet, Kwesi Séléagodji Ahoomey-Zunu a été prié de veiller à la promotion du dialogue avec l'opposition et au respect des droits des opposants. Lui aussi a invité, en vain, les tauliers du CST à une rencontre. Du coup, le deuxième regroupement d'opposants, la coalition Arc-en-Ciel, qui rassemble quatre partis politiques, a également décliné l'invitation. « Il ne sert à rien d'aller négocier alors que d'autres opposants continuent de manifester », explique l'avocat Dodji Apévon, coordinateur d'Arc-en-Ciel et président du Comité d'action pour le renouveau (CAR), parti d'opposition fondé en 1991 par Me Yawovi Agboyibo.

Dans les prochains jours, Apévon souhaite infléchir le refus de Sauvons le Togo de négocier avec le pouvoir. « Contrairement au CST, nous sommes des partis politiques et nous aspirons à gouverner », poursuit-il. Son rêve est de rapprocher les deux bords de l'opposition pour en faire un cartel électoral qui proposera des candidatures communes lors des législatives. « Nous échouons depuis 1990 parce que nous y allons en rangs dispersés. Or, en ce moment, nous avons de bonnes chances d'obtenir la majorité à l'Assemblée nationale », conclut-il.

Pour l'instant, le CST ne veut rien entendre. « Faure dégage ! » répète-t-on dans ses rangs. « Cette revendication est totalement irréaliste, s'agace Essodeina Petchezi, secrétaire général adjoint de la présidence. D'ailleurs, personne ne la prend au sérieux. » Quant au gouvernement, il joue l'apaisement. « Nous restons ouverts et disponibles pour recueillir les contributions de ceux qui n'ont pas répondu à l'invitation du Premier ministre », précise Gilbert Bawara.

Alliance. Ce dialogue de sourds est le signe d'une profonde crise de confiance entre la classe dirigeante et la population, mais aussi entre acteurs politiques. Ce scénario, Faure Gnassingbé a essayé de l'éviter. Comment parvenir à redresser l'économie du pays dans un tel climat ? Il voulait bâtir un paradis pour les investisseurs, une capitale idéale pour accueillir les sièges des multinationales, à l'instar d'Ecobank, d'Orabank ou d'Asky Airlines, avec un aéroport et un port en cours d'extension, des hôtels et des chantiers routiers qui ont changé le visage de Lomé la belle...

N'est-il pas parvenu, au bout de délicates négociations, à apprivoiser Gilchrist Olympio ? Farouche ennemi de la famille Gnassingbé depuis l'assassinat de son père, l'ex-président Sylvanus Olympio, Gilchrist a finalement choisi de participer à la gestion des affaires publiques. Signé le 26 mai 2010, l'accord entre le Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir) et l'UFC a scellé la nouvelle alliance et permis l'entrée au gouvernement de plusieurs de ses membres.

Le fils de Gnassingbé Eyadéma a également créé, en février 2009, une Commission Vérité, Justice et Réconciliation pour exorciser les démons de la violence politique qui a endeuillé le Togo entre 1958 et 2005, mettre fin à l'impunité et apaiser les familles des victimes. Présidée par Nicodème Barrigah, évêque d'Atakpamé, la commission a rendu son rapport final le 3 avril dernier.

HÉRITAGE. Quelques jours plus tard, le 14 avril, Faure Gnassingbé a dissous le RPT, l'ex-parti unique cher aux caciques de l'ancien régime, et lancé l'Union pour la République (Unir). Ce jour-là encore, il prend ses distances avec l'héritage paternel : « Le congrès [au cours duquel l'Unir a été créée] est appelé à consacrer une forme de rupture avec le passé et à marquer le début d'une nouvelle ère », a-t-il déclaré.

Cela suffira-t-il à calmer ses détracteurs ? Le président fait bouger les lignes, mais ne le dit pas assez. Bien qu'il soit féru de nouvelles technologies, il n'aime pas communiquer, ce qui peut poser un problème lorsqu'il faut « vendre » et expliquer les réformes. Pourtant, les finances publiques sont bien gérées : le Togo a enregistré, selon le Fonds monétaire international (FMI), une croissance de 4,1 % en 2011, qui devrait se poursuivre en 2012 et 2013. Cependant, ce bon tableau de bord est relativisé par le chômage des jeunes, situé à 21,4 % dans les villes. Chômeurs en colère plus opposants en embuscade... Le cocktail, détonant, est connu.

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