Extension Factory Builder
13/09/2012 à 15:37
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Cheick Modibo Diarra (g) et Dioncounda Traoré (d), le 23 août. Cheick Modibo Diarra (g) et Dioncounda Traoré (d), le 23 août. © AFP

Le 4 septembre, Dioncounda Traoré, le président par intérim, a demandé l'aide de la Cedeao pour libérer le nord du Mali de l'emprise djihadiste. Une requête curieusement formulée et qui a apparemment pris de court le capitaine Sanogo.

Il aurait dû s'y attendre. Pourtant, le 5 septembre, peu après minuit, quand il reçoit un coup de fil l'informant que le Mali demande officiellement l'aide de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), le capitaine Amadou Haya Sanogo est pris au dépourvu. Lui le chef de la junte qui a renversé Amadou Toumani Touré le 21 mars et qui, il y a quelques semaines encore, était au centre de toutes les décisions apprend la nouvelle - presque - comme tout le monde. « Je fais partie des premiers à l'avoir appelé lorsque la presse l'a annoncé, affirme l'un de ses conseillers. Il m'a dit qu'il n'était pas au courant du courrier adressé à Alassane Ouattara [chef de l'État ivoirien et président en exercice de la Cedeao, NDLR]. »

L'homme fort de Kati n'aurait pas dû être étonné. Il y a longtemps que la sous-région invite instamment le Mali à adresser sa requête à la Cedeao. Depuis avril, le nord du pays est aux mains des djihadistes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) et des islamistes d'Ansar Eddine. Les villes sont tombées les unes après les autres. Et presque chaque fois, les militaires ont quitté leurs positions, souvent en abandonnant armes et bagages.

Doléances

« Cela fait des mois que le gouvernement travaille à cette requête, fait valoir Hamadoun Touré, ex-ministre de la Communication, désormais conseiller spécial de Cheick Modibo Diarra, le Premier ministre. En l'absence du président [il était en convalescence en France, NDLR], c'est le Premier ministre qui suivait les travaux de l'état-major général des armées et du ministère de la Défense et qui en rendait compte régulièrement au président. » Plus de trois mois de discussions, de concertations et de réunions pour que le Mali consente enfin à demander le soutien de ses voisins de la Cedeao. Là encore, pas de vraie surprise. Tenant à la fois du plaidoyer politico-humanitaire et du cahier de doléances, la lettre - dont J.A. s'est procuré copie - de Dioncounda Traoré, le président par intérim, reprend presque point par point les conclusions de la rencontre entre le chef d'état-major général de l'armée malienne et ses pairs ouest-africains. C'était les 13 et 14 août à Bamako. Traoré demande cinq bataillons pour garder les villes lorsqu'elles seront reprises, et un soutien pour réorganiser les forces de défense et de sécurité. Autant dire qu'aucune intervention militaire ne sera possible avant de longs mois.

Une partie de l'armée refuse des troupes étrangères sur son sol...

En revanche, le Mali refuse le déploiement de la mission de la Cedeao (Micema, la force régionale) dans la partie sud du pays, s'estimant capable d'assurer la sécurité des institutions par ses propres moyens. « La position de l'armée malienne n'a jamais varié, assure Bakary Mariko, l'un des porte-parole du capitaine Sanogo. Nous ne voulons pas de troupes étrangères sur notre sol, mais une aide logistique pour reprendre le Nord. Surtout, nous voulons que la Cedeao lève l'embargo sur l'armement malien bloqué dans les ports de Dakar et de Conakry [au lendemain du coup d'État du 21 mars]. »

Des propos entendus les 5 et 6 septembre à Kati, où une partie des militaires ont bruyamment manifesté leur mécontentement. « C'est notre pays, nous le connaissons et nous sommes prêts à repartir dans le Nord », s'insurge Lamine, un adjudant. Pour toute une frange de la population, des troupes ouest-africaines sont avant tout des forces d'occupation. Sans compter que les Maliens ont très mal vécu le fait d'apprendre la nouvelle par les radios étrangères. L'information a filtré depuis le Burkina Faso par l'intermédiaire de Jean-Félix Paganon, le représentant spécial de la France pour le Sahel.

« L'armée malienne n'est pas capable de reprendre le Nord toute seule », s'impatiente un diplomate nigérien inquiet du désordre qui règne à la frontière. « C'est le mouvement d'humeur d'un groupuscule d'extrémistes, minimise pour sa part un proche du président malien. Et jusqu'à preuve du contraire, même si un de ses porte-parole a protesté dans la presse, le capitaine Sanogo lui-même ne s'est pas exprimé. »

Circonspect

Car, dans le fond, les relations Sanogo-Traoré sont au beau fixe. La junte n'est toujours pas officiellement dissoute, mais le capitaine a publiquement reconnu l'autorité du président par intérim lorsque celui-ci est rentré au Mali, en juillet. Bien qu'il réduise au minimum ses déplacements, Sanogo rencontre régulièrement le chef de l'État - parfois deux à trois fois par semaine - à sa résidence provisoire, au Quartier du fleuve (dans le centre-ville de Bamako), et ils se parlent presque quotidiennement au téléphone. Leur principal sujet de conversation ? La réforme des forces de défense et de sécurité, dont Sanogo a en partie la charge. Il prend soin de consulter et d'informer son aîné à chaque étape. Elle est loin l'époque où l'animosité régnait entre eux...

« Sanogo a compris qu'il a intérêt à rester dans l'ombre s'il veut la paix avec la Cedeao. Cela ne l'empêche pas de peser, insidieusement, sur certaines décisions », confie un diplomate ivoirien.

Le triumvirat aurait-il enfin trouvé son équilibre ? « Traoré se charge de la partie politique, Diarra de l'aspect technique et Sanogo de l'armée », analyse un connaisseur.

« Cette lettre n'est que le début du processus, explique Hamadoun Touré. Le Premier ministre devra se rendre au Conseil de sécurité de l'ONU pour défendre le dossier malien. » Ce sera une autre affaire. Dans les représentations diplomatiques occidentales, on se montre circonspect. Jusqu'à présent, les premières propositions militaires de la Cedeao, jugées trop imprécises, ont été retoquées.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Ebola : trois choses à savoir sur la tournée de Ban Ki-moon en Afrique de l'Ouest

Ebola : trois choses à savoir sur la tournée de Ban Ki-moon en Afrique de l'Ouest

Ban Ki-moon a annoncé mercredi à New York qu'il se rendra à partir du 18 décembre en Afrique de l'Ouest. Une tournée dans les pays qui ont été touchés par le virus Ebola. Pou[...]

Mali : IBK assume la libération de quatre jihadistes

Très critiqué dans son pays pour avoir ordonné la libération de quatre jihadistes afin d’obtenir celle de l’otage français Serge Lazarevic le 9 décembre, Ibrahim Boubacar[...]

Mali - France : Lazarevic et Sofara

Un Français vaut-il plus qu'un Malien ? Certains jugeront la question déplacée. Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête au vu des circonstances qui ont mené à la[...]

Jean-Yves Le Drian : "Au Mali comme en Centrafrique, l'heure de vérité approche"

Un an après le déclenchement de l'opération Sangaris, et deux ans après celui de l'opération Barkhane, le ministre français de la Défense affiche ses objectifs : des[...]

Paris veut un accord de paix au Mali en janvier

Paris souhaite que les négociations de paix maliennes entre Bamako et les groupes armés du Nord, sous médiation algérienne, aboutissent en janvier, a déclaré le ministre français de[...]

Sahel : Lazarevic pense avoir été capturé pour une rançon et nie être un mercenaire

L'ex-otage français Serge Lazarevic, libéré mardi après plus de trois ans de captivité au Sahel, a estimé dimanche, dans le journal de 20 heures de France 2, que ses ravisseurs l'avaient[...]

Mali : le Tunisien Mongi Hamdi nommé à la tête de la Minusma

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, remplace le Néerlandais Bert Koenders à la tête de la Minusma, a annoncé vendredi un communiqué des Nations unies.  [...]

Le Mali confirme que des jihadistes ont été libérés en échange de l'ex-otage français Lazarevic

Plusieurs prisonniers détenus à Bamako ont bien été libérés en échange de l'ex-otage français Serge Lazarevic, a confirmé vendredi le ministre malien de la Justice,[...]

Mali : vers un accord de paix définitif ?

Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) paraît peu enclin à signer le projet d'accord de paix proposé par la médiation algérienne. Bamako compte sur Rabat pour convaincre le[...]

Mali : la mort d'Ahmed el-Tilemsi, un coup dur pour le Mujao et Belmokhtar

Ahmed el-Tilemsi, l'un des principaux chefs jihadistes de la bande sahélo-saharienne, a été tué dans un raid mené par les militaires français dans le nord du Mali. Pour Paris, il s'agit[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers