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11/09/2012 à 09:40
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À la primature, le 22 août. À la primature, le 22 août. © J.A

La RDC a une mauvaise image, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo en est bien conscient. Le sommet de la Francophonie de Kinshasa, prévu au mois d'octobre et auquel participera le président français François Hollande, pourrait aider à redorer le blason congolais.

Nommé Premier ministre il y a quatre mois, Augustin Matata Ponyo, 48 ans, entend bien redorer le blason terni de son pays en lançant une série de réformes. Fort de résultats macroéconomiques satisfaisants, l'ancien ministre des Finances mise sur une gestion rigoureuse, seule capable de tirer la RDC vers le haut. Cela passe par la réhabilitation d'une administration publique sinistrée et généralement corrompue. Mais aussi par la réforme du système judiciaire afin qu'il soit réellement indépendant du pouvoir exécutif. Contrairement à ses deux prédécesseurs, il a l'avantage d'appartenir au Parti du peuple pour le redressement et la reconstruction (PPRD), la formation présidentielle. Cela devrait lui éviter a priori les attaques de son propre camp et les désagréments d'un « gouvernement bis » au niveau de la présidence, ses relations avec Joseph Kabila étant, pour le moment, des plus cordiales.

Jeune Afrique : Dans quelle situation économique se trouve la RDC ?

Augustin Matata Ponyo : La croissance demeure soutenue et se situera, d'après les dernières projections, à 7,2 % d'ici à fin décembre. En ce qui concerne l'inflation, elle devrait s'établir à 4 % sur l'année, contre les 9,9 % retenus dans le cadre du programme du gouvernement. Le rythme de création des richesses dépasse largement la croissance de la population, estimée à 3 %. S'agissant des finances publiques, l'exécution du budget de l'État arrêté au 10 août dégage un excédent de 260 milliards de francs congolais [220 millions d'euros, NDLR].

Comment alors expliquer le contraste entre les indicateurs macroéconomiques et le quotidien des Congolais, qui reste difficile ?

Le processus de création de richesses se poursuit. Néanmoins, en dépit d'une croissance économique de 6 % au cours des dix dernières années, le chômage reste endémique. Il a frappé la moitié des Congolais pendant cette période. Par ailleurs, plus de 70 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, et notre indice de développement humain figure parmi les plus faibles au monde. Le paradoxe entre l'amélioration de la situation économique générale et les conditions de vie de nos concitoyens demeure donc préoccupant. Voilà pourquoi le gouvernement s'attelle à la redistribution des richesses via la relance de l'agriculture et l'amélioration des filets de protection sociale pour les plus démunis.

La RDC se situe toujours dans les profondeurs du classement « Doing Business », par lequel la Banque mondiale évalue le climat des affaires. Que comptez-vous faire pour attirer les investisseurs ?

Nous sommes conscients que ce classement place la RDC à un niveau peu enviable, malgré les progrès significatifs accomplis depuis 2009. Pour y remédier, nous avons mis en oeuvre des réformes, avec notamment la création du Comité de pilotage pour l'amélioration du climat des affaires et des investissements [CPCAI]. Parallèlement, j'ai institué au sein de mon cabinet un collège chargé exclusivement de cette question.

Il faut reconnaître que l'image de l'administration publique congolaise est extrêmement négative.

Qu'est-ce qui peut changer ?

Nos efforts vont dans le sens de la protection des investisseurs, l'amélioration des infrastructures, la sécurité juridique et judiciaire... Des mesures ont également été prises notamment pour lever les obstacles au commerce transfrontalier avec l'établissement d'un guichet unique électronique intégré qui permet la création d'entreprise en trois jours. Par ailleurs, les instruments d'adhésion à l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires [Ohada] ont été déposés le 13 juillet.

Cela suffira-t-il pour endiguer la corruption des fonctionnaires qui se livrent au racket et au détournement des recettes destinées au Trésor public ?

Il faut reconnaître que l'image de l'administration publique congolaise est extrêmement négative. Non seulement les prestations des services publics de base ne répondent pas aux normes de qualité, mais elles sont aussi sources de corruption. L'accessibilité à ces services est faiblement garantie, en particulier pour les populations vivant dans les régions reculées ou pour celles qui ne disposent pas de ressources suffisantes pour y accéder. Le gouvernement a retenu, parmi ses objectifs prioritaires, la poursuite des réformes institutionnelles en vue de renforcer l'efficacité de l'État.

Le Nord-Kivu est, une fois de plus, à feu et à sang...

En mai, Bosco Ntaganda a conduit une mutinerie. En réaction, les Forces armées de la République démocratique du Congo [FARDC] ont confiné ses troupes à Bunagana, à quelques kilomètres du Rwanda. Je me suis rendu personnellement sur le théâtre des opérations pour réconforter les troupes et les populations locales.

Quel rôle le Rwanda joue-t-il dans la rébellion du M23 ?

Les différentes investigations faites par nos services ont pu établir, en juin, que le Rwanda avait soutenu l'organisation des mutins du M23. Cette implication a été confirmée par la Monusco [Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC], et cela nous a poussés à conduire des actions diplomatiques pour faire connaître le rôle joué par Kigali.

Pourtant, nombreux sont ceux qui pensent que la RDC n'a pas de véritable stratégie diplomatique...

C'est faux. Nous avons consenti d'importants efforts pour redorer l'image de notre pays à l'extérieur. Le président de la République et moi-même avons intensifié nos contacts avec divers ambassadeurs et diplomates étrangers.

Ne pensez-vous pas que la situation dans cette partie du pays souligne d'autant plus la nécessité de constituer une armée nationale mieux formée, disciplinée, républicaine et crédible ?

L'armée évolue progressivement et se transforme en profondeur. Le gouvernement vient d'initier le recrutement de jeunes volontaires. Nous sommes en train de fournir de nouveaux équipements en vue d'avoir à terme une armée d'élite. C'est entre autres dans cette optique que le chef de l'État réunit régulièrement le Conseil supérieur de la défense.

Nous faisons des efforts, mais les conditions de vie sont toujours difficiles.

Kinshasa accueillera en octobre le sommet de la Francophonie. Qu'est-ce que cette rencontre représente pour la RDC ?

Ce sommet offre une grande opportunité à la RDC, premier pays francophone en termes de superficie, de présenter au monde l'état réel de son évolution politique, institutionnelle, économique et sociale. Il apportera des avantages multiples sur les plans politique, économique et socioculturel. Il faut noter qu'au total 73 États membres de l'Organisation internationale de la francophonie [OIF] et beaucoup d'invités spéciaux sont attendus à Kinshasa. Ce sera l'occasion d'attirer davantage l'attention des investisseurs congolais comme étrangers pour d'éventuels partenariats de type public-privé.

Serez-vous prêts le jour J ?

Les préparatifs vont bon train. Nous avons mis l'accent sur la construction et la réhabilitation des installations hôtelières de la capitale. Il y a également un accroissement considérable des activités dans la restauration. La réfection en cours du Palais du peuple sera terminée fin septembre. Au niveau du stade des Martyrs, on construit le village de la Francophonie avec des pavillons représentant chaque pays membre ainsi que les différentes provinces de la RDC. À l'image d'une véritable foire internationale.

Si l'on se réfère à certaines affaires en cours, notamment le procès des assassins de Floribert Chebeya, on peut douter de l'indépendance de la justice...

Nous ne disons pas que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous sommes conscients que des efforts doivent être consentis pour donner à la justice de notre pays une image qui sécurise le citoyen aussi bien dans sa personne que dans ses biens ; une image qui rassure les opérateurs économiques sur la sécurité de leurs investissements. La nécessité d'une réforme profonde est indéniable. 

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Propos recueillis par Tshitenge Lubabu M.K.

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