Extension Factory Builder
10/09/2012 à 16:15
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Yahya Jammeh est au pouvoir depuis 1994. Yahya Jammeh est au pouvoir depuis 1994. © AFP

Brutal, paranoïaque et superstitieux, le président Yahya Jammeh a fait exécuter fin août neuf condamnés à mort. Et promet de continuer.

Mais quelle mouche a piqué Yahya Jammeh ? Lorsqu'il avait annoncé, le 19 août, qu'il allait faire exécuter tous les condamnés à mort détenus en Gambie d'ici à la mi-septembre, personne ou presque ne l'avait pris au sérieux. Beaucoup s'étaient accrochés au fait que la peine capitale n'avait plus été appliquée depuis 1981 et avaient cru à une nouvelle rodomontade d'un président réputé brutal, excessif - voire carrément déséquilibré. N'avait-il pas, il y a cinq ans, prétendu détenir un « remède miracle » contre le sida ?

Dans la nuit du 23 au 24 août, Yahya Jammeh a pourtant fait fusiller 9 des 47 condamnés à mort, sans que leurs familles en soient d'abord informées. Parmi eux, deux Sénégalais - ce qui a provoqué la colère de Macky Sall, le chef de l'État sénégalais.

Il n'a qu'une seule peur : être à son tour renversé.

À Dakar, il se murmure que c'est la prédiction d'une célèbre voyante sénégalaise annonçant un coup d'État à Banjul qui aurait poussé Jammeh à agir. Farfelu ? Ailleurs, oui, mais pas en Gambie, où le mysticisme du président n'est un secret pour personne. Aurait-il fait exécuter les condamnés pour conjurer le sort, ainsi que l'a laissé entendre, le 29 août, un représentant de la très sérieuse ONG Amnesty International basé à Dakar ? « Ce qui est sûr, c'est qu'il a une peur pathologique d'être renversé, analyse le politologue sénégalais Ibrahima Thioub. Il donne dans la surenchère dictatoriale. » Alioune Tine, le président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho), explique lui aussi que c'est la peur de perdre le pouvoir qui a poussé Jammeh « à verser dans une pratique mystique malsaine ».

Paranoïa

Il faut en tout cas que cette peur ait été forte pour qu'il prenne le risque de fâcher le Sénégal, trois semaines après la signature d'un protocole d'accord sur le pont au-dessus du fleuve Gambie - projet en discussion depuis de longues années et vital tant pour la Gambie que pour le Sénégal.

Mais là encore, la paranoïa du président gambien n'est ni nouvelle ni cachée. En juillet, il s'est assuré que quatre des plus hauts responsables de l'armée qu'il venait de limoger (dont le chef des armées et celui de la garde présidentielle) ne lui mettraient pas de bâtons dans les roues en les nommant dans des ambassades... en Arabie saoudite, en Inde ou à Cuba. Arrivé à la tête de la Gambie par un putsch en 1994, Jammeh est bien placé pour savoir que le pouvoir tient parfois à peu de chose. 

________

Par Anne Kappès-Grangé avec Nicolas Ly, à Dakar

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Gambie

Sénégal : l'opposant gambien Cheikh Sidya Bayo a été expulsé en France

Sénégal : l'opposant gambien Cheikh Sidya Bayo a été expulsé en France

Arrêté à Dakar le 3 janvier pour trouble à l'ordre public, l'opposant gambien Cheikh Sidya Bayo a été expulsé dans la nuit de 13 au 14 janvier vers Paris. Il avait publiquement appel[...]

CPI - Gambie : Fatou Bensouda, procureur à poigne

Les femmes puissantes sont de plus en plus nombreuses sur le continent. Voici notre sélection - forcément subjective - des 50 Africaines les plus influentes au monde.[...]

Coup d'État manqué en Gambie : les détails de l'opération selon le FBI américain

La justice américaine vient d'inculper deux Américains d'origine gambienne impliqués dans la tentative de coup d'État qui s'est déroulée le 30 décembre à Banjul, en[...]

Gambie : qui est l'opposant Cheikh Sidya Bayo, arrêté au Sénégal ?

Le jeune opposant gambien Cheikh Sidya Bayo a été interpellé à Dakar quelques jours après le coup d'État manqué contre Yahya Jammeh. Accusé de porter atteinte à[...]

Coup d'État manqué en Gambie : deux Américains dans le viseur de la justice

Deux Américains d'origine gambienne accusés d'avoir préparé la tentative de putsch contre le président gambien, Yahya Jammeh, le 30 décembre, vont comparaître lundi devant la[...]

Gambie : les forces de l'ordre manifestent en soutien au président Jammeh

Des centaines de membres des forces de l'ordre gambiennes, dont des soldats et des policiers, ont manifesté samedi à Banjul pour soutenir le régime du président Yahya Jammeh, quatre jours après[...]

Gambie : des soldats font du porte-à-porte à la recherche d'assaillants à Banjul

Des soldats gambiens menaient vendredi à Banjul une opération porte-à-porte à la recherche de participants à l'attaque armée ayant visé le palais présidentiel il y a quatre[...]

Gambie : que sait-on du coup d'État manqué contre Yahya Jammeh ?

Plusieurs dizaines de civils et militaires ont été arrêtés en Gambie après la tentative de coup d'État contre Yahya Jammeh. Trois jours après les faits, retour sur ce que l'on sait[...]

Gambie : Jammeh accuse des puissances étrangères après le coup d'État raté

Le président gambien Yahya Jammeh a accusé des terroristes et dissidents soutenus par des puissances étrangères d'être derrière le coup d'Etat raté de mardi à Banjul, et a[...]

Gambie : après le putsch manqué contre son régime, Jammeh menace les comploteurs

Le président gambien Yahya Jammeh a fustigé mercredi ceux qui visent "un changement de régime par la violence", dans sa première déclaration publique à son retour à[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2695p032-033.xml2 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2695p032-033.xml2 from 172.16.0.100