Et si on supprimait la Chambre haute pour réaffecter son budget à la lutte contre les inondations ? À quelques jours des élections, la proposition du président sénégalais, Macky Sall, sème le trouble.
«J'ai décidé de soumettre en procédure d'urgence un projet de loi constitutionnelle pour la suppression du Sénat. » Face aux pluies diluviennes qui ravagent depuis la mi-août les banlieues de Dakar et plusieurs régions du pays, Macky Sall souhaite « consacrer des ressources substantielles de l'État à la recherche de solutions structurelles à [ces] inondations récurrentes », qui ont déjà fait 13 morts en deux semaines. La décision du chef de l'État sénégalais a été rendue publique une quinzaine de jours seulement avant les élections sénatoriales, prévues le 16 septembre. Auront-elles lieu, dans ces conditions ? Rien n'est moins sûr.
Quarante-cinq sénateurs devaient être élus par les députés et les élus locaux, aux côtés de 55 de leurs pairs, nommés, eux, par le président de la République. Un mode de scrutin mis en place par Abdoulaye Wade, et longtemps dénoncé par l'opposition. Mais, une fois au pouvoir, les détracteurs d'hier, friands de sièges parlementaires, ont oublié les conclusions des assises nationales de 2009, qui prévoyaient notamment la suppression de la Chambre haute du Parlement.
Critiques du M23
« La plupart des partis qui ont soutenu Macky Sall étaient prêts à le suivre s'il maintenait le Sénat, rappelle Ndiaga Loum, professeur à l'université du Québec en Outaouais. C'est ce qui a d'ailleurs incité le nouveau président à fixer la date des élections sénatoriales en gardant la procédure héritée de Wade, pourtant tant décriée. » Une position qui lui a attiré des critiques acerbes du Mouvement du 23 juin (M23), rassemblant plusieurs organisations de la société civile.
En optant finalement pour la suppression du Sénat au nom de la lutte contre les inondations, Macky Sall tente de faire d'une pierre deux coups : allouer les 8 milliards de F CFA (12,2 millions d'euros) du budget de la Chambre haute au programme de relogement des victimes dans les zones sinistrées, et mettre un terme aux atermoiements des uns et des autres. « Il y aura beaucoup de mécontents dans son parti et chez ses alliés qui se voyaient déjà sénateurs », souligne Ndiaga Loum. Des voix s'élèvent également du côté de l'opposition. « Que fera-t-on du budget de la présidence de la République ? Il représente des sommes tout aussi importantes », lance El Hadj Amadou Sall, du Parti démocratique sénégalais (PDS).

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