Le torchon brûle entre le gouvernement et les médias. La présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens, Nejiba Hamrouni, monte au front.
Depuis juin 2011, elle est la première femme à diriger le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et, en ce moment, elle a fort à faire. Discrète sur sa vie privée, cette native d'El Hamma (près de Gabès, Sud) sort les griffes dès que journalistes et médias sont menacés, au nom, dit-elle, « d'une liberté qui n'a pas de prix ».
Cible d'attaques racistes - elle a la peau noire - et de menaces de mort, Nejiba Hamrouni, 43 ans, fait front. « Je suis habituée, lâche-t-elle. Mes détracteurs oublient ce que nous avons enduré sous Ben Ali. » Il s'agit souvent d'extrémistes qui se déchaînent sur les réseaux sociaux, et parfois aussi de journalistes. En voulant assainir les pratiques du métier, Nejiba dérange. « Certains confrères font la communication du nouveau gouvernement comme ils faisaient celle de Ben Ali », affirme cette diplômée de l'Institut de presse et des sciences de l'information, qui tient à publier la liste des journalistes compromis avec l'ancien régime. C'est l'un des points de discorde entre le SNJT et le gouvernement, qui détient les preuves de ces accointances mais refuse de les communiquer.
Guignols
La situation est paradoxale. Lotfi Zitoun, le ministre conseiller chargé des Affaires politiques, accuse le SNJT de « faire partie de l'opposition radicale et de défendre les corrompus ». Pourtant, en août, il a fait nommer Imen Bahroun et Lotfi Touati, deux proches de l'ancien régime reconvertis en supporteurs du parti islamiste Ennahdha, à la tête de la télévision nationale et du groupe de presse Dar Assabah.
Après avoir condamné les violences policières à l'encontre de journalistes, Nejiba défend les employés de la chaîne Ettounsiya, dont le patron, Sami Fehri, est poursuivi pour malversations avec le clan Ben Ali. « Je m'étonne de la coïncidence entre son mandat d'amener et l'interruption de l'émission de satire politique des Guignols, souligne-t-elle. Les interventions du gouvernement et l'utilisation de la justice pour faire pression sur les médias contreviennent aux objectifs de la révolution. Si le gouvernement refuse la création d'une instance indépendante, c'est pour garder la mainmise sur l'information. »

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