Extension Factory Builder
30/08/2012 à 10:04
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Robert Dossou et Aminata Touré, le 22 août, à Dakar. Robert Dossou et Aminata Touré, le 22 août, à Dakar. © Habib Dioul/Le Soleil

Enfin un tribunal spécial pour juger l'ex-président du Tchad, Hissène Habré, en exil depuis plus de deux décennies au Sénégal ! C'est en tout cas ce que prévoit l'accord conclu entre Dakar et l'Union africaine.

Une étape « décisive », un accord « historique », un procès « unique en son genre » : les journalistes ont eu droit à un festival de superlatifs, le 22 août en fin de journée, dans une petite salle de réunion du ministère sénégalais de la Justice - un décor et une audience minimalistes qui juraient avec la solennité des discours. Quelques minutes plus tôt, la garde des Sceaux, Aminata Touré, et un représentant de l'Union africaine (UA), le Béninois Robert Dossou, avaient apposé leur signature au bas des quatorze pages d'un accord qui pourrait signifier le début de la fin pour Hissène Habré.

Cet accord donne naissance à quatre « chambres africaines extraordinaires » (deux pour l'instruction et l'accusation, une cour d'assises et une cour d'appel) qui fonctionneront au sein des juridictions sénégalaises et seront composées de magistrats recrutés dans toute l'Afrique. Une étrange structure - un tribunal dans le tribunal, en quelque sorte - qui aura pour seule mission d'instruire et de juger les « crimes internationaux commis au Tchad durant la période du 7 juin 1982 au 1er décembre 1990 ».

Avec cette juridiction d'un genre nouveau, on veut croire à Dakar que plus rien ne pourra s'opposer à l'ouverture du procès de l'ancien président tchadien, accusé de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et torture - son régime aurait procédé à 40 000 assassinats politiques en huit ans. En exil au Sénégal depuis bientôt vingt-deux ans, Hissène Habré fait l'objet d'un mandat d'arrêt émis par la Belgique en 2005. Le Sénégal d'Abdoulaye Wade, qui avait accepté en 2006 de le juger à la demande de l'UA, a sans cesse traîné les pieds. Depuis que Macky Sall a été élu il y a cinq mois, tout s'est accéléré. Le président et sa ministre de la Justice, qui déplorent que les tergiversations du précédent régime aient entamé la crédibilité du pays, estiment que « c'est à l'Afrique de juger ses dirigeants ».

"L'UA n'a pas qualité pour rendre la justice"

Aujourd'hui, « il n'y a plus d'obstacle majeur », affirme Aminata Touré. Il reste tout de même à boucler le budget. Ce procès coûtera cher (11 milliards de F CFA, soit 16,8 millions d'euros), il faudra construire une prison aux normes, aménager le tribunal, assurer la sécurité, financer les commissions rogatoires... Or, pour l'heure, seuls l'UA et le Tchad ont versé leur contribution. En 2010, plusieurs États européens avaient promis des aides. En attendant cette manne, « nous pouvons commencer avec les moyens dont nous disposons », assure Aminata Touré. L'instruction pourrait débuter dès le mois d'octobre. Le procès, s'il a lieu, ne devrait pas s'ouvrir avant 2014.

Salué par plusieurs ONG de défense des droits de l'homme, cet accord est qualifié d'« illégal » par la défense de Habré. Selon Me François Serres, l'un de ses avocats, « l'UA n'a pas qualité pour rendre la justice ». L'entourage du Tchadien rappelle en outre qu'à deux reprises - en 2005 et en 2011 - la justice sénégalaise s'était déclarée incompétente pour juger Hissène Habré. Mais c'était avant l'alternance.

__________

Rémi Carayol, envoyé spécial

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Sénégal

Procès Karim Wade : Bibo Bourgi a quitté le Sénégal pour se faire soigner en France

Procès Karim Wade : Bibo Bourgi a quitté le Sénégal pour se faire soigner en France

Apres 20 mois d'atermoiements, la Cour de répression de l'enrichissement illicite (CREI) a finalement autorisé Bibo Bourgi, personnage central du procès de Karim Wade, à quitter le Sénég[...]

Sénégal - Procès Wade : en attendant Bibo Bourgi

Au Sénégal, le procès de Karim Wade reste suspendu à l'état de santé d'Ibrahim Aboukhalil, alias Bibo Bourgi.[...]

Hajj : l'Afrique de l'Ouest dans les starting-blocks

Quelques semaines avant le début du hajj, l'Afrique de l'Ouest est parée pour ce grand pélerinage.[...]

Hajj : Ebola n'ébranle pas la foi

Malgré la fièvre qui sévit dans la région, nombreux sont les Ouest-Africains à emprunter la route de La Mecque. Reportage dans la capitale sénégalaise.[...]

Nouvelle ère pour Finagestion

 Rebaptisé Eranove, l'ex-Finagestion, holding de tête des compagnies d'électricité et d'eau en Côte d'Ivoire et au Sénégal ne veut plus être perçu comme un[...]

Ebola : le Sénégal ouvre un corridor humanitaire pour acheminer de l'aide

Le Sénégal a ouvert un corridor humanitaire aérien pour permettre d'acheminer de l'aide dans les trois pays les plus touchés par le virus Ebola, après la fermeture de ses frontières le 21[...]

Ebola : le cap des 3 000 morts dépassé selon l'OMS

L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola a franchi le cap des 3 000 morts, le virus ayant tué près de la moitié des quelque 6 500 personnes infectées, selon le dernier bilan[...]

Design : Ousmane Mbaye, l'homme de fer

Son matériau de prédilection ? Le métal, sous toutes ses formes. Le Sénégalais fête ses dix ans de création. L'occasion de revenir sur cette figure de la création[...]

Francophonie : qui pour succéder à Abdou Diouf ?

Jean, Nfumu, Lopes, L'Estrac, Buyoya... Qui sera le prochain secrétaire général de l'organisation ? Entre désaccords africains et hésitations françaises, le suspense reste entier.[...]

Michaëlle Jean : "Ma candidature à la Francophonie est le résultat d'une écoute"

À deux mois du sommet de l'OIF, prévu à Dakar les 29 et 30 novembre, cinq candidats sont en lice. Parmi eux, la Canadienne d'origine haïtienne Michaëlle Jean, qui aspire à devenir[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers