Extension Factory Builder
21/08/2012 à 14:45
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Né en France en 1966, William Nadylam a toujours un pied à Paris et l'autre à New York. Né en France en 1966, William Nadylam a toujours un pied à Paris et l'autre à New York. © Camille Millerand pour J.A.

L'acteur William Nadylam, fils d'un Camerounais et d'une Réunionnaise, a noué une relation privilégiée avec le metteur en scène britannique Peter Brook. Sans trahir pour autant l'exemple de son père médecin.

La France a le chic pour faire fuir ses talents ! Bien avant que l'Hexagone élise deux députés d'extrême droite, le 17 juin, William Nadylam avait pris la mesure du repli identitaire d'une France rance. Et s'était exilé aux États-Unis pour trouver des rôles à la hauteur de son talent. Il faut dire qu'à son grand étonnement la presse le présente toujours comme « le premier... Rodrigue noir », « le premier... Hamlet noir », « le premier... Noir à avoir joué dans La Flûte enchantée ». Des rôles que le Français doit à des réalisateurs anglo-saxons. Grâce à Declan Donnellan, il fut le seul acteur à oser jouer Le Cid au Festival d'Avignon, quarante-sept ans après Gérard Philipe, en 1998. Là même où il avait présenté La Tragédie du roi Christophe, d'Aimé Césaire, deux années plus tôt. Peter Brook, lui, ne lui proposa pas seulement avec Hamlet ce qui fut son plus beau rôle, il lui offrit aussi une compréhension de son jeu qui l'a profondément forgé et une amitié indéfectible.

« Avec du recul, je me rends compte que Peter Brook m'a appris le théâtre et qu'à travers les rôles qu'il me propose il m'offre un parcours initiatique vers la maturité », explique l'acteur, qui reconnaît avoir noué une relation filiale avec le metteur en scène britannique. Sans doute parce que pendant longtemps son propre père a désapprouvé sa vocation tardive. Mais aussi parce que Peter Brook lui a témoigné sa confiance lorsqu'il en avait le plus besoin : alors qu'il venait d'accepter le rôle de Hamlet, en 2000, le jeune acteur a eu un terrible accident de voiture dont son visage porte encore aujourd'hui les stigmates. Défiguré, il perdit un temps l'usage de la parole. Peter Brook décida néanmoins que Hamlet se ferait avec lui... ou ne se ferait pas. Et il attendit que l'artiste se remette, quitte à déprogrammer la première.

Pas une seconde William Nadylam ne regrette d'avoir refusé d'entrer à la Comédie-Française pour suivre Brook. Une institution peut-être trop repliée sur elle-même pour cet inlassable voyageur... « encore que, depuis deux ans, elle dépoussière le répertoire français et le modernise considérablement ».

Né en France d'un père camerounais et d'une mère réunionnaise d'origine indienne, un pied à Paris, l'autre à New York ou à Londres, William Nadylam est « un nomade que les frontières et les nationalismes effraient ».

Profondément juste et émouvant, ce « végétarien philosophe » incarne actuellement Philemon dans une version très musicale de The Suit - créée au théâtre des Bouffes du Nord, à Paris -, aux côtés de l'actrice sud-africaine Nonhlanhla Kheswa (l'une des choristes de Wyclef Jean). En 1999, Peter Brook avait adapté en français cette pièce de l'écrivain sud-africain Can Themba avec le Français d'origine malienne Bakary Sangaré, aujourd'hui pensionnaire de la Comédie-Française. Avec Can Themba, William Nadylam découvre l'histoire des « Drum Boys », ces journalistes du magazine Drum, réalisé en plein apartheid par une équipe multiraciale, qui avaient pour devise « live fast, die young and have a good-looking corpse » (« vivre vite, mourir jeune et avoir un beau cadavre »). De fait, Can Themba meurt jeune, à 43 ans, d'alcool et de chagrin, exilé au Swaziland après que le gouvernement sud-africain a interdit ses oeuvres en 1966. The Suit, sa pièce la plus célèbre, est un conte cruel sur les relations hommes-femmes. Mais pas seulement. En filigrane, l'apartheid est raconté à travers ces autobus où Noirs et Blancs se côtoient sans se fréquenter et ces shebeens, des bars clandestins où les Noirs noient leur colère.

Le théâtre de Peter Brook n'est pas sans lui rappeler la pratique du kotéba et sa fonction thérapeutique. « Chaque nouvelle expérience trouve un écho en moi et m'enseigne quelque chose sur qui je suis », analyse le jeune homme à l'élégance réfléchie, qui, pendant longtemps, s'est senti coupable de n'avoir pas suivi les traces de son père médecin. « Il était installé en pleine brousse et sauvait des vies », glisse-t-il, admiratif. Lors d'un séjour au Cameroun, où il a grandi jusqu'à 18 ans, Nadylam assiste à une cérémonie pendant laquelle son père reçoit un titre coutumier. Et constate que la mise en scène du rituel est assez proche de ce qu'il fait. Le sentiment de lâcheté et de trahison qu'il ressent envers son père, envers l'Afrique, depuis l'abandon de la médecine pour le théâtre s'estompe. Réconcilié avec lui-même et les siens, William Nadylam peut désormais poursuivre son chemin en toute quiétude.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Ebola : le Sénégal ferme sa frontière avec la Guinée, 13 décès suspects en RDC

Ebola : le Sénégal ferme sa frontière avec la Guinée, 13 décès suspects en RDC

Alors que débute la tournée du coordinateur de l'ONU contre le virus Ebola dans les pays les plus touchés par l'épidémie, le Sénégal a décidé jeudi de fermer ses fro[...]

Meurtre de Michael Brown : le policier soutenu par le Ku Klux Klan ?

Le policier ayant tué Michael Brown va-t-il recevoir l'appui du Ku Klux Klan ? Selon le quotidien américain USA Today, l'organisation raciste a en tout cas organisé une levée de fonds pour le[...]

Gaza : ce que le Sud-Africain Desmond Tutu a dit à Israël

L'archevêque sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix en 1984, appuie sa plume là où ça fait mal. Pourfendeur de la guerre à Gaza, il a signé une tribune dans le quotidien[...]

"L"humanité est fière de James" : hommage à James Foley, assassiné par l'État islamique

Alors que les parents de James Foley se sont exprimés, parlant de fierté, sur l'assassinat de leur fils par des jihadistes de l'État islamique (EI), les réactions se sont multipliées à[...]

Gaza : le Hamas et Israël à nouveau dans l'engrenage de la violence

Après la reprise des hostilités dans la bande de Gaza, lundi soir, et une tentative d'élimination ciblée du chef militaire du Hamas par Israël, le conflit s'est à nouveau emballé : au[...]

Frank Timis sur la sellette chez African Minerals

Rien ne va plus pour l’homme d’affaires australo-roumain Frank Timis. Son mandat de président d’African Minerals, l’un des trois groupes extractifs présents en Afrique dont il est le[...]

Affaire Kadhafi - Sarkozy : les propos de Bany Kanté contredits par Dupuydauby

Soupçonné d'être impliqué dans le financement présumé de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy par Mouammar Kadhafi en 2007, Cheick Amadou Bany Kanté a démenti[...]

Marcel Desailly suspecté par le fisc français d'avoir caché des fonds en Suisse

L'ex-footballeur français Marcel Desailly fait l'objet d'une enquête du fisc français visant à déterminer s'il a caché des fonds en Suisse.[...]

Le convoi braqué à Paris était celui du fils "favori" de feu le roi Fahd d'Arabie saoudite

Le prince saoudien dont le convoi a été attaqué dimanche soir à Paris n’est autre que Abdelaziz ben Fahd, richissime playboy de 41 ans et "fils favori" du roi défunt. Les[...]

Birmanie : le thanakha et la guerre des cosmétiques

Produit de beauté naturel et traditionnel, le thanakha subit la concurrence pas très loyale des produits chinois et occidentaux.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers