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17/08/2012 à 16:43
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Le président égyptien (c) et le maréchal Tantaoui, le 6 août dans le nord du Sinaï. Le président égyptien (c) et le maréchal Tantaoui, le 6 août dans le nord du Sinaï. © AFP

Après l'attaque meurtrière contre ses troupes à la frontière avec l'État hébreu, Le Caire a aussitôt riposté en lançant une opération militaire contre les islamistes radicaux dans le Sinaï.

« Nous jurons au nom de Dieu que nous allons les venger. [...] Toute personne en lien avec les groupes qui ont visé ces derniers mois nos troupes dans le Sinaï va le payer cher, qu'elle soit en Égypte ou à l'étranger. » Après ce communiqué cinglant du Conseil suprême des forces armées (CSFA), l'état-major égyptien n'a pas tardé à agir. Le 8 août à l'aube, des appareils de l'aviation ont pilonné plusieurs positions de djihadistes présumés, tuant une vingtaine d'entre eux. Ces frappes sont une première réponse à la mort de seize gardes-­frontières, le 5 août, dans l'assaut du poste militaire de Karm Abou Salem, jouxtant Israël et la bande de Gaza, dans le nord du Sinaï.

Vêtus d'habits bédouins, une trentaine d'hommes lourdement armés ont attendu que les soldats et les officiers égyptiens prennent l'iftar, le repas marquant la fin du jeûne de ramadan, pour les attaquer par surprise. En l'espace de quelques minutes, le commando s'empare de deux blindés et fonce vers le territoire israélien, couvert par le feu nourri d'obus de mortier qui s'abattent sur le kibboutz Kerem Shalom. Après avoir traversé sans encombre la clôture frontalière, l'un des véhicules est pulvérisé par le missile tiré depuis un hélicoptère israélien. Huit assaillants périssent dans cette audacieuse tentative d'infiltration.

Il n'empêche, cet incident dans la péninsule, le plus grave depuis la signature des accords de paix israélo-égyptiens en 1979, ne surprend personne. Dix-huit mois après la chute de Hosni Moubarak, ce territoire aride et montagneux de 60 000 km2 continue d'être le repaire de tribus bédouines sans foi ni loi, parfois converties à l'islamisme radical. D'après les renseignements militaires israéliens, alertés de l'imminence d'une attaque, ses auteurs seraient des « éléments du djihad mondial basés dans le Sinaï ».

Mohamed Morsi a rapidement pris la mesure de la situation, décrétant trois jours de deuil national pour les « martyrs et les blessés du Sinaï ». Dans une allocution solennelle retransmise à la télévision, le président égyptien a précisé que des « instructions claires » avaient été données à ses forces pour reprendre le contrôle de la péninsule. Ces derniers mois, après plusieurs embuscades meurtrières menées à la frontière israélienne, l'armée égyptienne y avait déployé sept bataillons, tout en évitant soigneusement de se frotter aux insurgés.

Le Hamas sous pression

Le nouvel homme fort du Caire, issu des Frères musulmans, se retrouve confronté à sa première crise sécuritaire. Contraint d'agir avec fermeté, il pourrait, à son corps défendant, permettre à l'armée de retrouver toute son influence, au risque de voir sa position affaiblie. Parallèlement, une reprise en main du Sinaï pourrait obliger Israël à accepter un redéploiement permanent de l'armée égyptienne dans la péninsule - aujourd'hui démilitarisée -, accélérant de facto un amendement du traité de paix entre les deux pays. Signe des temps : deux chasseurs-bombardiers égyptiens auraient été stationnés dans l'aérodrome d'El-Arich, à quelques encablures de la frontière avec l'État hébreu. Une première depuis la guerre du Kippour, en 1973.

Enfin, Morsi pourrait accroître la pression sur ses « frères » du Hamas palestinien, au pouvoir à Gaza. D'après les premiers éléments de l'enquête, le commando bédouin a bénéficié de l'appui de militants salafistes présents dans le sud de l'enclave palestinienne. Désormais, pour ne pas s'attirer les foudres du Caire, le Hamas devra montrer qu'il contrôle son territoire. Le mouvement islamiste a d'ailleurs ordonné la fermeture temporaire des tunnels de contrebande à Rafah, à la frontière égyptienne. 

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Maxime Perez, à Jérusalem

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