Extension Factory Builder
23/08/2012 à 12:15
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Tribune d'Emna Mnif, universitaire et militante politique

La Tunisie riche de son histoire est dépouillée de sa mémoire. La Tunisie de Didon, fondatrice de Carthage, celle de la Kahena, guerrière berbère, la Tunisie des mouvements réformateurs aux racines profondes qui ont jeté les bases de la sécularisation de l'État et de la citoyenneté, inscrites dans l'abolition de l'esclavage en 1846, dans le Pacte fondamental (Ahd el-Aman) de 1857 et dans la première Constitution de 1861, la Tunisie d'Abdelaziz Thaalbi et de Tahar Haddad, de Tawhida Ben Cheikh, Bchira Ben Mrad, Hassiba Ghileb et j'en passe... Cette Tunisie-là n'aurait pas pu revenir sur un débat d'arrière-garde sur les « droits » et les « acquis » de la femme si la mémoire historique n'avait été gommée par les régimes successifs.

L'article 27 de la Constitution, fondatrice de la IIe République, adopté par la majorité des élus de la commission droits et libertés de la Constituante, stipule : « L'État assure la protection des droits de la femme et de ses acquis, sous le principe de complémentarité avec l'homme au sein de la famille et en tant qu'associée à l'homme dans le développement de la patrie. L'État garantit l'égalité des chances pour la femme dans toutes les responsabilités. L'État garantit la lutte contre les violences faites aux femmes, quelle qu'en soit la sorte. »

La voie empruntée par la Constituante, à majorité relative islamiste, s'apparente à une revanche sur l'histoire contemporaine récente qu'on voudrait incarnée par la seule personne de Habib Bourguiba, premier président de la Tunisie indépendante. Cette voie fait fi d'un processus inscrit dans l'histoire particulière du pays et dans son identité singulière.

La Constituante a remis en question un modèle sociétal qui a fait l'exception tunisienne.

La stigmatisation de la femme et du code du statut personnel, dont la Tunisie s'est dotée au lendemain de l'indépendance, en 1956, n'est rien d'autre que la remise en question du processus émancipateur et de modernisation de la société tunisienne, une offensive contre un modèle sociétal qui a fait l'exception tunisienne dans l'environnement maghrébin et arabo-musulman. Elle s'organise dans l'occultation du caractère subversif de la Révélation et de la portée progressiste des enseignements de l'islam appréhendés à travers sa contextualisation et le prisme de l'historicité.

Il ne s'agit pas d'une atteinte aux acquis des seules femmes tunisiennes, mais également à ceux de la famille et, plus largement, d'une société valorisant l'individu, sans distinction de genre ou de condition, élevé au rang de citoyen, souverain et responsable, placé au centre du processus de fondation de l'État démocratique. Lequel est édifié sur la base de l'institutionnalisation des pouvoirs et de la séparation du temporel et du sacré.

Cette offensive relègue la femme à la condition de mineure et de minorité - alors qu'elle représente plus de la moitié de la population -, la définit par rapport à l'Autre masculin et la dépouille de son identité propre et de sa citoyenneté. Mais la citoyenneté et l'individu sont uns et indivisibles et ne s'accommodent pas de discrimination de genre, de race ou de religion devant la loi.

En définitive, les élus du peuple à la Constituante, responsables de l'accomplissement du processus révolutionnaire initié par ce même peuple avec comme mots d'ordre travail, liberté et dignité, sont en passe de pervertir la révolution et de l'écarter de ses objectifs. Par l'instrumentalisation idéologique de la légitimité électorale et en contradiction avec toutes ses promesses de campagne, la majorité islamiste met en péril les fondements de l'État moderne, l'écarte de l'idéal démocratique qui a habité son peuple et menace les aspirations de celui-ci à la liberté et à la dignité.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

France : les ressortissants tunisiens de France votent pour les législatives

France : les ressortissants tunisiens de France votent pour les législatives

Les ressortissants tunisiens de France se sont présentés aux urnes vendredi afin d’élire dix députés de l’Assemblée du peuple à l’occasion des élections l[...]

Tunisie : la campagne pour les législatives touche à sa fin

Dernier jour de campagne des législatives en Tunisie. En attendant la confirmation, ou pas, de la bipolarisation du paysage politique tunisien par les urnes, retour sur le terrain avec deux figures de Nidaa Tounes et[...]

Tunisie : six personnes, dont cinq femmes, tuées dans l'assaut contre la maison assiégée

Six personnes, dont cinq femmes, ont été tuées dans l'assaut contre la maison assiégée à Oued Ellil, dans la banlieue de Tunis. La police tunisienne avait auparavant lancé un[...]

Tunisie : le printemps des dircoms

Avec l'avènement des élections libres et pluralistes, plus aucun homme politique tunisien ne conçoit de faire campagne sans le concours d'une armée de communicants.[...]

Tunisie : la police va lancer un ultimatum aux hommes retranchés à Oued Ellil

La situation pourrait rapidement évoluer en Tunisie pour les hommes armés retranchés dans une maison de Oued Ellil, dans la banlieue de Tunis. La police tunisienne va en effet lancer un ultimatum et donnera [...]

Tunisie : tension sécuritaire à trois jours des législatives

Alors que des hommes armés sont toujours retranchés dans une maison d'une banlieue de Tunis, l'activité d'éléments jihadistes  fait monter la tension sécuritaire de plusieurs crans[...]

Tunisie : un policier tué lors d'affrontements entre la police et un groupe terroriste près de Tunis

Oued Ellil, une localité à 70 km de Tunis, est le théâtre d'échanges de tirs entre les forces de l'ordre et des éléments terroristes. Un policier a été tué.[...]

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Caciques de l'ancien régime ou membres éphémères de l'équipe gouvernementale du président déchu, ils ont décidé de briguer la magistrature suprême le[...]

Tunisie : un scrutin placé sous le signe de la morosité

Quelques jours avant les élections législatives, la Tunisie semble se préparer à troquer la transition contre une situation aléatoire.[...]

Législatives tunisiennes : lobby tout-terrain

Des stades aux mosquées en passant par les soirées privées, en Tunisie tous les moyens sont bons pour gagner des voix aux législatives.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers