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31/08/2012 à 15:31
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Des femmes attendent le cortège présidentielle dans le quartier italien. Des femmes attendent le cortège présidentielle dans le quartier italien. © Thomas Dandois

Après plus de vingt années de guerre civile, la capitale de la Somalie semble revivre. L'armée du gouvernement, soutenue par les 17 000 hommes de l'Union africaine, a repoussé les milices Shebab. Un soulagement pour les habitants.

L'aéroport de Mogadiscio ne désemplit plus depuis des mois. Businessmen à la recherche de nouveaux marchés ou exilés de retour au pays, ils sont plusieurs milliers chaque semaine à fouler son tarmac, accueillis par le vent tiède de l'océan Indien. La première chose qui frappe le visiteur, ce sont les sons. Le bruit des mitrailleuses et des explosions a cédé la place à la rumeur d'une ville active avec ses marchés, ses embouteillages et ses klaxons. La capitale somalienne tente de redevenir une métropole comme les autres.

Au carrefour K4, les policiers municipaux ont repris du service. La plupart d'entre eux ont suivi des formations professionnelles en Ouganda, encadrés par des militaires européens ou américains. Dans leur uniforme tout neuf, ils tentent aujourd'hui de fluidifier le trafic de 4x4 et de minibus à grands coups de sifflet. Il y a souvent embouteillage. « Allez ! Allez, on avance », s'époumone le planton au milieu du brouhaha des moteurs. Il y a encore quelques mois, les rares véhicules civils qui se risquaient à sortir passaient ici à toute allure entre les blindés de l'Union africaine et les pick-up des miliciens qui montaient au front. « Avant, Mogadiscio était divisé et dangereux. Il était quasi impossible de circuler à cause des combats », explique le général Hassan, chargé de la police de cette partie de la ville. « Je suis très content de cette situation, mais ce n'est pas suffisant. Nous avons toujours besoin d'aide internationale car nous sommes à court de matériel. Pas assez de voitures ni de motos », ajoute-t-il. À ces mots, le gradé se précipite pour sermonner un conducteur qui tentait de prendre une rue à contresens.

Des ONG financent le nettoyage des rues.

©Thomas Dandois

Au loin, la silhouette de la cathédrale éventrée trône toujours au milieu d'un champ de ruines qui s'étendent à perte de vue. Mogadiscio reste une ville dévastée. Mais dans ce décor de fin du monde, les chantiers fleurissent un peu partout. Au milieu des gravats, les hommes disposant de pelles et de bétonneuses s'activent. « On espère qu'ils ne vont pas tout détruire de nouveau, confie un ouvrier. Aujourd'hui, en tout cas, il y a du travail pour des hommes comme nous. Avant, on restait à la maison comme des femmes au foyer sans pouvoir nourrir correctement nos enfants. » Dans une autre rue, des femmes balaient le trottoir devant des murs criblés d'impacts de balles. Une petite vieille, voilée de noir, les mains pleines de poussière, raconte : « Autrefois, Mogadiscio était l'une des plus belles villes du monde. Il y avait des hôtels cinq étoiles, des touristes. Ils venaient du monde entier profiter de nos plages. Regardez ce qu'on est devenu. J'espère que ma ville va renaître. Avec l'aide de Dieu, c'est possible. »

Somalie "new look" (Encadré)

Réunis depuis le 25 juillet, les 825 délégués de l'Assemblée constituante ont adopté une nouvelle Constitution le 1er août. Le texte prévoit que tous les citoyens, quels que soient leurs « sexe, religion, statut social ou économique [...], doivent avoir des droits et des devoirs égaux devant la loi ». C'est la première étape qui doit conduire à la fin de la période de transition entamée il y a huit ans. Un collège de chefs coutumiers doit à présent désigner les 225 parlementaires, qui à leur tour éliront le nouveau président de la République de Somalie. La fin de ce processus est fixée au 20 août. Mais les Nations unies ont dénoncé un système de corruption au plus haut niveau impliquant notamment le président de transition, Sharif Sheikh, et le Premier ministre, Abdiweli Ali Gas, pour la désignation de ces députés. La Somalie est livrée au chaos et à la guerre civile depuis la chute du président Mohamed Siad Barré, en 1991. (Fin)

Un homme passe à côté d'elle, traînant derrière lui son âne et sa charrette. Ali s'arrête toutes les deux minutes pour livrer des pains de glace à ses clients. Il attrape le bloc à mains nues et l'installe dans de vieux frigos en panne. « Maintenant qu'il n'y a plus de combats, nous avons beaucoup plus de clients à livrer, explique-t-il. On travaille bien. Avant, on jouait notre vie aux dés tous les jours. Le matin, on évaluait l'intensité des tirs. Celui qui décidait d'y aller n'était jamais sûr de rentrer le soir. » En poursuivant sa route, le livreur fait un signe amical à trois policiers assis devant le commissariat, qui a rouvert ses portes après deux décennies d'anarchie. À l'intérieur, un inspecteur enregistre en tapant à deux doigts sur une vieille machine à écrire la plainte d'un habitant du quartier. Une petite histoire de désaccord conjugal. « Il y a encore sept ans, c'était l'anarchie. Il y avait tous les jours des meurtres, des viols, des pillages... Les truands n'étaient jamais inquiétés, raconte l'officier. Les gens ne peuvent pas vivre sans État. Maintenant qu'il y a des lois, ils peuvent venir nous présenter leurs problèmes. Et nous faisons tout pour être équitables. » Comme pour prouver que le quartier est entièrement sous contrôle, l'inspecteur fait une petite promenade. Il y a quelques mois, cette route était une ligne de front. Elle est encore éventrée par de multiples tranchées. « Les Shebab ont creusé des tunnels pour accéder à notre camp. Ce fut un vrai carnage. On tirait dans tous les sens », se souvient le gradé. Aujourd'hui, les tunnels ont été rebouchés, et la ligne de front repoussée à plus de quarante kilomètres à l'extérieur de la ville.

Le commissariat du quartier Abdulaziz a rouvert ses portes.

©Thomas Dandois

Soudain, de jeunes militants déboulent perchés sur des motos décorées d'affiches à l'effigie de Sharif Sheikh. Ils soutiennent le président, qui se présente à l'élection du 20 août. Une première depuis plus de vingt ans, mais la campagne reste assez fantomatique. Les candidats sortent peu, craignant des attaques des Shebab, qui n'ont pas totalement décampé. Ce jour-là, les jeunes et un groupe de femmes espéraient apercevoir leur leader et entendre un discours sur une place publique. Ils ne verront qu'un cortège de véhicules blindés en route vers la Villa Somalia, le lieu de résidence des membres du gouvernement. Pour le futur président, la tâche semble immense. Il lui faudra, entre autres, reconstruire un véritable État, réconcilier les clans, relancer l'économie, attirer les investisseurs étrangers et, surtout, améliorer la situation humanitaire. Le pays compte près de 1 million de personnes déplacées. À Mogadiscio, ils seraient près de 200 000 à vivre dans des camps sauvages souvent faits de cases de branches et de bâches en plastique. Plusieurs milliers d'entre eux ont trouvé refuge dans les ruines, où ils n'ont ni eau ni électricité.

Abdi Nur, commerçant d'une cinquantaine d'années, tient une échoppe faite de taule ondulée en plein coeur de l'ancien quartier administratif italien. Il gagne à peine de quoi nourrir sa femme et ses huit enfants. Il n'a pas les moyens de payer un loyer, alors il s'est installé dans un bâtiment en partie démoli par les bombardements. Arrivé il y a plus de dix ans alors qu'il fuyait les combats de sa région, il n'a jamais trouvé mieux pour loger les siens. « J'aimerais vivre ailleurs. Mais je n'ai nulle part où aller, je n'ai pas le choix », se lamente-t-il. Sous les murs et le plafond fissurés, une dizaine de familles se partagent l'espace. Elles ont bricolé des abris avec des morceaux de couvertures, de ferraille et de plastique. En guise de lits, des matelas humides posés sur des morceaux de carton. Ali et les siens s'entassent dans 5 m2. « Cet endroit est très dangereux, raconte-t-il. Quand il pleut, nous sommes obligés de sortir car l'eau s'infiltre dans le béton, qui menace de rompre. Il y a quelques mois, un soir de pluie, un morceau de plafond s'est écroulé sur une famille. La maison juste à côté s'est écroulée il y a deux ans. Un homme est resté coincé. Nous n'avions aucun moyen de le sortir de là. Il est mort, sa maison est devenue son tombeau. »

Les militants du président de transition, Sharif Sheikh, font campagne.

©Thomas Dandois

Avec la paix, Abdi Nur a retrouvé un peu d'espoir. Aujourd'hui, il lance un appel au monde pour qu'il s'intéresse de nouveau à la Somalie après l'avoir oubliée pendant des années. « Nous avons tant besoin d'aide. » Dehors, un bulldozer s'attaque à un amoncellement de détritus dépassant les quinze mètres de haut. Des collines d'immondices comme celle-ci accumulées pendant vingt années de guerre civile, il en existe des dizaines. Il faudra encore du temps avant que les habitants de Mogadiscio retrouvent une vie normale dans un pays en paix. Et déblaient les stigmates de la guerre civile. Le reste du pays est toujours en proie à des affrontements... 

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