Extension Factory Builder
23/08/2012 à 11:28
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Mahmoud Dicko doir retourner à Gao pour rencontrer Iyad Ag Ghali. Mahmoud Dicko doir retourner à Gao pour rencontrer Iyad Ag Ghali. © Emmanuel Daou Bakary

Mahmoud Dicko, le président du Haut Conseil islamique, a engagé des discussions avec les groupes armés dans le Nord-Mali. Sa proximité idéologique avec les djihadistes est un atout. Pas sûr toutefois qu'il soit porteur d'une solution pour le pays.

« On ne peut pas rester là, à Bamako, les bras croisés. » Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil islamique (HCI), veut croire qu'il peut faire la différence en engageant le dialogue avec les djihadistes qui occupent les deux tiers du territoire malien. Le 26 juillet, après avoir reçu le quitus du Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, il a pris la route de Gao, en toute discrétion. Son objectif ? Rencontrer Iyad Ag Ghali, le chef d'Ansar Eddine, pour une « prise de contact officielle ». Finalement, la rencontre n'a pas eu lieu, et les deux hommes se sont seulement entretenus au téléphone. Mais l'imam en a profité pour rencontrer les notables de la ville, les membres du conseil régional déchu et Abdel Hakim, leader du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), avec qui l'imam affirme que les choses se sont très bien passées.

Cependant, depuis son retour - Dicko est rentré à Bamako le 29 juillet -, les lignes ont bougé, les groupes armés du Nord durcissant le ton avec leur charia en bandoulière. Le 6 août, à Gao, un présumé voleur a eu la main sauve grâce aux populations qui ont empêché les radicaux de la lui couper. Une semaine plus tôt, à Aguelhok, dans la région de Kidal, un couple a eu moins de chance : non mariés, un homme et sa compagne ont été lapidés à mort et les habitants de la bourgade contraints d'assister au châtiment. Dicko se dit « très ému », mais n'abandonne pas pour autant son objectif. « Je crois au dialogue. Et s'il n'y a aucun compromis possible, je pourrai dire alors aux Maliens et à la communauté internationale : "On a tout essayé, ça n'a pas marché." » Toute la question est de savoir quel compromis, justement, peut être noué et quels sont les termes d'éventuelles négociations... Un fédéralisme à la nigériane, avec des zones régies par la charia ? Pour l'heure, l'imam se refuse à apporter la moindre indication.

"Fin connaisseur du Coran"

Originaire de Tombouctou, fils de cadi, cet homme de 58 ans a enseigné l'éducation physique mais aussi l'arabe dans le secteur public, avant de s'installer à Bamako.

« Quitte à discuter avec les islamistes, autant que ce soit lui, argumente Makan Koné, journaliste et président de la Maison de la presse. Le HCIM est l'organe le plus représentatif de l'islam malien et Mahmoud Dicko est un fin connaisseur du Coran. » Sans compter que son expérience d'ancien professeur peut servir. Originaire de Tombouctou, cet homme de 58 ans a enseigné l'éducation physique mais aussi l'arabe dans le secteur public, avant de s'installer à Bamako. C'est là que ce fils de cadi s'est plongé dans la religion, avant de devenir, au début des années 1980, l'imam de la mosquée de Badalabougou, un quartier situé en bordure du fleuve, où il officie encore les vendredis.

Mais Mahmoud Dicko s'est également imposé comme un acteur de premier plan sur la scène politique, ne manquant aucune occasion d'avancer sa conception d'un islam rigoureux, emprunté à la doctrine wahhabite. Malgré son apparence douce, un discours policé et un ton affable, les Bamakois se souviennent de ses diatribes contre l'occidentalisation qui menacerait la société malienne. Ils gardent aussi en mémoire que c'est lui qui a fait reculer l'ex-président Amadou Toumani Touré sur le projet d'un nouveau code de la famille, en 2010. Le texte prévoyait l'égalité entre les hommes et les femmes en matière de succession ou de gestion du foyer.

Sur ces questions, l'intéressé botte en touche, fait fi des critiques et préfère se présenter comme l'homme providentiel. Sa mission : rencontrer Iyad Ag Ghali à l'occasion d'un deuxième voyage. Le président du HCIM compte faire le déplacement avec une délégation beaucoup plus importante. Quant au lieu et à la date du rendez-vous, une fois de plus, Mahmoud Dicko entretient le mystère : « Je n'ai encore rien décidé. » Mais Iyad Ag Ghali a sans doute également son mot à dire. Quant au quitus de Cheick Modibo Diarra, sa durée de validité reste, à cette heure, une énigme... 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Ebola : un premier cas au Mali fait craindre l'arrivée de l'épidémie

Ebola : un premier cas au Mali fait craindre l'arrivée de l'épidémie

Le Mali connaît son premier cas d'Ebola. Il s'agit d'une fillette de deux ans venue de Guinée avec sa grand-mère. Elle a été placée en quarantaine à Kayes (Ouest), a annoncé[...]

Mali : les Casques bleus, cibles privilégiées des jihadistes

Rarement mission onusienne aura autant été prise pour cible. Dans le Nord, les soldats de la Minusma sont seuls et en première ligne. Mines, tirs de roquettes et attentats ont déjà fait[...]

La course pour la direction du bureau Afrique de l'OMS est lancée...

Qui, début novembre, succédera à l'Angolais Luís Gomes Sambo à la tête du bureau Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ?[...]

Mali : ouverture du troisième round de négociations à Alger

Les pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés ont repris mardi à Alger. Le ministre malien des Affaires étrangères a appelé les différents mouvements à[...]

Mali : réouverture des négociations de paix à Alger

La reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés, samedi, à Alger s'inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu dans le nord du pays.[...]

Mali : à Alger, la médiation face à deux plans de sortie de crise

Alors que la reprise des pourparlers de paix entre le gouvernement malien et les groupes armés a été reportée au 22 octobre à Alger, "Jeune Afrique" a pu se procurer en[...]

Mali : au moins 7 morts dans des combats entre le MNLA et le Gatia près de Gao

Au moins sept personnes ont été tuées lors d'affrontements jeudi après-midi, près de Gao, principale ville du nord du Mali, entre et le MNLA et le Gatia, deux groupes armés touaregs de[...]

Mali : discussions à Alger, combats vers Gao

Le MNLA et le Gatia, une milice progouvernementale, s’affrontent dans la région de Gao depuis jeudi matin. Des combats qui interviennent alors que devaient reprendre à Alger, la veille, des négociations[...]

Mali : Sultan Ould Bady et le Mujao, un jihadiste en rupture de ban

Le jihadiste Sultan Ould Bady serait en conflit avec le Mujao, au nom duquel il a pourtant récemment revendiqué plusieurs attaques contre les Casques bleus au nord du Mali.[...]

Mali : les contrats d'armement surfacturés, une bombe à retardement pour IBK

L'affaire des contrats d'armement surfacturés continue de faire des victimes... jusque dans le cercle rapproché du chef de l'État. Son conseiller spécial, Sidi Mohamed Kagnassi, a dû[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers