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17/08/2012 à 12:33
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Le chef du gouvernement marocain à Tunis, le 24 mai 2012. Le chef du gouvernement marocain à Tunis, le 24 mai 2012. © AFP

Jusqu'à récemment, ses bons mots faisaient mouche. Seulement voilà : à force de tirer sur la ficelle, Abdelilah Benkirane finit par déraper. Et par lasser son auditoire.

« Dieu pardonne ce qui est passé, mais celui qui récidive, Dieu le punira. » En faisant « fièrement » de cette citation du Coran le slogan de sa politique de lutte contre la corruption, Abdelilah Benkirane a provoqué l'ire de la société civile marocaine. Non démentie par la suite, cette amnistie générale qui ne dit pas son nom tranche avec le discours d'hier, quand son Parti de la justice et du développement (PJD) faisait campagne - et remportait les élections - sur le terrain de cette même lutte anticorruption.

Dans une longue interview accordée à l'émission Sans limites d'Al-Jazira, diffusée en deux parties le 25 juillet et le 1er août, Benkirane a multiplié les gaffes et les passes d'armes avec Ahmed Mansour, le présentateur vedette de la chaîne qatarie, justifiant son refus d'une « chasse aux sorcières » (en français dans l'interview) par les différences culturelles entre le Maroc et les pays du Machrek. Sur internet sont apparus ces derniers jours des montages vidéo soulignant ce virage rhétorique à 180 degrés. Même revirement s'agissant des rapports du chef du gouvernement avec l'entourage royal. Alors qu'en mars 2011 le tribun réclamait sans ambages le départ de Mounir Majidi et de Fouad Ali El Himma, respectivement secrétaire particulier et conseiller politique du roi Mohammed VI, Benkirane s'est refusé sur Al-Jazira à donner des noms, basculant de l'opprobre à la louange : « Je ne parle pas de l'entourage du roi. Il y a parmi [ses] proches des personnes de grande valeur. »

Chignon

Le leader islamiste est apparu sur la défensive. Quand le journaliste lui demande si toutes les nominations relèvent de ses prérogatives, il répond d'abord oui, hésite, puis se tourne vers une personne hors champ (qu'on devine être Abdellah Baha, le numéro deux du gouvernement), qui lui souffle la bonne réponse : « Sauf les emplois religieux et militaires. » Et le chef du gouvernement s'agace à chaque fois que l'intervieweur le relance : « Laissez-moi parler », « Vous n'êtes qu'un simple journaliste »... La discussion tourne à la joute verbale, jusqu'à cette réplique d'anthologie : « Je suis là pour gérer les affaires de l'État, pas pour me crêper le chignon comme les femmes au hammam. » Elles apprécieront...

Salué pour sa gouaille bonhomme après son accession au gouvernement à la fin de 2011, Benkirane commence-t-il à lasser ? Sur Twitter, beaucoup de ceux qui, sans voter pour le PJD, lui accordaient le bénéfice du doute ont rivalisé de critiques sur le #Benkishow. 

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