Extension Factory Builder
14/08/2012 à 10:00
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le président péruvien lors de la conférence onusienne Rio  20, le 20 juin. Le président péruvien lors de la conférence onusienne Rio 20, le 20 juin. © Sipa

Pendant sa campagne électorale, Ollanta Humala avait fait miroiter une « grande transformation sociale ». Un an après, les conflits se multiplient et la popularité du président péruvien s'effondre.

Candidat de gauche à la présidence du Pérou, Ollanta Humala (50 ans) avait fait trembler les classes privilégiées et les marchés en promettant de redistribuer les richesses du pays. Un peu plus de un an plus tard, il faut se rendre à l'évidence : il fait exactement le contraire. Premier président de gauche depuis trente-six ans, cet ancien colonel de l'armée péruvienne mène une politique libérale de droite qui, certes, rassure les électeurs de sa rivale, Keiko Fujimori, mais lui a fait perdre la confiance des siens. Du coup, sa cote de popularité plonge : 59 % il y a cinq mois, 36 % aujourd'hui.

Certains mettent en cause son inexpérience, d'autres l'influence parfois maladroite de sa femme, Nadine Heredia. Mais la majorité des Péruviens s'étonne surtout de sa faiblesse. Face à la contestation sociale, il ne cesse de changer de gouvernement. Il en est déjà à son troisième Premier ministre !

Violents affrontements

On a aussi recensé plus de 250 conflits entre populations locales et compagnies étrangères concernant l'exploitation des ressources naturelles. Ils ont déjà fait 17 morts et plus de 2 000 blessés cette année. Le plus emblématique est celui de la mine d'or et de cuivre de Conga, la plus importante du pays, dans la région de Cajamarca (Nord), qui est depuis huit mois le théâtre de violents affrontements. L'exploitation de cette mine menace les réserves d'eau de la région - trois lacs d'altitude -, que le président avait pourtant promis de protéger. En décembre 2011, la validation par le gouvernement d'un investissement de 4,8 milliards de dollars (3,7 milliards d'euros) de la compagnie américaine Newmont a mis le feu aux poudres et provoqué la démission de Salomón Lerner, le chef du gouvernement. Oscar Valdés, son successeur, est tombé à son tour à la mi-juillet, à la suite de la violente répression qu'il avait ordonnée : cinq morts et trois provinces en état d'urgence. Plusieurs ministres de gauche ont quitté le gouvernement de coalition pour soutenir la révolte des autochtones.

Pas un magicien

Dépassé par les événements, Humala en appelle à présent aux autorités religieuses pour tenter de renouer le dialogue avec les contestataires et a nommé Juan Jiménez, son ministre de la Justice, connu pour son engagement en faveur des droits de l'homme, à la tête du gouvernement. Le 28 juillet, dans son discours à la nation, le président a proposé d'inscrire le « droit à l'eau potable » dans la Constitution afin d'interdire aux compagnies étrangères de polluer les réserves du pays. Il a aussi relancé plusieurs de ses thèmes de campagne afin d'esquisser les grandes lignes de sa politique au cours des douze prochains mois : santé, éducation, lutte contre la corruption, la drogue et le terrorisme... Il était temps : 72 % de ses compatriotes estiment qu'il n'a pas tenu ses promesses. Surtout, les classes populaires lui reprochent de ne pas avoir engagé la « grande transformation sociale » qu'il avait fait miroiter. Le président a bien créé une pension de retraite minimale, un système de bourses pour les étudiants, et augmenté le budget des programmes destinés aux familles les plus démunies, mais 28 % de la population continue de vivre en dessous du seuil de pauvreté. Humala s'est engagé à ramener ce chiffre à 15 % d'ici à la fin de son mandat, en 2016. Mais « je ne suis pas un magicien », prévient-il. On avait compris.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

L'Afrique, nouveau terrain de jeu des drones ?

L'Afrique, nouveau terrain de jeu des drones ?

Livraison de colis, aide humanitaire, antennes relais... Les drones semblent bons à tout faire et l'Afrique pourrait bien devenir le terrain de jeu idéal pour expérimenter de nouvelles applications.[...]

"Je vais vous tuer" : quand un policier pointe son fusil d'assaut sur des manifestants à Ferguson

Après le meurtre de Michael Brown le 9 août dernier, la ville de Ferguson, dans la banlieue de Saint-Louis, s'est transformée en poudrière. Des manifestants en colère. Une police à cran,[...]

Football : le Mondial des clubs 2014 maintenu au Maroc par la Fifa

Le Mondial des clubs 2014, avec entre autres le Real Madrid vainqueur de la Ligue des champions, pourra se tenir en décembre comme prévu au Maroc, le pays n'étant pas touché par[...]

Ferguson : la vidéo accablante du meurtre d'un jeune noir de 25 ans par la police

La police de Saint-Louis a rendu publique une vidéo du meurtre d'un jeune noir par deux policiers, mardi dernier. Armé d'un couteau, celui-ci a été abattu d'une dizaine de balles. Un drame qui pose une[...]

Ebola : le Sénégal ferme sa frontière avec la Guinée, 13 décès suspects en RDC

Alors que commence la tournée du coordinateur de l'ONU contre le virus Ebola dans les pays les plus touchés par l'épidémie, le Sénégal a décidé jeudi de fermer ses[...]

Meurtre de Michael Brown : le policier soutenu par le Ku Klux Klan ?

Le policier ayant tué Michael Brown va-t-il recevoir l'appui du Ku Klux Klan ? Selon le quotidien américain "USA Today", l'organisation raciste a en tout cas organisé une levée de fonds pour[...]

Gaza : ce que le Sud-Africain Desmond Tutu a dit à Israël

L'archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix en 1984, appuie sa plume là où ça fait mal. Pourfendeur de la guerre à Gaza, il a signé une tribune dans le quotidien[...]

Ebolaphobie : l'Afrique mise au ban du monde ?

La psychose suscitée par le virus Ebola atteint parfois des records d'absurdité. Les raccourcis, les incompréhensions et les confusions alimentent l'inquiétude à l'étranger... qui peut[...]

"L'humanité est fière de James" : hommage à James Foley, assassiné par l'État islamique

Alors que les parents de James Foley se sont exprimés, parlant de fierté, sur l'assassinat de leur fils par des jihadistes de l'État islamique (EI), les réactions se sont multipliées à[...]

Gaza : le Hamas et Israël à nouveau dans l'engrenage de la violence

Après la reprise des hostilités dans la bande de Gaza, lundi soir, et une tentative d'élimination ciblée du chef militaire du Hamas par Israël, le conflit s'est à nouveau emballé : au[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers