À l'occasion du discours du Trône, le 30 juillet, Mohammed VI a dressé le bilan des politiques menées. Il en a aussi profité pour recadrer - en douceur - les anciens contestataires et le gouvernement islamiste.
Pas de surprises, mais des messages subliminaux... Le 30 juillet, dans son traditionnel discours prononcé à l'occasion de l'anniversaire de son accession au trône, Mohammed VI a envoyé quelques messages codés. L'adresse royale a débuté par une petite précision concernant l'initiative des réformes engagées depuis le début du Printemps arabe : « Notre pays est entré dans une nouvelle étape qui n'est ni le fait du hasard ni le produit de circonstances. » Un message à peine voilé au Mouvement du 20 février, déclencheur de la contestation politique qui a abouti à réformer la Constitution et provoqué des législatives anticipées. Le ton rappelle un précédent discours du souverain.
Le 21 février 2011, au lendemain de manifestations « contre l'autoritarisme et la corruption » qui avaient enfiévré une quarantaine de villes, le roi avait installé le Conseil économique et social, tout en lançant une mise en garde. « Si nous donnons le coup d'envoi de ce Conseil aujourd'hui, avait-il déclaré, c'est parce que nous nous sommes constamment refusé à céder à la démagogie et à l'improvisation dans notre action. » Le 9 mars suivant, il annonçait une vaste réforme constitutionnelle.
"Volonté pleinement souveraine"
M6, qui à l'évidence n'aime pas être bousculé, rappelle aujourd'hui que sa démarche participe « d'une volonté pleinement souveraine », tout en observant que cette dernière est « parfaitement en phase avec les aspirations légitimes [du peuple] ». Et d'énumérer les acquis qui ont rendu possible cette évolution : le travail de l'Instance Équité et Réconciliation (IER), la réhabilitation de l'amazighité, la réforme du code de la famille, le lancement de l'Initiative nationale de développement humain (INDH)... Ce catalogue de mesures prises lors des sept premières années de son règne concourt à « la construction d'un État marocain moderne » et explique comment le roi a « pu ouvrir le chantier de la révision constitutionnelle ». Aujourd'hui, le chef de l'État fixe les nouvelles priorités de l'action gouvernementale, au premier rang desquelles la réforme de la justice, la régionalisation et la gouvernance territoriale.
Depuis la révision constitutionnelle de juillet 2011 et l'arrivée au pouvoir du gouvernement dirigé par Abdelilah Benkirane, chef du Parti de la justice et du développement (PJD), le roi réaffirme son pouvoir d'orientation des politiques publiques, même si l'article 42 de la Constitution paraît encadrer plus étroitement ses prérogatives. Citant les stratégies sectorielles consacrées à l'agriculture (Plan Maroc vert), au tourisme (Vision 2020), ainsi que les programmes de l'INDH et le Régime d'assistance médicale (Ramed), Mohammed VI invite le gouvernement à veiller à ce que le Ramed « ne soit pas instrumentalisé par des tendances politiciennes de nature à le dévier de sa noble trajectoire ».

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