Extension Factory Builder
10/08/2012 à 12:17
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Le 29 juillet, trois mois après l'entrée triomphale des milices islamistes inféodées à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans les trois grandes régions du Nord-Mali, la charia a fait ses premières victimes. Un couple, qui avait eu deux enfants hors mariage, a été lapidé à mort à Aguelhok. Un cadi, juge religieux au cursus des plus sommaires, a prononcé la sentence à l'issue d'une « enquête » menée par la police islamique de la ville de Kidal, occupée par Ansar Eddine - une milice touarègue dirigée par Iyad Ag Ghali. Pour marquer les esprits, les moudjahidine ont contraint la population à assister à cet acte de barbarie.

Bourgade de 3 000 âmes située à 150 km de Kidal, Aguelhok avait déjà subi un premier traumatisme, en janvier, lorsque, après un siège de plusieurs jours, une centaine de soldats de l'armée malienne avaient été froidement égorgés ou décapités par les combattants d'Ansar Eddine. La ville est devenue un lieu maudit, vidé de sa population, laquelle s'est massivement réfugiée en Algérie, distante de 300 km. Son nom est désormais associé à l'application d'une charia inhumaine, implacable qui est aussi à géométrie variable. Pour un « crime » similaire, le cadi de Tombouctou s'est montré plus « clément », ordonnant qu'on administre quarante coups de fouet à un couple « ayant vécu dans le péché » avant de le marier et de lui offrir 100 000 F CFA (150 euros). À Aguelhok, les « pervers » ont perdu la vie, laissant derrière eux deux orphelins dans le seul but de complaire à Dieu...

Lire nore dossier spécial "Charia : enquête sur une psychose".

Interdiction de jouer au football, destruction des stocks de tabac et d'alcool, coups de fouet aux amateurs de cigarettes, brimades contre les femmes « insuffisamment voilées »... Jusque-là, la charia d'Ansar Eddine ne tuait pas. Dans les colonnes de J.A. (n° 2690), Omar Ould Hamaha, le chef militaire du mouvement à Gao, avait reconnu que la société malienne n'était « pas encore prête pour son application rigoureuse », qu'il s'agisse « de l'amputation des mains des voleurs ou de la lapidation pour adultère ». Comme si l'on pouvait se préparer à une telle cruauté. L'Algérien Abdelmalek Droukdel, alias Abou Moussab Abdelwadoud, émir d'Aqmi, avait même recommandé à ses ouailles maliennes une mise en oeuvre progressive de la charia afin de ne pas heurter les pratiques locales. Mais si son lieutenant au Sahel, Mokhtar Belmokhtar, alias Laouar (« le Borgne »), désormais installé à Gao, se montre lui aussi réservé, c'est pour des raisons beaucoup plus mercantiles. En apprenant l'exécution d'Aguelhok, il a, dit-on, pesté contre Ansar Eddine et maugréé : « Cette affaire n'est pas bonne pour le business. » Reste à savoir comment mettre fin à cette imposture et, surtout, à ce cauchemar.

________

NDLR : depuis la rédaction de cette tribune, parue dans le J.A. n° 2691, la Nord a été le théâtre d'une nouvelle barbarie, à Ansongo (près de Gao) : l'amputation de la main d'un voleur présumé.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Les pays du 'G5 du Sahel' appellent l'ONU à intervenir en Libye

Les pays du "G5 du Sahel" appellent l'ONU à intervenir en Libye

Les dirigeants des cinq pays du "G5 du Sahel" (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali, Mauritanie), réunis vendredi en sommet à Nouakchott, ont appelé l'ONU à mettre en place une force internationa[...]

Mali : retour en cinq dates sur la vie d'Intalla Ag Attaher, aménokal des Ifoghas

Intalla Ag Attaher, chef traditionnel de la tribu touarègue des Ifoghas, est mort dans la nuit de jeudi à vendredi à Kidal. Retour en cinq dates sur sa vie, intimement liée aux différentes[...]

Hervé Ladsous : "En Centrafrique, il faut des autorités nouvelles issues d'élections avant août 2015"

Présent au forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique (15 et 16 décembre), Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de[...]

Ebola : trois choses à savoir sur la tournée de Ban Ki-moon en Afrique de l'Ouest

Ban Ki-moon a annoncé mercredi à New York qu'il se rendra à partir du 18 décembre en Afrique de l'Ouest. Une tournée dans les pays qui ont été touchés par le virus Ebola.[...]

Mali : IBK assume la libération de quatre jihadistes

Très critiqué dans son pays pour avoir ordonné la libération de quatre jihadistes afin d’obtenir celle de l’otage français Serge Lazarevic le 9 décembre, Ibrahim Boubacar[...]

Mali - France : Lazarevic et Sofara

Un Français vaut-il plus qu'un Malien ? Certains jugeront la question déplacée. Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête au vu des circonstances qui ont mené à la[...]

Jean-Yves Le Drian : "Au Mali comme en Centrafrique, l'heure de vérité approche"

Un an après le déclenchement de l'opération Sangaris, et deux ans après celui de l'opération Barkhane, le ministre français de la Défense affiche ses objectifs : des[...]

Paris veut un accord de paix au Mali en janvier

Paris souhaite que les négociations de paix maliennes entre Bamako et les groupes armés du Nord, sous médiation algérienne, aboutissent en janvier, a déclaré le ministre français de[...]

Sahel : Lazarevic pense avoir été capturé pour une rançon et nie être un mercenaire

L'ex-otage français Serge Lazarevic, libéré mardi après plus de trois ans de captivité au Sahel, a estimé dimanche, dans le journal de 20 heures de France 2, que ses ravisseurs l'avaient[...]

Mali : le Tunisien Mongi Hamdi nommé à la tête de la Minusma

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, remplace le Néerlandais Bert Koenders à la tête de la Minusma, a annoncé vendredi un communiqué des Nations unies.  [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers