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10/08/2012 à 11h:45
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Dioncounda Traoré accueilli par Cheick Modibo Diarra à Bamako, le 27 juillet. Dioncounda Traoré accueilli par Cheick Modibo Diarra à Bamako, le 27 juillet. © J.A

Après deux mois de convalescence à Paris, le président de la transition est de retour au pays avec une mission : former un nouveau gouvernement d'union nationale. Et reprendre les rênes.

« Bien sûr que son retour fait plaisir ! C'est comme revenir à un semblant de normalité après des mois de désordre. » Iba Haïdara, pharmacien bamakois, suit avec beaucoup d'intérêt les premiers pas de Dioncounda Traoré, le président de la transition. « J'espère qu'on s'achemine enfin vers une résolution définitive de la crise qui paralyse Bamako », poursuit-il.

Comme beaucoup de Maliens, Haïdara a regardé le journal télévisé de 20 heures, le 27 juillet. Ce jour-là, Dioncounda Traoré rentrait au pays après deux mois de convalescence en France. Il est amaigri. Sur son arcade sourcilière, une cicatrice témoigne de la violence de l'agression dont il a été victime le 21 mai. Mais son visage austère est éclairé d'un grand sourire. Il est vrai que, pour assurer sa sécurité, on n'a pas lésiné sur les moyens, à l'aéroport international Bamako-Sénou. Dans le comité d'accueil, une surprise de taille : le capitaine Amadou Haya Sanogo, chef de l'ex-junte qui a renversé le président Amadou Toumani Touré le 21 mars.

Tout sourire, les deux hommes échangent une vigoureuse poignée de main et s'étreignent devant les caméras. « On est très heureux de vous revoir, très heureux », insiste le capitaine. Pour les observateurs de la vie politique malienne, ces effusions officialisent les nouvelles relations qui prévalent entre le chef de la transition et le président du Comité militaire de suivi des réformes des forces de défense et de sécurité (CMSRFDS). « Ils sont tous les deux réalistes, commente un politicien. Sanogo a compris que la reconquête du Nord ne se fera pas sans le soutien de la sous-région. Et que, pour avoir ce soutien, il doit composer avec le président de transition. Quant à Traoré, il a compris que, pour assurer sa sécurité et asseoir son autorité, il a besoin du capitaine. »

Nuit et jour

Un retournement qui n'est pas sans surprendre. Entre Traoré et Sanogo, les relations ont été houleuses. En avril, soutenu par la Coalition des organisations patriotiques du Mali (Copam), le capitaine répétait à tout bout de champ que le président par intérim n'assurerait pas la transition. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts... « Ils ont trouvé un compromis », commente-t-on sobrement dans l'entourage du militaire. Leur rapprochement a commencé peu de temps après l'agression du président et s'est renforcé en juillet, selon un diplomate de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). La visite à Paris d'émissaires de l'ex-junte, quelques jours avant le retour de Dioncounda Traoré à Bamako, a fini de sceller cette alliance.

Il a suffi de quarante-huit heures au président de la transition pour reprendre ses marques. Installé avec son épouse dans la résidence des anciens Premiers ministres, au Quartier du fleuve, dans le centre-ville, il est entouré d'un important dispositif de protection. Au moins une centaine d'hommes de la Garde républicaine se relaient jour et nuit, sécurisant aussi bien son logement de fonction que sa résidence familiale, dans le quartier populaire de Lafiabougou. Au moindre déplacement, le chef de l'État est escorté par un cortège impressionnant, et ses lieux de rendez-vous sont passés au peigne fin.

Le chef de l'État est escorté par un cortège impressionant et ses lieux de rendez-vous sont passés au peigne fin.

Sans cabinet officiel - « ce n'est pas la priorité », prétend-il -, Traoré s'est en réalité entouré d'anciens membres de son cabinet au Parlement : l'ex-ministre et parlementaire Moustapha Dicko, qui en était le directeur ; Issa Togo, qui en était le chef ; et Samir Naman, chargé du protocole. Sur le plan administratif, il peut s'appuyer sur des caciques, comme Baba Berthé, le secrétaire général de la présidence, qui sert au palais de Koulouba depuis une vingtaine d'années.

Officiellement, Traoré a débuté ses concertations le 1er août, rencontrant tour à tour mouvements politiques pro- et antiputsch, familles fondatrices de la ville de Bamako, dignitaires religieux, représentants des communautés du Nord... Officieusement, les pourparlers ont commencé bien avant. Le 31 juillet, trois figures de la vie politique lui ont rendu visite : Ibrahima Ndiaye, vice-président de l'Alliance pour la démocratie au Mali (Adema, la formation dont il est issu) ; Tiébilé Dramé, le président du Parti pour la renaissance nationale (Parena) ; et Ibrahim Boubacar Keïta, ex-Premier ministre et actuel dirigeant du Rassemblement pour le Mali (RPM). Objectif ? S'assurer leur soutien dans la conduite des affaires. Car, Traoré le sait, s'il ne bénéficie pas d'appuis fermes et fiables sur la scène nationale, les propositions qu'il a faites le 29 juillet dans son discours à la nation ne verront jamais le jour.

Pinaillage

Outre la formation d'un gouvernement d'union nationale, Traoré propose la création d'un Haut Conseil d'État (HCE) et d'un Conseil national de transition (CNT). Il dirigerait lui-même le HCE avec l'aide de deux vice-présidents, dont l'un représenterait « les forces de défense et de sécurité » et mettrait en oeuvre la réforme de l'armée. L'initiative fait grincer des dents, surtout au sein du Front du refus (FDR), la coalition antiputsch, qui voit d'un très mauvais oeil le retour au centre du jeu du capitaine Sanogo. « Après tout ce qui a été fait pour écarter les militaires du pouvoir, c'est quand même dommage », se désole un membre de l'Adema.

La coalition anti-putsch voit d'un très mauvais oeil le retour au centre du jeu du capitaine Sanogo.

L'éventualité de créer un CNT suscite aussi la circonspection. « C'est une de nos idées qui a été réadaptée, commente Hammadoun Amion Guindo, secrétaire général de la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM) et membre de la Copam. C'est pourquoi nous conseillons à Traoré de revenir à l'idée d'une convention nationale, pour déterminer notamment qui dirigerait la transition, et de s'inscrire dans la dynamique que nous avons mise en place avec le gouvernement actuel. » Peu de chances que son idée retienne l'attention. « Nous avons déjà trop pinaillé », s'agace un proche de Traoré.

Qu'en est-il de la reconduction de Cheick Modibo Diarra dans ses fonctions ? L'interview-bilan à laquelle le Premier ministre de consensus s'est livré le 28 juillet passe, au mieux, pour une tentative maladroite visant à justifier son maintien. « À vrai dire, qu'il reste ou non n'a plus tellement d'importance, confie un membre de l'entourage du président malien. Dioncounda Traoré va nommer des ministres, et c'est lui qui fixera le cap. Qu'il s'agisse de Cheick Modibo Diarra ou d'un autre, c'est pareil : il devra appliquer les consignes. »

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