Sejong a été inaugurée le 1er juillet, mais peut-elle vraiment remplacer Séoul ?
« Sejong ne remplacera jamais Séoul. Les courants d'énergie terrestre s'éloignent d'elle et l'affaiblissent. » Consulté sur le choix de la nouvelle capitale administrative sud-coréenne, le géomancien Yun Mo-jik est formel : Sejong, près de Daejeon, à 120 km au sud de Séoul, a beau avoir été inaugurée le 1er juillet, elle ne prendra jamais son essor. L'histoire mouvementée de cette « Ville du bonheur » (son surnom officiel) semble lui donner raison.
L'idée de déplacer la capitale remonte aux années 1970, quand la découverte de tunnels creusés par les Nord-Coréens à proximité de Séoul incita les responsables du Sud à mettre hors de portée de l'ennemi la Maison Bleue, la résidence présidentielle.
Tollé monstre
Mais ce n'est qu'en 2002, sous l'impulsion du futur président Roh Moo-hyun, que le projet prit forme. Provincial agacé par la toute-puissance de Séoul (25 millions d'habitants aujourd'hui), Roh rêvait de décentralisation. Le tollé fut tel qu'en 2004 le projet fut annulé par la Haute Cour institutionnelle. Curieusement, c'est l'un de ses plus farouches détracteurs, l'actuel président Lee Myung-bak, qui, en 2007, en relança l'idée. En pleine campagne électorale, il s'efforçait de séduire les électeurs de la région du Chungcheong-do... En dépit de l'opposition du Premier ministre Chung Un-chan, qui juge le projet « absurde », « Bulldozer Lee » n'a pas trahi ses promesses électorales. Mais il les a revues à la baisse. Seules les administrations déménageront à Sejong, ainsi baptisée en hommage à l'inventeur de l'alphabet coréen, au XVe siècle. Mais le Parlement et la présidence resteront à Séoul.
« C'est ridicule, personne n'y croit », jugent les Coréens. Même l'administration Lee n'est pas convaincue, puisqu'elle a parallèlement engagé la construction de deux villes nouvelles, Saemangeum et Songdo, sur la côte ouest. Celles-ci sont intégrées à un ambitieux projet de hub logistique et financier pour l'Asie du Nord-Est, qui s'organisera autour de trois pôles : Incheon, Kaesong (en Corée du Nord) et Séoul. Une plaque tournante dans laquelle Sejong, excentrée, n'a pas sa place, mais qui rendrait à Séoul son rôle de capitale au coeur d'une péninsule réunifiée.

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