Coupes claires dans les dépenses publiques, hausse vertigineuse du chômage, récession... Le gouvernement Rajoy n'a guère de prise sur les événements. Et l'Europe s'interroge : que faire de l'Espagne ?
Et si l'Espagne suivait le même chemin de croix que la Grèce ? Chaque jour, des dizaines de milliers de manifestants déferlent dans les grandes villes pour dénoncer les tours de vis budgétaires qui vont encore faire enfler le taux de chômage : 24,6 % actuellement - un record. « Rajoy démission », scandent les contestataires à l'adresse du président du gouvernement. Et à celle des autres salariés : « Aujourd'hui, c'est nous ; demain, ce sera toi. »
Rien ne semble pouvoir arrêter la dégringolade provoquée par les orgies immobilières du passé. Au début de l'année, le gouvernement Rajoy avait déjà réduit les dépenses publiques de 27,3 milliards d'euros. Le 19 juillet, il a fait voter par le Parlement une nouvelle ponction de 65 milliards. Les fonctionnaires perdent l'équivalent de leur treizième mois, les indemnités de chômage seront réduites de 10 % supplémentaires au bout de six mois et le taux de la TVA passe de 18 % à 21 %. « Il n'y a plus un sou dans les caisses », se défend Cristóbal Montoro, le ministre des Finances.
Appel à l'aide
Les mauvaises nouvelles s'accumulent. À en croire la Banque centrale, l'économie espagnole devrait reculer de 1,6 % cette année et de 0,5 % en 2013. Les régions de Valence et de Murcie ont lancé un appel à l'aide : elles ne sont plus en mesure de financer leurs services publics. Cinq autres pourraient les imiter.
Face à cette crise gravissime, les marchés oublient les réformes de la zone euro annoncées le 29 juin, de même que les 100 milliards d'euros promis la semaine dernière par l'Europe afin de redresser les banques espagnoles en difficulté. Ils imposent désormais des taux d'intérêt exorbitants aux emprunts à dix ans souscrits par l'État espagnol : 7,6 % le 25 juillet, ce n'était pas très loin des 8 % fatidiques qui contraignirent la Grèce, l'Irlande et le Portugal à demander un sauvetage en bonne et due forme à la « troïka » (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Ce taux a toutefois repassé la barre des 7 % le 26 juillet.
Avec de tels taux d'intérêt, l'Espagne va devoir rembourser 9 milliards d'euros supplémentaires en 2013, et, pour cela, faire de nouvelles économies qui étrangleront un peu plus la consommation et l'emploi ; donc les rentrées d'impôts ; donc la capacité de Madrid à rembourser ses dettes. Un véritable cercle vicieux.
1 000 milliards d'euros
Pas question pour autant de demander une mise sous tutelle, clame Mariano Rajoy. « Les taux d'emprunt imposés actuellement à l'Espagne ne reflètent ni les fondamentaux de son économie, ni son potentiel de croissance, ni sa capacité à rembourser ses dettes publiques », ont certifié ensemble, le 25 juillet, Wolfgang Schäuble et Luis de Guindos, les ministres allemand et espagnol des Finances.
La seule mesure susceptible d'apaiser les investisseurs inquiets du montant vertigineux de la dette extérieure espagnole (près de 1 000 milliards d'euros, soit beaucoup plus que les réserves européennes de secours : 250 milliards) serait le rachat de la dette publique de ce pays, à des taux raisonnables, par la Banque centrale européenne (BCE). Mais Mario Draghi, son président, ne veut pas en entendre parler. Selon lui, « la BCE n'a pas vocation à résoudre les difficultés financières des États ».
Face au vent de panique qui balaie périodiquement les marchés et à la situation « intenable » du gouvernement Rajoy, les dirigeants européens n'ont donc plus l'embarras du choix. Soit ils convainquent la BCE d'utiliser son « bazooka », comme le lui suggère José Ángel Gurría, le secrétaire général de l'OCDE, afin de faire baisser les taux imposés à Madrid. Soit ils mettent au point un plan de sauvetage dont certains médias évaluent le montant à 300 milliards d'euros ! La survie de la zone euro est à ce prix.

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