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07/08/2012 à 16:36
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Antoine Ntsimi était à la tête de la Commission de la CEMAC depuis 2007. Antoine Ntsimi était à la tête de la Commission de la CEMAC depuis 2007. © DR

Dénouement sans surprise, le 25 juillet, pour le sommet des chefs d'État d'Afrique centrale : le président de la commission de l'organisation sous-régionale n'a pas été reconduit dans ses fonctions. Retour sur un camouflet.

Quand vient son tour de prendre la parole, Antoine Ntsimi se dirige d'un pas mal assuré vers le pupitre. Face à lui, ce 25 juillet à Brazzaville, six chefs d'État. Le très controversé président de la Commission de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) a perdu de son légendaire aplomb. Dans le Palais des congrès (de construction chinoise et déjà fortement climatisé) qui accueille le sommet régional, la température a encore chuté de quelques degrés. Autant que l'applaudimètre... La main de celui que l'on surnommait « Chicago Boy » tremble autant que sa voix.

Les membres de la délégation camerounaise, qui ont pourtant tenté d'obtenir sa reconduction, regardent leurs chaussures. Le président centrafricain, François Bozizé, scrute le plafond de l'amphithéâtre, peu désireux de croiser le regard de celui dont il cherche, depuis plusieurs mois, à obtenir la tête. Antoine Ntsimi joue son va-tout, mais il sait que les conclusions du comité ministériel qui s'est tenu trois jours plus tôt et qui est censé préparer les dossiers à soumettre aux chefs d'État ne lui sont pas favorables. Aucun autre pays que le sien n'a voulu entendre parler de la reconduction des personnalités qui, comme lui, ont achevé leur mandat à la tête d'une institution communautaire. Ntsimi sait que c'en est fini de lui et de ses 25 millions de F CFA (38 112 euros) mensuels si les présidents décident de valider les propositions de leurs ministres. Il touchera le reliquat de son indemnité de départ, équivalente à cinquante mois de salaire - soit plus de 1 milliard de F CFA -, mais il tente un dernier coup de poker : ajoutée au stylo à la dernière minute dans le texte de son discours, une phrase insiste sur sa « disponibilité à suivre les hautes orientations [des chefs d'État, NDLR] dans cette exaltante entreprise ». En vain. Il devra céder sa place.

Pour le reste, on a ressorti les éternels dossiers à tiroirs. Sans vraiment rien décider.

Voilà enfin ouvert le sommet maintes fois repoussé de cette organisation sous-régionale au fonctionnement singulier. Les nombreuses questions de fond, dont certaines sont en suspens depuis dix ans, ont paru reléguées au second plan, loin derrière la guerre des postes, les questions d'ego et les égoïsmes nationaux. Pas de doute, la Cemac s'est assoupie à Brazzaville, comme pour conforter les stéréotypes qui collent à cette partie du continent. Les discussions à huis clos ont duré huit longues heures, et les chefs d'État en sont sortis visiblement épuisés (le Gabonais Ali Bongo Ondimba et le Tchadien Idriss Déby Itno ont même écourté et repris l'avion deux heures plus tôt). Au bout du compte, il n'y aura eu aucune impulsion décisive sur les dossiers importants.

Ne pas faire de vagues

En revanche, les chefs d'État ont fait preuve d'une étonnante mansuétude, malgré une petite phrase de leur communiqué final par laquelle ils font part de leur « préoccupation » quant à « la persévérance des problèmes associés à la gouvernance des institutions communautaires » (là, c'est notamment le président de la Banque de développement des États de l'Afrique centrale, le Gabonais Michaël Adandé, qui est visé). La maigreur des bilans n'a fait sourciller personne, et pas un seul responsable n'a été sanctionné. « Il faut dire qu'à ce jeu-là aucun pays n'en serait sorti indemne, analyse un diplomate. Du coup, mieux valait décider de ne pas faire de vagues et passer l'éponge. »

À l'heure des comptes, le Cameroun repart tout de même de Brazzaville affaibli. Il a perdu la présidence de la Commission et a, dans le même temps, appris qu'aucun Camerounais ne sera jamais gouverneur de la Banque des États de l'Afrique centrale (Beac), la plus prestigieuse des institutions communautaires. En effet, en plus de la décision d'appliquer strictement le principe de rotation, il a été convenu qu'un État ne devrait en aucun cas présider une institution dont le siège se trouve sur son territoire.

Voilà pour les annonces attendues. Pour le reste, on a ressorti les éternels dossiers à tiroirs. Ainsi de la libre circulation des personnes et des biens dans l'espace Cemac, que les chefs d'État auraient décidé de rendre effective, selon le communiqué final, lequel reste néanmoins vague sur la question. Un ressortissant centrafricain peut-il pour autant se rendre à Libreville ou à Malabo sans visa ? Non. Cela n'a pas empêché le président de la Commission de se féliciter de l'entrée en vigueur des passeports biométriques Cemac, dont la vraie valeur ajoutée n'est pas avérée par rapport aux passeports usuels : les ressortissants des pays de la zone n'ont déjà plus besoin de visa, sauf pour se rendre au Gabon ou en Guinée équatoriale.

De g. à dr. : le Gabonais Ali Bongo Ondimba, le Tchadien Idriss Déby Itno, l'Équato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Camerounais Paul Biya et le Centrafricain François Bozizé, à Brazzaville, le 25 juillet. © J.A

Catalogue de projets

Ainsi également du Programme économique régional (PER), dont Antoine Ntsimi était si fier : un catalogue de projets (routes, ponts, etc.), dont personne ne croit qu'ils seront réalisés dans les délais prévus. La première phase du PER, consacrée à l'érection des « fondements institutionnels de l'émergence », était censée commencer en 2011, même si deux pays n'ont pas encore créé les cellules nationales qui piloteront le programme.

Le communiqué final a pris comme un air de déjà entendu lorsque le dossier de la compagnie aérienne communautaire Air Cemac a été abordé. Après douze années d'atermoiements, les dirigeants de la sous-région rendent public ce que l'on savait déjà, à savoir l'attribution des droits de trafic, la constitution de la société et l'établissement du siège à Brazzaville. Au départ, les chefs d'État avaient écarté l'idée d'associer Air France comme partenaire technique. Ils craignaient que le géant français ne fasse qu'une bouchée d'Air Cemac et souhaitaient privilégier une solution africaine. Le partenariat avec South African Airways ayant avorté, ils encouragent désormais la conclusion d'un accord avec Air France. Air Cemac n'existe que sur le papier, mais il aura bientôt un premier salarié de poids : le sommet a accordé à la Centrafrique le poste de directeur général, même si Bangui, qui n'a jamais possédé de compagnie aérienne, a peu de chances de disposer de cadres expérimentés dans ce domaine.

Le Congolais Pierre Moussa (centre), proche du président Sassou Nguesso, va prendre la tête de la Commission de la Cemac. © J.A

Psychodrame

Les questions de fond ont été éludées ? On se console avec le spectacle. Comment qualifier autrement le psychodrame qui sous-tend la bataille des postes ? Mal connus avant que les scandales financiers poussent la presse à publier les revenus de leurs dirigeants, les sièges à pourvoir aiguisent tous les appétits. Le Congo n'était pas sûr de conserver la Commission de surveillance du marché financier de l'Afrique centrale (Cosumaf), présidée par Alexandre Gandou. Plusieurs candidats congolais lorgnaient pourtant le fauteuil, tandis que les Gabonais faisaient un lobbying intense, curriculum vitæ en main. Sauf que le communiqué final n'a nommé personne. Les chefs d'État se sont contentés de se partager les postes, se réservant le privilège de désigner leurs titulaires plus tard, même si le nom du successeur d'Antoine Ntsimi est d'ores et déjà connu : il s'agit de Pierre Moussa, 70 ans, ministre congolais du Plan et de l'Aménagement du territoire, l'un des hommes clés des régimes Sassou I et II.

Au bout du compte, la Guinée équatoriale se sera taillé la part du lion. Elle récupère le gouvernorat de la Beac, la vice-présidence de la Commission de la Cemac, la présidence de la Cosumaf, la direction générale de l'Institut sous-régional multisectoriel de technologie appliquée, de planification et d'évaluation des projets (Ista) et celle de l'Institut de l'économie et des finances (IEF).

Par ailleurs, l'application de la rotation ne manquera pas de créer les situations embarrassantes que l'on a tenté d'éviter. Ainsi, à l'horizon 2015, au hasard du terme des mandats en cours et de l'ordre alphabétique, la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac) se retrouvera avec deux ressortissants d'un même pays (le Cameroun) aux commandes, comme secrétaire général et secrétaire général adjoint. Le bateau Cemac n'est pas encalminé, mais il bouge si lentement qu'on le croirait à l'arrêt.

Le rapprochement boursier, c'est pas pour tout de suite

Le rapprochement entre la Bourse des valeurs mobilières d'Afrique centrale (BVMAC) et le Douala Stock Exchange (DSX) a été renvoyé à une négociation bilatérale entre le président Camerounais, Paul Biya, et son homologue gabonais, Ali Bongo Ondimba. Il faut dire que la question est délicate pour le Gabon : la BVMAC est basée à Libreville, et son directeur général, Pascal Houangni Ambouroué, est gabonais, tout comme le président de son conseil d'administration, Henri-Claude Oyima. Depuis début 2012, le Gabon a injecté 2 milliards de F CFA (3 millions d'euros) lors de la dernière augmentation de capital sans demander la moindre contrepartie. Côté camerounais, on pointe une « nationalisation » de la Bourse régionale par le Gabon dans la logique du « qui paie commande ». Peut-être se dirige-t-on vers la solution préconisée par la Banque africaine de développement (BAD), à savoir un compartiment d'actions à Douala et un compartiment obligataire à la BVMAC. G.D.

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