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03/08/2012 à 10:55
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L'ancien ambassadeur saoudien Bandar Ibn Sultan. L'ancien ambassadeur saoudien Bandar Ibn Sultan. © Sipa

L'ancien ambassadeur Bandar Ibn Sultan, réputé proche des Américains, prend la tête des services de renseignements saoudiens. Un poste stratégique.

C'est peu dire que la nomination du prince Bandar Ibn Sultan comme nouveau patron des services de renseignements saoudiens a pris tout le monde de court. Enfin presque. Fils du prince héritier Sultan Ibn Abdelaziz - ancien ministre de la Défense décédé en 2011 -, Bandar est l'un des petits-fils du roi Abdelaziz, fondateur de la dynastie. Alors que les provinces de l'est du royaume sont agitées par une contestation chiite, que la région est tétanisée par la nucléarisation de l'Iran et que la situation ne cesse de se dégrader en Syrie, sa nomination rassure les États-Unis, qui se débattent dans la gestion des derniers spasmes du Printemps arabe.

Le nouveau chef des espions saoudiens est une figure connue à Washington, où il a été ambassadeur durant vingt-trois ans, jusqu'à ce qu'il prenne en 2005 la tête du Conseil de sécurité nationale saoudien. On le dit proche de la famille Bush : du père, George H. W., qu'il a connu au début des années 1980, quand ce dernier n'était que le vice-président de Ronald Reagan. Et surtout du fils, George W., un ami. Au final, Bandar aura connu quatre locataires de la Maison Blanche : Reagan, Bush père, Clinton, puis Bush fils.

Liens avec les républicains comme avec les démocrates

Sous la présidence de ce dernier, les visites du Saoudien au ranch familial de Crawford étaient courantes, et Bandar jouissait d'un accès direct aux plus hauts responsables : Dick Cheney, Colin Powell, Condoleezza Rice, George Tenet. Son séjour à Washington lui a permis de forger des liens avec les républicains comme avec les démocrates. Seul accroc au parcours américain de Bandar, l'accusation portée contre son épouse Haïfa de participation au financement des attentats du 11 Septembre par des dons versés à une pseudo-organisation caritative. Un faux pas rapidement oublié : en contact quasi quotidien avec le président Bush après l'attentat, il a su désamorcer une brouille sérieuse entre les deux États (quinze des dix-neuf terroristes étaient saoudiens). Bref, Bandar est réputé proche des Américains et sa nomination ne fait que confirmer le partenariat stratégique entre Washington et Riyad.

Bandar aurait appuyé l'envoi de troupes pour « pacifier » le Bahreïn, mais milite pour soutenir matériellement les rebelles syriens - une approche qui reflète l'ambiguïté de l'Arabie saoudite face au Printemps arabe. Sur le dossier iranien, il a la position du faucon : comme le roi Abdallah, il veut accentuer la pression militaire sur Téhéran, quand les États-Unis, eux, cherchent à soumettre la République chiite par des sanctions économiques.

Exclu de la succession

Paradoxalement, les relations entre Bandar et Abdallah sont notoirement difficiles, alors que le prince Muqrin, qu'il remplace à la tête des services de renseignements, était très proche du souverain. Sa nomination peut s'interpréter de deux manières. Abdallah, de santé déclinante et fragilisé par les difficultés de la succession, est inquiet et rappelle un diplomate chevronné, qui saura parler à la Maison Blanche. Mais il se peut aussi que le puissant clan rival des Soudayri - lignée issue de l'épouse favorite d'Ibn Saoud, le fondateur du royaume - soit à la manoeuvre.

En dépit de son parcours et de sa puissance, Bandar est exclu de la succession : Khizaran, sa mère, était une concubine « à la peau noire », de celles qui étaient esclaves il y a quelques décennies. Un métissage qui a donné à l'Arabie saoudite l'un des plus brillants politiques de sa génération. Jeune premier de 63 ans dans la gérontocratie saoudienne, il souffre d'une mauvaise santé et de problèmes de dos, séquelles d'un accident d'avion. Dépressif selon son biographe, amateur de cigares et de boissons fortes, il serait passé par un centre de désintoxication après 2005. Immensément riche, il possédait pendant sa période américaine un Airbus A340, une luxueuse résidence sur le Potomac et un manoir à Aspen. Bref, un prince saoudien, ami de Washington, devenu responsable de l'un des postes sécuritaires les plus stratégiques du royaume wahhabite.

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