Extension Factory Builder
28/07/2012 à 11:25
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
'Chaõ', premier tube de Titica. "Chaõ", premier tube de Titica. © DR

Tout le pays danse sur les rythmes effrénés de Titica. La reine du kuduro assume sans complexe sa transsexualité dans un pays où même l'homosexualité reste taboue. Sa musique s'exporte dans le monde entier et connaît notamment un grand succès au Brésil.

Elle se déhanche, se courbe et fait ressortir ses formes généreuses. « Chão Chão », lance-t-elle sur un rythme effréné. Ce titre de Titica connaît un succès quasi planétaire. Pulpeuse et sexy, la chanteuse angolaise est un transsexuel épanoui dans un pays où l'homosexualité était, jusqu'en 2010, considérée comme un crime. Né dans un quartier pauvre de Luanda il y a vingt-cinq ans, Teca Miguel Garcia, de son nom d'homme, est aussi d'origine congolaise (Brazzaville) par son père, une autre spécificité malvenue dans ce pays d'Afrique australe. L'histoire de cette chanteuse populaire de kuduro et dont le succès dépasse aujourd'hui les frontières de l'Angola (États-Unis, Brésil, Europe...) n'était pas tracée.

« J'ai de bons souvenirs de mon enfance, bien que, comme pour la plupart de mes amis issus d'un milieu pauvre, elle fut dure, raconte l'artiste. Je devais m'occuper de la maison, porter des choses lourdes, et si je voulais une nouvelle paire de chaussures, ce n'était pas possible... » Et lorsque le petit garçon trouve le temps de jouer, son attirance pour les poupées lui révèle rapidement sa différence. À l'adolescence, sa famille comprend son homosexualité et le rejette : « J'ai dû partir à l'âge de 16 ans. Une amie chanteuse, Stela, connue sous le nom de Propria Lixa, m'a accueillie avec sa famille. C'est désormais la mienne à part entière », explique-t-elle.

Les relations sociales sont compliquées. Intolérance et violence rythment son quotidien, mais celle qui vit désormais comme une jeune femme assure ne s'être jamais cachée, avoir toujours su rester elle-même malgré les quolibets. Très vite, elle entame des démarches pour se faire poser des implants mammaires. Ce qu'elle concrétise, en 2010, au Brésil. Dernièrement, elle a eu recours à une seconde intervention chirurgicale au niveau des hanches afin d'accentuer ses courbes pour les rapprocher de celles « d'une guitare », dit-elle. 

Sensibilisation

Titica fait ses premiers pas artistiques en tant que danseuse aux côtés de son amie Propria Lixa. Elle rêve néanmoins d'être sous les projecteurs, et brûle déjà de donner de la voix, alors que sa timidité l'en empêche encore. Finalement, en 2010, elle compose Chão avec l'aide de DJ Devitor et du chanteur Mona Star. Le succès est immédiat, et les Angolais téléchargent aussitôt le tube sur leur téléphone portable et l'écoutent en boucle à la radio. Son second single, Olha o Boneco, est chanté en duo avec la star angolaise Ary. L'équipe qui entoure la chanteuse s'est depuis étoffée : son directeur artistique, Heavy C, et sa maison de disques Produções LS, sont aux manettes. Puto Portugês, Mestre Yara, deux chanteurs-compositeurs, participent à l'élaboration de son premier album, tandis que Maria Emilia Abrantes s'occupe de son management.

En quelques mois, la chanteuse, dont le look extravagant (longs cils artificiels colorés, paillettes, tenue sexy...) est proche de celui de l'artiste américaine Lady Gaga, se trouve invitée à toutes les soirées, est nommée meilleure chanteuse de kuduro de l'année 2011, avant de participer à ce qui est probablement le plus grand show télévisé du pays, le Concert annuel des divas, en présence du président José Eduardo dos Santos. « Je ne pense pas que mes chansons pourront complètement changer les mentalités, mais au moins sensibilisent-elles le public à nos souffrances... Il n'est pas normal que les gays ne puissent vivre normalement, respirer librement comme tout le monde ! » poursuit Titica.

"De la bonne musique"

Adulée également hors de son pays natal, la nouvelle star angolaise s'est produite au Portugal, au Brésil et aux États-Unis. Dans l'un de ses autres titres, « Kusi de Pole », la chanteuse, accompagnée de Mona Star, se fend même de quelques phrases en français... À l'étranger, elle dit se sentir reconnue comme une artiste à part entière et non uniquement un transsexuel se trémoussant sur du kuduro. « Mon plus beau souvenir ? Quand je suis montée à minuit sur scène au Brésil devant plus de 10 000 personnes qui scandaient mon nom... C'était absolument incroyable, et je leur suis infiniment reconnaissante ! » Elle espère pouvoir exporter ses chansons - et ses messages - dans le reste du monde : « Je pense pouvoir faire beaucoup pour la cause gay... Si seulement nous pouvions enfin oublier notre différence, travailler comme tout le monde et nous assumer tels que nous sommes... L'Angola et l'Afrique ne sont pas mon unique espace d'expression : je suis une citoyenne du monde ! » En Angola, ses fans ne se posent plus de questions. Pour eux, Titica fait de « la bonne musique », et c'est bien là le plus important.

Kuduro, quèsaco ?

Se prononce « Koudourou »

Vient de cu duro, « cul dur » en portugais

Musique électronique à textes engagés qui mixe rythmes africains, rap et techno

Créé par Tony Amado en 1996 en Angola

Très populaire dans toute l'Afrique lusophone, au Brésil, dans les Antilles, au Portugal...

À l'origine, danse inspirée des pas de Jean-Claude Van Damme dans Kickboxer.

Jusqu'en septembre, Titica donnera une série de concerts en Angola notamment, et espère, entre-temps, faire aboutir un autre projet : réaliser une tournée internationale pour continuer à exporter le kuduro. Baptisée « I Love Kuduro », l'expérience pourrait permettre à la jeune femme de demeurer longtemps dans « le souvenir des gens » comme une grande chanteuse, son voeu le plus cher.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Angola

Mondial 2022 au Qatar : trois hauts dirigeants du football africain nommément accusés de corruption

Mondial 2022 au Qatar : trois hauts dirigeants du football africain nommément accusés de corruption

Au mois de juin 2014, le "Sunday Times" publiait une enquête dénonçant l'existence d'un système de pots-de-vin ayant conduit à l’attribution de la Coupe du monde de football au Qat[...]

RDC - Angola : ça plane pour Kabila et Dos Santos

Longtemps tendues, les relations entre la RDC et l'Angola connaissent une embellie. La preuve, les vols ont repris jeudi entre les deux pays.[...]

Moi, Batista, immigré angolais, la France m'a jeté en prison après des tests osseux

Batista, immigré angolais, dit être né en 1996. Arrivé en France en 2012, il a bénéficié, en tant que mineur et durant deux ans, de l'aide sociale à l'enfance. Avant que[...]

Angola: le bilan des fortes pluies s'alourdit à 69 morts

Les fortes pluies qui se sont abattues sur Lobito, ville située à 500 kilomètres au sud de la capitale angolaise Luanda, ont fait 69 morts, dont 36 enfants, selon un nouveau bilan provisoire communiqué[...]

Angola : 62 morts à Lobito après de fortes pluies

Au moins 62 personnes sont mortes dans la nuit du mercredi à jeudi, après de fortes pluies qui ont frappé la ville de Lobito située à 500 kilomètres au sud de Luanda. On compte 35 enfants[...]

Classement Forbes : 29 Africains dans le palmarès 2015

Le magazine "Forbes" a livré lundi sa cuvée 2015 de milliardaires en dollars dans le monde. Cette année, le chiffre record de 1 826 personnalités a été atteint (181 de plus qu'en[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Angola : un baiser entre hommes qui ne passe pas

Deux hommes en train de s'embrasser en "prime time" dans une série téléviée ? La polémique née de ce baiser a fait des vagues en Angola.[...]

Angola : Luanda serre les dents

"Certaines dépenses publiques seront réduites, notamment les subventions aux prix des carburants. Des projets seront reportés, et le contrôle des dépenses de l'État comme la[...]

Angola : le président dos Santos en visite en RDC pour signer des accords de coopération

Le président angolais José Eduardo dos Santos va rencontrer lundi à Kinshasa son homologue congolais Joseph Kabila pour signer des accords de coopération, notamment dans le domaine des transports,[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers