Extension Factory Builder
31/07/2012 à 08:57
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les cofondateurs du parti, Abdelfattah Mourou et Rached Ghannouchi, le 15 juillet. Les cofondateurs du parti, Abdelfattah Mourou et Rached Ghannouchi, le 15 juillet. © Nicola Fauquié/www.imagesdetunisie.com

Pas de clash. Pas d'annonces à défrayer la chronique. Le 9e congrès d'Ennahdha a cependant levé le voile sur la ligne et les figures montantes du mouvement islamiste avant les élections générales prévues en 2013.

Jamais le mouvement islamiste tunisien n'avait tenu un congrès en public, les huit premiers ayant eu lieu dans la clandestinité et en petit comité. C'est dire tout l'intérêt de ce grand rassemblement d'Ennahdha (« la Renaissance ») au parc des expositions du Kram, près de Tunis, du 12 au 16 juillet, réunissant pour la première fois plus de 1 100 délégués représentant toutes les régions. On allait enfin en savoir plus sur ce parti qui, arrivé en tête aux premières élections démocratiques, en octobre, dirige la coalition gouvernementale chargé de la transition. On s'attendait aussi à ce que ce congrès soit celui de la confrontation. C'était après tout la rencontre inédite et au grand complet entre modernistes et ultraconservateurs, entre dirigeants et cadres de l'extérieur forcés à l'exil pendant plus d'une vingtaine d'années et ceux restés au pays dans les geôles de Ben Ali ou sous étroite surveillance de sa police.

Le grand clash ne semble pas avoir eu lieu. « Cela nous fait rire d'entendre parler de clivages entre gens de l'extérieur et ceux de l'intérieur. Le fait que des exilés aient eu l'occasion de se familiariser avec la pratique de la démocratie ne peut être qu'un enrichissement pour tous », assure Ajmi Lourimi, l'une des têtes pensantes de la génération réputée ouverte et membre du comité exécutif. Abdellatif Mekki, ministre de la Santé, qui fait partie de cette même génération et a été porté à la présidence du congrès, parle quant à lui de « chimie » qui s'est opérée entre les congressistes. 

Un "recentrage modéré et centriste"

Cela n'a pas empêché certains débats houleux. Le principal point d'achoppement est lié à ce que l'on pourrait appeler le « recentrage culturel ». Un parti civil peut-il avoir des activités socioculturelles, comme celle de faire de la prédication en se référant à l'identité arabo-musulmane ? « Le mouvement est entré dans le moule d'un parti, répond Lourimi, mais il lui reste à savoir comment mener ce projet de civilisation et sous quelle forme. Certaines voix à l'intérieur et à l'extérieur d'Ennahdha s'élèvent pour dire qu'il ne faudrait pas laisser la place vide aux religieux [les mouvements salafistes, NDLR] et estiment que le mouvement doit jouer un rôle sur ce plan, dans le cadre de la loi. »

La ligne politique esquissée au cours des dix-huit derniers mois par le président d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, a toutefois été endossée. Le congrès a consacré le choix d'un État civil et d'un « recentrage modéré et centriste » du mouvement, il est favorable au consensus et à des gouvernements « d'alliance » pendant la transition démocratique, il dit non à la bipolarisation idéologique, il est pour un système parlementaire... Ce congrès était en effet la dernière étape avant les élections générales prévues au printemps 2013 et qui ont constitué la toile de fond des débats. 

Leader incontesté

Omniprésent, Ghannouchi n'a cependant pas cherché à jouer au zaïm. Ni photos à son effigie ni slogans. Il a même dû se plier aux exigences démocratiques des congressistes. Son rapport moral n'en est pas un, lui ont-ils signifié, et il a dû en changer le titre. Il demeure, certes, le leader incontesté d'Ennahdha, mais n'a été réélu président du mouvement « que » par 74 % des délégués.

Son pouvoir est contrebalancé par celui de l'ultraconservateur Sadok Chourou, élu à la tête du conseil de la Choura, autorité suprême du mouvement entre deux congrès. Hamadi Jebali, numéro deux de la formation, est confirmé dans sa fonction de chef du gouvernement. Enfin, bien que discrète, la relève se prépare avec la montée en puissance de la génération d'anciens dirigeants du mouvement estudiantin durant les trente dernières années, eux aussi anciens prisonniers ou exilés. Au regard du nombre de voix obtenues lors du vote des membres du conseil de la Choura, outre Ajmi Lourimi et Abdellatif Mekki, parmi les plus populaires figurent Abdelkarim Harouni (ministre du Transport), Ali Laarayedh (Intérieur), Noureddine Bhiri (Justice) et le juriste Habib Khedher.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Armée tunisienne : la grande désillusion

Armée tunisienne : la grande désillusion

Incapable de venir à bout des maquis jihadistes, minée par des querelles au sommet, gangrenée par la politique, la grande muette a beaucoup perdu de sa superbe. Enquête exclusive sur une institut[...]

Pourquoi la Tunisie est une et indivisible

Aïssa Baccouche est sociologue et urbaniste.[...]

Tunisie : Loukil autorisé à coter sa branche automobile

La Bourse de Tunis a donné son accord de principe pour la cotation de UADH (Universal automobile distributors holding), la branche automobile du groupe tunisien Loukil. L'opération, prévue pour la seconde[...]

Tunisie : tapis rouge pour la démocratie

La visite de Béji Caïd Essebsi à Paris a été marquée par des honneurs exceptionnels. Les deux pays peuvent maintenant envisager une nouvelle amitié. En attendant que les[...]

Tunisie : l'Algérien Belmokhtar derrière l'attentat du Bardo ?

Le terroriste algérien Mokhtar Belmokhtar serait impliqué dans l'attentat du musée du Bardo, le 18 mars à Tunis.[...]

Tunisie : en attendant les hélicoptères Black Hawk

Plusieurs hélicoptères vont être mis à disposition de l'armée tunisienne par les Émirats arabes unis, en attendant la livraison de douze appareils Black Hawk commandés aux[...]

Tunisie : l'école, premier rempart contre l'obscurantisme

Pourquoi tant de jeunes éduqués, comme l'un des tueurs du Musée du Bardo, partent combattre en Syrie ? Une partie de la réponse se trouve peut-être dans la faillite du système[...]

Racisme en Tunisie : Saadia Mosbah, l'indignée

De retour d'une tournée dans le Sud, l'égérie tunisienne de la lutte contre le racisme appelle à un débat national, mais peine à se faire entendre.[...]

Tunisie : le festival "Jazz à Carthage", la culture à cor et à cri

Initialement prévue pour le 8 avril, le festival de musique tunisien "Jazz à Carthage" débutera finalement le 10 avril. En cause, l’annulation de plusieurs artistes américains, qui[...]

Tunisie : haro sur les médias français

Tropisme pro-islamiste, racolage, sensationnalisme... Les griefs du camp moderniste contre les journalistes de l'Hexagone sont symptomatiques.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2689p051.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2689p051.xml0 from 172.16.0.100