Extension Factory Builder
19/07/2012 à 11:16
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Mohamed Diaby, vice-champion d'Afrique de boxe, il représente aujourd'hui son pays d'origine. Mohamed Diaby, vice-champion d'Afrique de boxe, il représente aujourd'hui son pays d'origine. © Pierre Mérimée pour J.A.

Ce jeune athète s'est qualifié pour ses premiers Jeux olympiques. Seul boxeur malien de tous les temps à avoir réussi cet exploit, il espère rapporter une médaille.

Il n'est pas tout à fait 20 heures, et Mohamed Diaby est déjà arrivé dans la salle d'entraînement où des sacs de boxe attendent qu'on leur cogne dessus. Bien différent, un autre sac noir et lourd est posé par terre. À l'intérieur sont fourrées les affaires du boxeur de 69 kg, catégorie welter. Un mètre quatre-vingt-six, pas un gramme de graisse, visage poupin et intact qui semble n'avoir jamais reçu de coups. Depuis cette salle aux murs verts, on aperçoit la cité Maurice-Thorez. C'est ici qu'il a grandi, à L'Île-Saint-Denis, dans cette banlieue populaire du nord de Paris.

Âgé de 28 ans, Mohamed Diaby s'est qualifié, en mai dernier, au Maroc, pour ses premiers Jeux olympiques en boxe anglaise. Il représentera le Mali à Londres, à la surprise générale, puisqu'il a fait toute sa carrière en boxe pieds-poings... « J'ai commencé à boxer à l'âge de 10 ans, dans le club de ma ville. C'était à deux pas de chez moi et ça me faisait passer le temps. Valait mieux être ici que dehors, où tu peux facilement faire des conneries », se souvient-il. 

Victoire sur victoire

Le boxeur ouvre la porte du vestiaire et commence à s'habiller. Son coach, Zouaoui Adame, qui le suit depuis le début, vient de débarquer. « Au début, Mohamed était un boxeur moyen, pas plus doué que les autres. D'ailleurs, il n'a rien gagné dans les catégories "jeunes". Mais c'était un bon bagarreur doté d'un fort mental. Il n'a pas lâché, et c'est ainsi qu'il a progressé. »

C'est à 18 ans que Mohamed Diaby prend son envol et remporte victoire sur victoire. Logiquement, l'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance), qui forme les sportifs de haut niveau, l'accueille à bras ouverts. Il y reste quatre ans, entre 2003 et 2007. « J'avais tout pour réussir : la salle de boxe était à 20 m, la cantine à 200 et les salles de cours à 500. » Les titres s'enchaînent : champion de France juniors en boxe française (2002 et 2004), titre mondial en 2003. Il continue sur sa lancée en seniors, remportant le titre national en 2007, mais perdant en finale des championnats du monde.

Vingt heures, Mohamed déroule ces bandes bleues que les boxeurs utilisent avant d'enfiler leurs gants. On découvre alors une large cicatrice sur sa main gauche. Lors d'un combat, en 2007, il s'est fracturé la main. « On m'a opéré, installé une plaque et j'ai boxé avec pendant un an. Tout allait bien. Enfin, je le pensais... Mais une fois la plaque enlevée et après quelques semaines à boxer sans, je me suis de nouveau cassé la main. » Le médecin lui conseille alors d'arrêter. « Cela m'a brisé le moral. J'ai tout stoppé. J'ai alors compris l'importance qu'avait la boxe dans ma vie. »

À l'Insep, on sait que tous les sportifs ne roulent pas sur l'or et que la reconversion professionnelle est aussi importante que la carrière sportive, souvent éphémère. Lors de son passage à l'institut, Diaby passe les diplômes nécessaires pour être embauché, en 2008, comme professeur de sport dans un centre éducatif fermé du Val-d'Oise. Ce salaire lui permet de partir tous les six mois au Mali. « J'adore ce pays. Ma famille vient d'un petit village qui s'appelle Gouka, dans la région de Kayes. Avant, j'y allais peu, j'ai quatre soeurs et quatre frères, et mes parents n'avaient pas les moyens de nous emmener tous les ans. » On veut bien le croire, un aller-retour Paris-Bamako coûte au minimum 600 euros... Le coach poursuit : « Mohamed faisait de la boxe anglaise à Clichy-la-Garenne pour améliorer ses poings. Un jour, il est parti voir les dirigeants maliens pour les persuader de lui donner sa chance. Il voulait se qualifier pour les JO de Londres ! » 

Une véritable course contre la montre

En novembre 2011, l'athlète participe aux championnats du monde, en Azerbaïdjan. Il perd au premier tour. « Cette défaite m'a fait du bien. J'ai pris conscience que le mental ne suffisait pas. » Il rappelle les dirigeants maliens, qui acceptent de lui faire confiance. Une véritable course contre la montre s'engage. Le championnat d'Afrique, qualificatif pour les JO, aura lieu six mois plus tard. À la Rocky Balboa, Diaby s'entraîne deux fois par jour. Au premier tour, il bat le boxeur ghanéen, l'un des favoris. S'il perd en finale, il est tout de même vice-­champion d'Afrique, ce qui lui donne le droit de représenter le Mali. « Je sais qu'on ne donne pas cher de ma peau, mais je vais aux Jeux pour gagner une médaille. »

L'entraînement commence. Son téléphone sonne. C'est sa mère. Que pense-t-elle de Mohamed ? « Je suis très heureuse pour lui, mais je ne vais jamais le voir boxer, j'ai trop peur. » Elle a tout de même promis de le regarder à la télé, parce que, si elle ne mesure pas vraiment ce que représentent les Jeux olympiques, elle a compris que son fils avait réussi un gros truc...

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Mali

Ebola : trois choses à savoir sur la tournée de Ban Ki-moon en Afrique de l'Ouest

Ebola : trois choses à savoir sur la tournée de Ban Ki-moon en Afrique de l'Ouest

Ban Ki-moon a annoncé mercredi à New York qu'il se rendra à partir du 18 décembre en Afrique de l'Ouest. Une tournée dans les pays qui ont été touchés par le virus Ebola. Pou[...]

Mali : IBK assume la libération de quatre jihadistes

Très critiqué dans son pays pour avoir ordonné la libération de quatre jihadistes afin d’obtenir celle de l’otage français Serge Lazarevic le 9 décembre, Ibrahim Boubacar[...]

Mali - France : Lazarevic et Sofara

Un Français vaut-il plus qu'un Malien ? Certains jugeront la question déplacée. Elle mérite pourtant qu'on s'y arrête au vu des circonstances qui ont mené à la[...]

Jean-Yves Le Drian : "Au Mali comme en Centrafrique, l'heure de vérité approche"

Un an après le déclenchement de l'opération Sangaris, et deux ans après celui de l'opération Barkhane, le ministre français de la Défense affiche ses objectifs : des[...]

Paris veut un accord de paix au Mali en janvier

Paris souhaite que les négociations de paix maliennes entre Bamako et les groupes armés du Nord, sous médiation algérienne, aboutissent en janvier, a déclaré le ministre français de[...]

Sahel : Lazarevic pense avoir été capturé pour une rançon et nie être un mercenaire

L'ex-otage français Serge Lazarevic, libéré mardi après plus de trois ans de captivité au Sahel, a estimé dimanche, dans le journal de 20 heures de France 2, que ses ravisseurs l'avaient[...]

Mali : le Tunisien Mongi Hamdi nommé à la tête de la Minusma

Le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, remplace le Néerlandais Bert Koenders à la tête de la Minusma, a annoncé vendredi un communiqué des Nations unies.  [...]

Le Mali confirme que des jihadistes ont été libérés en échange de l'ex-otage français Lazarevic

Plusieurs prisonniers détenus à Bamako ont bien été libérés en échange de l'ex-otage français Serge Lazarevic, a confirmé vendredi le ministre malien de la Justice,[...]

Mali : vers un accord de paix définitif ?

Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) paraît peu enclin à signer le projet d'accord de paix proposé par la médiation algérienne. Bamako compte sur Rabat pour convaincre le[...]

Mali : la mort d'Ahmed el-Tilemsi, un coup dur pour le Mujao et Belmokhtar

Ahmed el-Tilemsi, l'un des principaux chefs jihadistes de la bande sahélo-saharienne, a été tué dans un raid mené par les militaires français dans le nord du Mali. Pour Paris, il s'agit[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers