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20/07/2012 à 12:04
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Lors d'un discours de Barack Obama à Cleveland, dans l'Ohio, le 14 juin 2012. Lors d'un discours de Barack Obama à Cleveland, dans l'Ohio, le 14 juin 2012. © Jewel Samad/AFP Imageforum

Barack Obama ou Mitt Romney ? Un choix difficile pour les électeurs des versatiles États pivots, les fameux "swing states". Afin de les conquérir, les candidats investissent des millions.

A moins de cinq mois de la présidentielle, démocrates et républicains commencent à faire les comptes. Chacun totalise l'argent récolté pour financer la campagne, et, sur ce plan, Mitt Romney est le mieux placé. Pour le seul mois de juin, le candidat à l'investiture républicaine a amassé un peu plus de 106 millions de dollars (86 millions d'euros), tandis que Barack Obama a dû se contenter de 71 millions. Au-delà de la somme elle-même, la capacité de Romney à réunir autant de fonds autour de sa personne est interprétée comme le signe que les électeurs « veulent un changement de direction à Washington », assure Spencer Zwick, en charge des finances dans le camp républicain. Toutefois, cette mobilisation de la base n'est qu'une indication. Elle ne permet pas encore d'affirmer que les États-Unis ont basculé en faveur de Romney, car les montants dévoilés ne prennent pas en compte les contributions des « super PAC », ces « comités d'action politique » qui peuvent lever et employer des fonds illimités pour soutenir des causes dans les campagnes, mais qui n'ont pas le droit de financer directement un candidat. En les incluant, le républicain espère atteindre 800 millions de dollars. En 2008, Barack Obama avait lui rassemblé près de 750 millions de dollars, contre 322 millions pour son adversaire, John McCain. Comme le rappelle le vieil adage, l'argent est le nerf de la guerre. Pour le président sortant, la situation n'est guère réjouissante sur ce plan, car il a du mal à mobiliser les donateurs. Obama pourrait être le premier président en exercice à être devancé par son challengeur dans la course aux millions. 

Guerre médiatique

Depuis plusieurs mois, l'hôte de la Maison Blanche sait que sa réélection ne sera pas aussi facile qu'il aurait pu l'imaginer. La situation économique ne s'améliore guère, avec un taux de chômage qui avoisine les 8 %, ce qui n'est pas de nature à inciter les électeurs à renouveler leur confiance à un homme incapable de ramener la croissance. « Je ne sais pas si c'est parce que les Américains sont myopes ou parce qu'ils ont une vue à court terme, mais ils ne s'intéressent à l'économie qu'au cours des mois précédant l'élection », constate Andrew Gelman, directeur du Centre de statistiques appliquées à l'université Columbia de New York. « Ce que le président sortant a pu réaliser auparavant n'aura, semble-t-il, aucun effet sur leur choix final », ajoute-t-il. Il n'est donc pas étonnant que Mitt Romney ait choisi de mettre l'accent sur l'incompétence économique d'Obama, qui n'a pas su mettre en oeuvre une politique susceptible de créer des emplois. Pour justifier ses attaques, il cite les 8,2 % de chômage, qu'il juge « inacceptablement élevé ». Le président, quant à lui, affirme que les 80 000 postes apparus en juin sont « un pas dans la bonne direction » et rappelle que 4,4 millions de personnes ont retrouvé du travail au cours des vingt-huit derniers mois. Barack Obama sait cependant qu'il en faudra beaucoup plus pour convaincre les électeurs, notamment ceux qui vivent dans les fameux swing states, ou « États pivots » (voir l'infographie), déterminants lors du scrutin de novembre.

Le président est conscient de leur importance. C'est donc dans deux d'entre eux - Pennsylvanie et Ohio - qu'il a entrepris début juillet sa première tournée en bus, moment clé de la campagne qui lui permet de se rapprocher des électeurs et de leur délivrer un message direct. Dans le même temps, Priorities USA Action, l'un des super PAC démocrates, a mené une attaque en règle contre Mitt Romney, en diffusant dans cinq swing states des spots publicitaires où le candidat républicain était présenté comme un homme d'affaires froid et distant toujours prêt à licencier des gens pour engranger des bénéfices. Le groupe a dépensé 10 millions de dollars pour s'assurer que personne n'y échappe. Ses effets sur l'opinion ont ensuite été analysés par des spécialistes. Dans chacun des deux camps, on met les bouchées doubles pour rendre largement visibles ces films au contenu souvent très dur pour l'adversaire. Selon une étude menée par le quotidien USA Today et l'institut de sondages Gallup, 82 % des électeurs des swing states ont vu les spots, soit 20 % de plus que dans les autres États, où les enjeux sont moins grands. À ce petit jeu, Barack Obama semble avoir remporté une première bataille, puisque les vidéos mettant en cause Mitt Romney lorsqu'il dirigeait le fonds Bain Capital ont su convaincre de ne pas voter pour le candidat républicain. D'après un sondage réalisé après leur passage à l'écran, 58 % des personnes interrogées sont désormais d'accord avec l'idée selon laquelle « la priorité de Romney dans le secteur privé est de faire des millions pour lui-même et les investisseurs, quelles que soient les conséquences sur l'emploi ». Reste à savoir si cela suffira à faire basculer les États pivots. Rien n'est moins sûr. Les électeurs semblent se lasser de cette guéguerre et marquent de plus en plus leur différence en se qualifiant d'« indépendants ». « Ce sont les démocrates qui en pâtissent le plus », constate Politico. S'appuyant sur une étude menée par Bloomberg, le webzine, qui s'est imposé comme l'une des sources les plus fiables pour suivre la campagne électorale, note que le nombre d'indépendants a augmenté de 443 000 dans le Colorado, en Floride, dans l'Iowa, au Nevada, dans le New Hampshire et en Caroline du Nord depuis l'élection de 2008. 

L'enjeu des "swing states"

Parallèlement, les démocrates peuvent compter sur 480 000 soutiens dans ces six États. Des chiffres que le président sortant va sans doute prendre au sérieux. Ils prouvent notamment qu'il n'a pas réussi à établir, au cours de son mandat, une base solide sur laquelle s'appuyer pour remporter facilement les fameux swing states. S'il n'est pas en mesure de proposer de meilleurs résultats sur le plan économique, en particulier concernant les emplois, Barack Obama devra investir beaucoup d'argent pour s'acheter la sympathie des électeurs, ou au moins créer une forte antipathie à l'égard de son concurrent. Dans ce domaine, on le sait, il a pris du retard et ne disposera pas d'un trésor de guerre suffisant pour rivaliser avec Mitt Romney.

Les super PAC conservateurs comme American Crossroads déboursent beaucoup dans les États pivots, obligeant ainsi le président à riposter et donc à s'affaiblir financièrement. Jusqu'à présent, les républicains ont englouti 269 millions de dollars dans les spots publicitaires, contre 133 millions pour les démocrates, soit moitié moins. La bataille des swing states se jouera en grande partie sur le plan financier dans la dernière ligne droite. Barack Obama ne se trouve pas dans une position idéale, d'autant qu'il ne semble guère en mesure de peser sur le redémarrage de l'économie. En s'attaquant au monde de la finance et en annonçant une probable augmentation des taxes sur les plus hauts revenus, le président s'est privé d'appuis financiers susceptibles de l'aider à faire la différence le 6 novembre prochain dans ces swing states, que l'on pourrait aussi appeler des « États balançoires ».

L'importance de l'État pivot

Dans le cadre de l'élection présidentielle américaine, un État pivot est un État où aucun des deux principaux partis politiques, le Parti démocrate et le Parti républicain, ne domine le vote populaire. Dans cet État, les candidats doivent consentir de nombreux efforts pour conquérir les voix des électeurs. Ils y passent beaucoup de temps et y dépensent de très grosses sommes.

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