Extension Factory Builder
25/07/2012 à 12:52
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le pétrole, l'une des principales raisons du conflit qui oppose les deux Soudans. Le pétrole, l'une des principales raisons du conflit qui oppose les deux Soudans. © AFP

Un an après l'indépendance du Sud, les deux voisins sont incapables de résoudre leurs différends. En cause : le tracé de la frontière et le partage des revenus de l'or noir.

Indépendance : voilà un beau mot que bien des pays africains, après des années de colonisation, ont chacun modelé à leur manière. Liesse populaire, espoirs, déceptions ont rythmé les hauts et les bas de longs et complexes processus. Mais rarement naissance aura été plus mouvementée que celle, arrachée au forceps après quelque quarante ans de guerre civile, du Soudan du Sud. Le 9 juillet, le 54e État africain a fêté sa première année d'existence. Dans la capitale, Djouba, la foule en liesse était là, comme les chants, les concerts de klaxon, les invités de marque et le défilé militaire à proximité du mémorial John-Garang, père de la nation décédé dans un accident d'hélicoptère en 2005. Mais, au-delà de cette joie de façade, c'est l'inquiétude qui dominait. Le président, Salva Kiir, ne l'a pas caché : « Nous avons combattu pour le droit d'appartenir à la communauté des nations libres et nous l'avons gagné. Mais, puisque nous dépendons toujours des autres, notre liberté est aujourd'hui incomplète. Nous ne devons pas être seulement libérés, nous devons être économiquement indépendants. »

De ce point de vue, la partie est loin d'être gagnée. Après des mois de tensions avec Khartoum, Djouba a en effet choisi de fermer le robinet pétrolier afin de ne pas avoir à payer les taxes exorbitantes exigées par le Nord pour faire transiter le brut jusqu'à Port-Soudan : plus de 30 euros par baril alors qu'un prix raisonnable, quoique élevé, se situerait entre 4 et 6 euros. Ce faisant, Djouba se privait de 98 % de ses revenus. Des maux qui s'ensuivirent, l'inflation galopante n'est pas le pire.

Notre liberté est incomplète. Nous devons être économiquement indépendants.

SALVA KIIR, Président du Soudan du Sud

Les "insectes" du sud

En avril, les deux pays se sont militairement affrontés dans les zones (pétrolifères) frontalières contestées de Heglig et d'Abyei. L'escalade aurait pu - et peut toujours - dégénérer en conflit ouvert. Le président soudanais, Omar el-Béchir, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide au Darfour, n'hésitait pas à dire du Soudan du Sud : « Nous le considérons comme un insecte [...] cherchant à détruire le Soudan, et notre principal but désormais est d'éliminer complètement cet insecte. » Depuis, les deux capitales se sont engagées à cesser les hostilités, sans pour autant parvenir à un accord sur le partage de la manne pétrolière et le tracé de la frontière.

Si Djouba, qui ne possède ni industrie ni agriculture, souffre de la fermeture de ses puits, le Nord - qui a perdu 75 % de ses anciennes réserves de brut lors de la partition - paie aussi le prix fort de cette incapacité à s'entendre. Plus encore que le manque de libertés publiques, la crise économique a, ces dernières semaines, poussé bien des citoyens soudanais à sortir dans les rues pour manifester, à leurs risques et périls, leur hostilité à Omar el-Béchir. Depuis l'annonce de nouvelles mesures d'austérité, mi-juin, et notamment de la baisse des subventions sur le carburant, le gouvernement a du mal à gérer une contestation urbaine grandissante malgré un recours intense à la force et aux gaz lacrymogènes.

« Le petit homme de Khartoum », comme l'a qualifié son homologue ougandais, Yoweri Museveni, semble ne pas percevoir ce petit vent de Printemps arabe et prêche pour une nouvelle loi fondamentale : « Nous voulons une Constitution 100 % islamique, sans communisme, ni laïcisme, ni influences occidentales », a-t-il déclaré. Et bien entendu, il ne s'est pas rendu à Djouba, où Salva Kiir l'avait invité pour le premier anniversaire du Soudan du Sud : il s'est contenté d'y dépêcher son vice-ministre des Affaires étrangères.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Soudan

Répartition des eaux du Nil : on ne fait plus de vagues

Répartition des eaux du Nil : on ne fait plus de vagues

Fini la discorde entre l'Éthiopie, l'Égypte et le Soudan. Ce lundi 23 mars, les trois pays ont signé un accord de principe pour la construction du barrage éthiopien Grande renaissance.[...]

Le Soudan va creuser des puits d'exploration pétrolière au Darfour

 Le Soudan, qui a perdu la majorité de ses réserves pétrolières connues avec la partition du Soudan du Sud en 2011, entend développer sa production d'hydrocarbures. Khartoum a prévu[...]

"Les écailles d'or" : premier polar de Parker Bilal, entre islamisme et capitalisme

Sous le pseudonyme de Parker Bilal, l'écrivain anglo-soudanais Jamal Mahjoub livre un roman policier à fortes connotations politiques.[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Soudan : début de la campagne pour une réélection quasi-certaine d'Omar el-Béchir

La campagne pour les élections présidentielle et législatives débute ce mardi au Soudan. Le président Omar el-Béchir est presque assuré d'être réélu, le tout[...]

Sur le chemin des armes en Centrafrique

L'ONG Conflict Armament Research a enquêté sur l'arsenal des groupes rebelles. À en croire son rapport, la Séléka, notamment, aurait bénéficié de l'aide directe du[...]

Soudan : Hadeel Ibrahim, à la tête de la fondation de papa

Les femmes puissantes sont de plus en plus nombreuses sur le continent. Voici notre sélection - forcément subjective - des 50 Africaines les plus influentes au monde.[...]

Soudan : le président Béchir candidat à sa réélection en avril

 La commission électorale au Soudan a reçu dimanche la candidature du président sortant Omar el-Béchir pour le scrutin présidentiel du 13 avril pour lequel il part favori, selon un de ses[...]

Soudan : les Nations unies protestent contre l'expulsion de deux de leurs responsables

Les rapports entre le Soudan et les Nations unies ne s'arrangent pas. Jeudi, l'ONU a officiellement protesté auprès des autorités de Khartoum après leur décision d'expulser deux des principaux[...]

Soudan : les élections générales fixées au 13 avril

Les élections générales au Soudan, prévues initialement le 2 avril, ont été fixées au 13 du même mois, a annoncé samedi le chef de la commission nationale[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2688p033.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2688p033.xml0 from 172.16.0.100