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18/07/2012 à 11:17
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François Fillon et Jean-François Copé briguent la direction de l'UMP. François Fillon et Jean-François Copé briguent la direction de l'UMP. © AFP

Après ses deux défaites électorales, la première force politique de droite est déchirée par un combat des chefs. François Fillon et Jean-François Copé fourbissent leurs armes pour prendre la tête de l'UMP lors de l'élection de novembre. Avec 2017 en ligne de mire.

La guerre des trois n'aura pas lieu, mais la guerre des deux n'en sera que plus inexorable. « L'état d'esprit actuel est à la bagarre avec ses échanges de méchancetés », déplore en vain Alain Juppé. En proposant sa candidature de transition à la présidence de l'Union pour un mouvement populaire (UMP), assortie d'un renoncement à toute ambition élyséenne, le maire de Bordeaux espérait éviter l'affrontement entre François Fillon et Jean-François Copé pour la conquête du parti en novembre et la reconquête du pouvoir en 2017. Mission Casque bleu refusée. Sans douter de la loyauté d'Alain Juppé, ni Fillon ni Copé n'ont oublié le lâchage de Chirac par son « ami de trente ans » Balladur, ou l'échec des différents codes de bonne conduite censés moraliser les rivalités internes du clan gaulliste. L'ancien Premier ministre balaie d'une évidence les trop vertueuses indignations contre les duels fratricides de la machine à perdre : « La politique, ça n'a jamais été le consensus, c'est la confrontation. »

La bataille de novembre s'annonce donc comme une sorte de primaire avant la primaire qui désignera en 2016 le champion de la droite à la présidentielle. Ce sera un vrai combat pour un vrai choix, non seulement celui d'un programme mais celui d'une personne, alors que l'image des candidats joue un rôle de plus en plus déterminant dans les arbitrages populaires. Rien de plus contrasté que le tempérament des deux adversaires.

Grenouillages partisans

Incisif jusqu'à l'agressivité, insolent au risque de l'arrogance, ambitieux et hyperactif, parfois battu, jamais abattu, Jean-François Copé serait en somme le continuateur d'un sarkozysme sans Sarkozy, dont il se considère toujours comme le fils spirituel. Avec en plus cette pointe de culot dialectique dont se régalent les médias. Par exemple quand il soutient que le chef de l'opposition élu en novembre ne sera pas « forcément » le candidat de la droite en 2017. Qui d'autre pourtant pourrait mieux prétendre à cette responsabilité suprême ? S'il a pris lui-même la tête de l'UMP, c'est bien pour servir les intérêts d'une carrière de longue date annoncée et programmée. L'exemple vient du fondateur du régime. Tout en multipliant les sarcasmes contre les « grenouillages partisans », de Gaulle ne manquait pas d'activer la création de l'Union pour la nouvelle République (UNR), qui allait lui assurer dix ans d'hégémonie.

Critiqué pour sa « précipitation » vue comme un « signe de fébrilité » par les même copéistes qui attribuaient perfidement ses hésitations à son « caractère velléitaire », François Fillon avait tout intérêt à prendre son adversaire de vitesse avant que celui-ci ne profite de sa maîtrise du parti pour s'assurer un avantage décisif dans les fédérations. Il a ouvert le bal des ralliements, qui lui est largement favorable. Il garde la confiance de la majorité des parlementaires, qu'il a constamment soutenus dans leurs relations souvent psychodramatiques avec Sarkozy et ses équipes de l'Élysée.

La formationdevra se pencher sur sa relation au Front national. Un débat empoisonné.

Face à Copé, héros des militants - chez qui il s'est imposé comme le premier des apparatchiks, à la fois chef de famille et chef de bande -, François Fillon a su préserver tous les atouts accumulés pendant ses cinq années à Matignon et qui lui confèrent aujourd'hui, chez ses pairs comme dans une large partie de l'opinion, une stature d'homme d'État : la crédibilité de l'expérience ; une autorité indiscutée sur l'ex-majorité (malgré l'échec de Xavier Bertrand, l'un de ses alliés, à la présidence du nouveau groupe UMP de l'Assemblée nationale) ; enfin et surtout la constance des sondages où il supplante son rival, et l'écrase même de quelque vingt points chez les sympathisants de l'UMP. Aux copéistes qui remarquent pour se rassurer que les sympathisants ne sont pas les adhérents, seuls maîtres de la décision finale, Valérie Pécresse oppose l'argument sans réplique de tous les combats politiques : « Le meilleur pour nous faire gagner en 2017, c'est François Fillon. »

Mouvements

Les deux hommes auront jusqu'à novembre de nombreuses occasions de se mesurer. Tout est à revoir, à commencer par les méthodes les plus efficaces pour maintenir l'union dans une famille dont la presse s'évertue à inventorier les parentèles, des humanistes de Raffarin aux libéraux de Chatel, en passant par le gaullisme social des fillonistes, la droite musclée de Hortefeux, la droite populaire de Mariani, la droite sociale de Wauquiez. Sans oublier la nébuleuse centriste que se disputent Jean-Louis Borloo et Hervé Morin, en attendant la réapparition de François Bayrou. Les statuts fondateurs de l'UMP ont prévu à toutes fins utiles une organisation plurielle, en « mouvements ». La disposition n'a jamais été appliquée.

L'UMP et ses alliés devront simultanément purger les deux débats empoisonnés de l'après-défaite. La querelle du bilan sarkozien et des orientations droitières de la fin de campagne, d'une part, que Fillon et Copé récusent d'un même bon sens, sur l'air de « ce serait nous viser nous-mêmes ». L'autre sujet, autrement problématique, est la relation au Front national alors que près de la moitié des électeurs de droite sont favorables, ou résignés, à des ententes locales avec les lepénistes pour faire barrage à la gauche. Le mot d'ordre du « ni-ni » (ni négociations avec l'extrême droite ni alliances de circonstance avec le Parti socialiste), c'est fini. Son ambiguïté n'a pas empêché certains accommodements de terrain, au nom d'un « partage de valeurs » qui allait pourtant être fatal à l'ancienne ministre Nadine Morano.

C'est donc une nouvelle charte des valeurs - celle de 2002 n'est même plus consultable sur le Net - qu'un groupe de travail va s'efforcer pendant un mois d'élaborer pour verrouiller définitivement la porte fermée naguère par Chirac, en ajoutant aux raisons morales de la répudiation (xénophobie, démagogie économique et sociale, séquelles de racisme) les incompatibilités politiques (principalement sur l'Europe). Comme l'observe Nathalie Kosciusko-Morizet : Marine Le Pen « a changé la vitrine, mais c'est la même arrière-boutique ».

Deux cent soixante mille arbitres

En novembre, les 260 000 adhérents de l'Union pour un mouvement populaire (UMP) seront appelés à remplacer à la présidence du parti Nicolas Sarkozy, qui en avait abandonné l'exercice dès son élection à l'Élysée, laissant les commandes au secrétaire général, Jean-François Copé. Les prétendants ont jusqu'au 18 septembre pour se déclarer. Ils auront auparavant dû recueillir des parrainages de militants et se constituer une équipe composée d'un vice-président et d'un secrétaire général. La campagne s'étendra du 5 octobre au 17 novembre. Une commission présidée par le sénateur Patrice Gélard veillera à une stricte équité dans la répartition des moyens : subventions, accès aux fichiers... Si aucun candidat n'obtient la majorité absolue le 18 novembre, un second tour aura lieu le dimanche suivant. Le scrutin se déroulera dans chaque département. Les représentants des différentes « sensibilités » qui le souhaitent pourront déposer des motions qui seront elles aussi soumises au vote. H.M.

Rôles

Débat d'idées à Paris, guérilla de terrain en province où Copé et Fillon occuperont chacun leur été à un tour de France des quelque cent fédérations UMP. Nullement découragé par les sondages favorables à son rival, Copé reste persuadé que les militants, qui ne rêvent à son exemple que d'en découdre, lui resteront fidèles en le portant massivement à la présidence.

Sous réserve de l'apparition d'autres prétendants éventuels, les rôles sont ainsi clairement répartis. Face au candidat de l'appareil qui devrait se déclarer à la fin du mois d'août au cours d'une réunion de son club, Génération France, l'ancien Premier ministre entend se poser au contraire comme le candidat des Français, réconciliateur de toutes les sensibilités de la droite et du centre, porte-parole d'une opinion qui aspire à l'apaisement. Et c'est tout juste si certains, dans son entourage, ne vantent pas les mérites d'une opposition... normale.

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