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20/07/2012 à 11:55
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À 29 ans, le jeune écrivain créé la surprise avec son ambitieux projet littéraire. À 29 ans, le jeune écrivain créé la surprise avec son ambitieux projet littéraire. © Jean-Luc Bertin/Éditions Flammarion

Dans "Les Sauvages", de Sabri Louatah, fresque familiale à la Zola et thriller à la "24 Heures Chrono", un Franco-Algérien accède à l'Élysée. Et la France bascule dans le chaos. Haletant.

Chaouch, président ! Si beaucoup en rêvaient, peu y croyaient. Or ce 5 mai, veille au soir de l'élection présidentielle, le nom du député socialiste franco-algérien est sur toutes les lèvres. Diplômé de l'École nationale d'administration (ENA), il caracole en tête des sondages, qui le donnent vainqueur face au chef de l'État sortant, Nicolas Sarkozy. Brillant, cultivé et charismatique, le Kennedy français déchaîne les foules autour de son slogan de campagne, « L'avenir, c'est maintenant ». Et fédère derrière lui une France jusqu'ici divisée.

Idder Chaouch, le candidat idéal à l'Élysée, c'est le scénario défendu par Sabri Louatah dans son premier roman, Les Sauvages. « L'idée était de donner la parole à ceux dont on parle tout le temps mais que l'on n'entend jamais, les Arabes, les immigrés, les Beurs », explique l'écrivain fatigué par une intense campagne promotionnelle. Ces sans-voix s'incarnent en la famille Nerrouche, des Français d'origine kabyle de la troisième génération, installés à Saint-Étienne et fiers de soutenir leur candidat. Mais si, ce 5 mai, les habits de fête ont été sortis des placards, c'est surtout parce que l'on marie Slim, le neveu timide, avec une Arabe, Kenza. Entre Abdelkrim (« Krim »), le témoin étrangement nerveux, l'absence inexpliquée du cousin Nazir et les rumeurs persistantes autour de l'homosexualité du marié, l'ambiance est électrique. En vingt-quatre heures, leur destin et celui du pays vont basculer... Le deuxième volume des Sauvages, passionnante plongée dans le monde politico-judiciaire, débute dès le lendemain, le jour du résultat de l'élection présidentielle, le 6 mai. Deux autres tomes, en cours d'écriture, suivront.

Millénium

À 29 ans, Sabri Louatah a créé la surprise avec cette ambitieuse tétralogie en cours d'écriture, sorte de Millénium à la française avec son lot de complots, d'attentats et « sans doute la main d'Al-Qaïda », que personne n'avait vu venir. Entre fresque familiale à la Zola et thriller haletant façon 24 Heures Chrono, ce roman-feuilleton ultramoderne est inclassable. Si le succès a été aussi soudain qu'inattendu - il a déjà reçu des propositions d'adaptation au cinéma -, la sortie des deux premiers tomes en pleine période électorale n'y est pas étrangère. Tout y est : la rivalité UMP-PS, l'ascension de Mélenchon, les campagnes médiatiques et les sondages douteux. Mieux, son récit a pris des allures de prophétie en narrant la chute de Sarkozy et le retour de la gauche au pouvoir. Mais il n'avait pas pensé si bien coller à l'actualité. « J'ai placé les élections au coeur du livre, pour des raisons dramatiques, car c'est un moment de cristallisation extrême, explique Sabri Louatah. Puis j'ai décidé de raconter l'histoire de ma famille, même si elle est différente de celle des Nerrouche ! »

"Je desteste que l'on me dise d'où je viens, car l'on sait qui on est dans un projet."

L'on retrouve d'ailleurs un peu de lui, à la fois le meilleur et le pire, dans Fouad et Nazir, dont la lutte fratricide va détruire la famille. Pour qui s'y perdrait, un arbre généalogique ouvre le livre. Se donner quatre tomes pour narrer cette saga lui laisse d'ailleurs la possibilité de leur offrir une chance d'évoluer. Une tentation avouée de recréer certains membres de sa propre famille afin de les sauver.

Suspens

Son enfance dans un quartier populaire de Saint-Étienne, où il est né en 1983, a été une inépuisable source d'inspiration. Entre la « grande » famille (sa grand-mère et les dix enfants de celle-ci) et la « petite » (ses deux petits frères et ses parents), il garde le souvenir d'une atmosphère joyeuse, libre et insouciante. D'origine algérienne kabyle, son père et sa mère - des musulmans non pratiquants - sont issus de cette génération « perdue, écartelée », forte d'une fierté héritée de leurs propres parents « qui pensaient repartir ». Dès l'âge de 13 ans, amateur de romans à suspense, il écrit sa première nouvelle « complètement pompée d'Agatha Christie ». Élève de classe préparatoire littéraire, il rate son épreuve de lettres. « J'étais complètement mégalo, je voulais devenir écrivain et je ne supportais pas de jouer au critique littéraire », raconte l'auteur, dont l'assurance cache mal une grande timidité. À 22 ans, il se réfugie dans sa chambre, où il vivra reclus un an. Il lit énormément, de Tolstoï à Dostoïevski en passant par Faulkner. Sûr de lui, il entreprend d'écrire un Appendice Nerrouche, inspiré de l'Appendice Compson du Bruit et la Fureur. Un échec.

On est alors en 2005, les banlieues s'embrasent, les jeunes encagoulés défilent à la une des journaux télévisés et il s'emporte contre « cette conceptualisation automatique faite par les médias ». Il relit Dostoïevski, « devient un peu dingue » et, convaincu de son talent, réécrit plusieurs fois Les Démons. Il comprend alors ce qui peut embraser une société : l'autodestruction, plus que la destruction. Si pour lui « tout a été plus facile », Sabri Louatah dit s'être construit contre l'idée d'avoir des origines. « Je déteste que l'on me dise d'où je viens, car l'on sait qui on est dans un projet, dit-il. De la fierté ethnique naissent des tensions. » Il s'est envolé pour la première fois en Algérie il y a quelques jours seulement, pour l'écriture des prochains tomes, dont il a déjà trouvé l'ultime phrase : « Les promesses sont plus heureuses que le bonheur. »

________

- Les Sauvages, de Sabri Louatah, Flammarion, 308 pages, 19 euros.

- Les Sauvages 2, de Sabri Louatah, Flammarin, 478 pages, 21 euros.

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