Extension Factory Builder
12/07/2012 à 12:53
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Barack Obama après la validation de la loi sur l'assurance-maladie, le 28 juin. Barack Obama après la validation de la loi sur l'assurance-maladie, le 28 juin. © AFP

Loin de se réjouir de la validation par la Cour suprême de la loi sur l'assurance santé, Obama paraît pressé de passer à autre chose, tandis que les républicains cachent à peine leur satisfaction. Curieux, non ?

En validant l'essentiel de la loi sur l'assurance santé - l'obligation faite à chaque Américain de se doter d'ici à 2014 d'une assurance maladie sous peine de sanctions financières -, la Cour suprême aurait, nous dit-on, offert à Obama une retentissante victoire, mis dans l'embarras Mitt Romney, son concurrent républicain, et évité la guerre des institutions - Congrès contre Cour suprême - que l'annulation du texte n'aurait pas manqué de provoquer.

Pourtant, après l'annonce de la décision, Barack Obama, qui, selon un proche, n'a jamais douté de la validation de « sa » loi, a adopté un profil étonnamment bas. Il a certes salué un « jour historique pour les Américains », mais, aussitôt après, il a invité ses compatriotes à se concentrer sur l'essentiel : l'économie. Ce manque flagrant d'enthousiasme est quand même un peu curieux. Ne s'agit-il pas là de la grande affaire de son premier mandat ? Quant à Romney, l'un de ses conseillers a affirmé froidement que la décision de la Cour constituait une bonne nouvelle. C'est à n'y rien comprendre.

Les attendus de ladite décision sont très alambiqués. Or, comme l'on sait, le diable est dans les détails. En joignant sa voix à celles des libéraux pour donner à Obama une courte majorité (cinq juges contre quatre), John Roberts, le très conservateur président de la Cour, a paradoxalement donné à Romney des raisons d'espérer.

Trahison

En estimant que l'obligation faite aux Américains de s'assurer était un impôt et non un prélèvement obligatoire - distinction qui, à ses yeux, établit la constitutionnalité de la loi -, la Cour ouvre un boulevard aux républicains, qui ne vont pas se priver de marteler qu'Obama a trahi son engagement de ne pas alourdir la fiscalité. Jamais très bon à quatre mois d'une échéance électorale capitale.

Au point où en sont les choses, seule l'élection de Romney en novembre peut encore permettre d'abroger cette loi honnie par la base républicaine. Laquelle s'est d'ailleurs trouvée ragaillardie par la décision de la Cour : dans les vingt-quatre heures qui ont suivi, le Grand Old Party a engrangé 4 millions de dollars (3,2 millions d'euros) de dons.

Surtout, le pays est fatigué d'un débat qui dure depuis maintenant plus de deux ans. Tout le monde souhaite passer à autre chose. C'est le cas d'Obama, qui, on l'a vu, ne mentionne que rarement l'Affordable Care Act : il n'y a par exemple consacré que quarante-quatre mots dans son dernier discours sur l'état de l'Union - qui a duré près d'une heure. C'est aussi le cas de Romney, qui, à l'époque où il était gouverneur du Massachusetts, a fait voter une loi similaire et ne tient pas trop à ce qu'on s'en souvienne. C'est enfin le cas de l'opinion : selon un récent sondage, seuls 34 % des Américains sont en faveur de l'Obamacare, proportion inchangée depuis deux ans.

D'autant que de grandes incertitudes entourent l'application de la loi. En estimant que l'État fédéral ne pouvait contraindre les États à étendre la couverture maladie des plus pauvres (programme Medicaid) et sachant fort bien que vingt-six d'entre eux, au moins, s'y refuseront puisqu'ils ont attaqué la loi devant la Cour, les juges risquent de priver d'assurance santé quelque 16 millions d'Américains. Soit la moitié des 32 millions d'Américains dépourvus d'assurance auxquels la loi était censée offrir une couverture. Décidément, une drôle de victoire pour Obama.

__

Jean-Éric Boulin, à New York

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Total : Christophe de Margerie, l'hommage et la relève

Total : Christophe de Margerie, l'hommage et la relève

Après la mort de Christophe de Margerie, dont les obsèques ont eu lieu le 27 octobre à Paris, c'est Patrick Pouyanné qui prend les rênes de la major pétrolière française. [...]

Algérie : Valls, Taubira et les moines de Tibhirine

Manuel Valls, le Premier ministre français, et Christiane Taubira, la garde des Sceaux, seraient attendus en visite officielle à Alger avant la fin de l'année.L'occasion pour les familles des moines[...]

Francophonie : Annick Girardin n'a rien contre Michaëlle Jean

Dans une mise au point qu'elle a fait parvenir à Jeune Afrique, la secrétaire d'État française au Développement et à la Francophonie, Annick Girardin, s'élève contre[...]

Ebola : le codécouvreur du virus, Peter Piot, redoute une propagation en Chine

Le codécouvreur du virus Ebola, Peter Piot, a fait part jeudi de son inquiétude quant aux risques de propagation du virus en Chine, qui a une très importante communauté en Afrique de l'Ouest.[...]

Justice française : le Franco-Togolais Kofi Yamgnane mis en examen pour trafic d'influence

Le candidat proclamé à la présidentielle togolaise Kofi Yamgnane a été mis en examen mercredi dans la soirée pour "trafic d'influence".[...]

Pourquoi le cabinet Orrick a fait le choix d'Abidjan

Pour sa première implantation sur le continent, le cabinet d'avocats né aux États-Unis a préféré la capitale économique ivoirienne à Casablanca ou à[...]

Un soldat français des forces spéciales tué dans le nord du Mali

Un sergent-chef français, membre des forces spéciales, a été tué mercredi au Mali lors d'une opération destinée à freiner la résurgence des jihadistes dans le nord du[...]

RDC 

Boxe : 30 octobre 1974 à Kinshasa, le jour où Muhammad Ali entra dans la légende

Ce fut, à n'en pas douter, la rencontre du siècle : il y a quarante ans, le 30 octobre 1974, l'ancien champion du monde des poids lourds, Muhammad Ali, défiait le tenant du titre, George Foreman,[...]

Le Franco-Togolais Kofi Yamgnane placé en garde à vue dans l'affaire Rocancourt

Le Franco-Togolais Kofi Yamgnane a été placé en garde à vue, dans l'affaire Rocancourt, mercredi 29 octobre, selon l'AFP.[...]

"Black Panther" : Chadwick Boseman, premier super-héros noir en solo au cinéma chez Marvel

Marvel a enfin dévoilé mardi soir les neufs productions de la "phase 3" de son univers cinématographique pour les cinq prochaines années. Une nouveauté : l'Africain-Américain[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers