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10/07/2012 à 09:10
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'Parmi les miens, certains ont exagéré', déclare notamment Leïla Ben Ali. "Parmi les miens, certains ont exagéré", déclare notamment Leïla Ben Ali. © DR

Dans le plaidoyer pro domo qu'elle vient de faire paraître, l'épouse de l'ex-raïs, Leïla Ben Ali, distribue bons et mauvais points. Piquant...

Ce devait être l'événement médiatique de ce début d'été. Ma vérité, de Leïla Ben Ali (Éditions du Moment), dont la publication, annoncée pour le 24 mai, a été finalement repoussée au 21 juin. Dans l'indifférence générale... Les préoccupations des Tunisiens sont ailleurs et l'effet repoussoir est évident. Et s'il y a eu débat sur l'opportunité d'autoriser la diffusion de l'ouvrage de l'épouse de l'ex-président tunisien, aujourd'hui vouée aux gémonies, il a été rapidement tranché ; dans la Tunisie postrévolution, on ne badine plus avec la liberté, fût-elle celle d'une femme détestée par tout un pays.

Le livre n'est pas le document historique attendu. Tout juste un plaidoyer pro domo qui sonne, la plupart du temps, faux. Pis, pour nombre de Tunisiens, l'« auteure » (l'ouvrage a été réalisé à partir d'entretiens avec Leïla Ben Ali, qui a manifestement été largement aidée, notamment en matière de documentation) n'y développe aucun acte de contrition ni même la moindre compassion à l'égard des victimes de la répression, entre ce 17 décembre 2010 qui vit le centre de la Tunisie s'embraser et le 14 janvier 2011, date de la chute et de la fuite de Ben Ali. Tout juste admet-elle « avoir aidé [sa] famille à vivre plus à l'aise », reconnaissant que, « parmi les [siens], quelques-uns ont exagéré, souvent les plus jeunes, qui se laissaient aller à leur appétit de profit et refusaient d'en admettre les limites. [...] [Elle admet] que les portes s'ouvraient devant eux en raison de leur lien de parenté avec [elle]. [...] [Elle a] eu tort de ne pas être plus vigilante ». À tout le moins...

Morjane et Eltaïef dans le viseur

Leïla Ben Ali en profite surtout, et elle ne peut ignorer les conséquences de ses écrits dans un pays en proie à la suspicion permanente et généralisée vis-à-vis de tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, aux vingt-trois années de règne de son mari, pour distribuer bons et mauvais points. Ainsi apprend-on qu'Abderrahim Zouari, ministre, entre autres, des Transports, a « imposé à son frère Moncef Trabelsi de passer, pour la première fois, par un appel d'offres en bonne et due forme quand il a voulu investir dans le transfert de pétrole au sein de la Société de transport des hydrocarbures ». Toujours en détention, Zouari fait donc partie de ceux qui ont imposé des limites aux membres du clan.

Aucun acte de contrition, ni même la moindre compassion pour les victimes de la répression.

En revanche, Kamel Morjane, lui, aurait certainement préféré que Leïla l'oublie : en le désignant comme le successeur que son mari s'était choisi, l'ex-reine de Carthage a jeté une sacrée pierre dans le jardin de l'ex-ministre des Affaires étrangères. Kamel Eltaïef en prend aussi pour son grade, lui qui n'a jamais caché son antipathie pour Leïla, au point de se brouiller avec son ami Zine el-Abidine. Homme de l'ombre et de réseaux par excellence, Eltaïef est décrit comme la pierre angulaire du « complot » qui a abouti à la chute de l'ex-raïs et derrière lequel se cachent des puissances étrangères qu'elle ne cite jamais, même si elle fait allusion à des « officines de services secrets occidentaux ».

Elle revient d'ailleurs longuement sur cette fameuse journée du 14 janvier, et sur le rôle et le comportement pour le moins étrange d'Ali Seriati, chef de la sécurité présidentielle, qui a tout fait pour que son patron quitte le territoire tunisien. Le scénario décrit par Leïla, digne d'un vrai film d'espionnage, n'est pas crédible : « un coup monté préparé longtemps à l'avance », « fin décembre, des mains secrètes ont commencé à fomenter des troubles », « des snipers ont été recrutés, dont des étrangers », etc. Il a cependant le mérite de rappeler à chacun que la véritable histoire de cette journée fatidique du couple Ben Ali reste à écrire et que trop de zones d'ombre subsistent.

Traîtres

Au final, les moments les plus intéressants de l'ouvrage, et probablement les plus sincères, concernent l'autre face du règne de Ben Ali. Non pas le comportement du couple présidentiel et de quelques affidés, mais celui de tous ceux, et ils étaient nombreux, qui non seulement en ont largement profité, mais se mettaient plus bas que terre pour complaire aux maîtres du pays et précéder tous leurs désirs. Elle n'en cite nommément que très peu : le producteur de cinéma Tarak Ben Ammar, « qui avait entrée libre chez le président et n'hésitait pas à profiter des largesses du régime » ; l'éditeur Abdelaziz Belkhodja, « cette girouette qui passait son temps collé à [ses] frères, cherchant à monter une affaire avec l'un ou l'autre » ; ou encore l'ancien patron de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), Abdessalem Jrad, le « traître [...], apparu en vraie vedette au lendemain du 14 janvier et qui, deux jours plus tôt, sortait du bureau de Ben Ali après avoir débité une litanie de compliments du genre "nous t'aimons, monsieur le président"... »

Les Ben Ali ont de la mémoire : « Je pourrais m'amuser, moi aussi, à citer les noms des courtisans et des maîtres de la courbette qui se haussent du col aujourd'hui. Je pourrais dresser la liste des avocats et des juges qui rivalisaient à détourner les lois pour plaire à mes proches, ou qui les poussaient vers des voies illicites afin de se remplir les poches, la foule des manipulateurs en tout genre, les opposants de façade et les opportunistes de toutes nationalités, les ambitieux sans scrupules et les mondaines sans panache, les vrais faux amis de la Tunisie ou les ambassadeurs européens de connivence avec le régime [...]. Si l'on avait à dresser la liste de ceux qui paradent aujourd'hui en héros de la révolution et qui, hier, faisaient antichambre à Carthage, l'on tiendrait des registres entiers... » Certains doivent prier pour qu'il n'y ait pas de second tome...

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