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09/07/2012 à 15:39
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Le président égyptien Mohamed Morsi, au Caire, le 25 juin 2012. Le président égyptien Mohamed Morsi, au Caire, le 25 juin 2012. © AFP

Déclaré vainqueur du scrutin des 16 et 17 juin, l'islamiste Mohamed Morsi doit composer avec des militaires qui ont pris soin au préalable de s'arroger des pouvoirs exorbitants. Même s'il semble actuellement vouloir les défier, en tentant d'annuler la dissolution de l'Assemblée nationale.

Pour la première fois depuis soixante ans, les Égyptiens ont un chef de l'État qu'ils ont choisi et qui n'est pas issu de l'armée. Élu avec près de 13 millions de voix, Mohamed Morsi, 60 ans, est le cinquième président de la République arabe d'Égypte. Air bonhomme, sourire timide, toujours élégant dans ses costumes aux couleurs sobres, il a promis de remettre le pays sur pied en cent jours seulement. Après l'annonce des résultats, le 24 juin, c'est visiblement ému qu'il s'est adressé à ses concitoyens : « Je vais faire de mon mieux pour concrétiser les promesses que j'ai faites. Je n'ai aucun droit, que des responsabilités [...]. Si je n'obéis pas à Dieu et si j'échoue [...], ne m'obéissez pas. »

Pourtant, lorsqu'il s'est déclaré candidat au début d'avril, cet ingénieur de formation n'était que le plan B des Frères musulmans. Le candidat officiel de la puissante confrérie n'était autre que l'homme d'affaires Khairat el-Shater. Mais, lorsque ce dernier a été évincé le 17 avril par la commission électorale, le président du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), organe politique des Frères, s'est retrouvé propulsé sur le devant de la scène. « Il n'est ni vif d'esprit ni très brillant, c'est quelqu'un de simple et de modeste », confie un ancien membre de la confrérie. De fait, il refuse de voir son portrait affiché dans les bureaux de l'administration et ne compte pas emménager dans le palais présidentiel, préférant résider dans sa villa, située dans une banlieue huppée de la capitale. Une simplicité que l'on retrouve également chez sa femme, Naglaa Ali, 50 ans. Laquelle, en refusant le titre de première dame, s'est attiré les critiques d'une partie de l'élite occidentalisée du pays. En cause : son apparence modeste et son voile islamique, qui rappelle celui des femmes des classes moyennes et pauvres.

Sa formation politique, Mohamed Morsi l'a acquise au sein de la confrérie des Frères musulmans, à laquelle il a adhéré officiellement en 1979. En 1992, après avoir fait ses preuves au département des affaires religieuses, il a rejoint le bureau politique avant d'intégrer, en 1995, le bureau de guidance, l'instance la plus importante de la confrérie. Avec Mohamed Badie - le Guide suprême -, Khairat el-Shater et Mahmoud Ezzat, il est au coeur du pouvoir décisionnel de la première force d'opposition du pays. Plus technocrate que révolutionnaire, l'ancien député a tout de même été emprisonné sept mois, en 2006, pour avoir soutenu un mouvement de juges dissidents, puis de nouveau quelques jours en 2011. Les autorités soupçonnaient alors les Frères d'orchestrer le soulèvement populaire de janvier. 

Conservateur

Celui qui a dirigé pendant vingt-cinq ans le département d'ingénierie de l'université de Zagazig a participé, en 2004, à la création de Kefaya, nébuleuse d'opposition à tendance laïque. Avant de contribuer, en 2010, à la naissance de l'Association nationale pour le changement, autre mouvement laïque créé pour soutenir la candidature à la présidentielle de Mohamed el-Baradei. Cela ne l'empêche pas d'être personnellement conservateur. En 2008, Morsi a supervisé l'élaboration du programme politique des Frères musulmans qui interdit aux femmes et aux Coptes... d'occuper la fonction de président de la République. « Lorsque je l'ai connu en 2007, Mohamed Morsi était inflexible et peu enclin à faire des concessions. C'était quelqu'un de très attaché à la hiérarchie, qui croyait en l'importance de l'ordre. Il nous disait : "Voici la vision de l'islam des Frères musulmans, et personne ne peut nous faire changer d'avis" », se souvient Abderrahmane Ayyash, un ancien membre de la confrérie, qui tient cependant à préciser que « le pragmatisme des Frères a cela de bon qu'il leur permet de sacrifier certains principes personnels au nom de l'intérêt national ».

Un pragmatisme dont le nouveau président - élu sans prérogatives précises pour un mandat d'une durée incertaine - va devoir aujourd'hui faire preuve s'il veut s'imposer sur la scène politique. Ce docteur en astronautique qui a longtemps enseigné aux États-Unis sait qu'il aura besoin du soutien des forces révolutionnaires et libérales. Et pour cause : en face de lui se dresse le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui monopolise les pouvoirs exécutif et législatif à la faveur des amendements constitutionnels du 30 mars 2011 et du 17 juin 2012.

Signes d'ouverture

« La lutte contre l'insécurité et la reprise économique sont les deux priorités du président », indique Alaa el-Din Arafat, directeur de recherche au Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej) du Caire. Selon lui, le nouveau chef de l'État, réputé anti-Israéliens, ne devrait pas avoir son mot à dire en matière de politique étrangère. « Les relations avec les États-Unis et avec l'Iran, le dossier israélo-palestinien vont rester la chasse gardée des services de renseignements », assure-t-il. Pour Ibrahim el-Houdaiby, chercheur au sein de l'organisation House of Wisdom et ancien membre des Frères musulmans, « Mohamed Morsi se trouve à un moment charnière ; il doit choisir entre le Conseil suprême et la révolution. Si la confrérie se range derrière le Conseil suprême, cela voudra dire qu'elle accepte un président sans prérogatives. Si elle choisit le camp des révolutionnaires, cela la conduira à faire d'importantes concessions aux autres forces politiques. »

Une tâche d'autant plus délicate que la légitimité de Mohamed Morsi reste encore à construire. Le nouveau président a certes été élu avec 51,7 % des suffrages exprimés, mais seule une minorité de ses électeurs l'ont choisi par conviction. La grande majorité d'entre eux craignait en effet de voir l'ancien Premier ministre de Moubarak revenir au pouvoir. « La défaite d'Ahmed Chafiq me réjouit, mais la victoire de Mohamed Morsi ne m'enthousiasme pas pour autant », concède ainsi Bassem Fathi, jeune révolutionnaire et membre de l'ONG américaine Freedom House. « J'ai de profondes divergences avec Morsi sur le plan idéologique. Mais je sais qu'avec les Frères musulmans au pouvoir les libertés politiques seront garanties, ce qui permettra au courant révolutionnaire de se développer. Cela n'aurait pas été le cas avec Chafiq. » 

Déjà, Mohamed Morsi multiplie les signes d'ouverture. Comme promis, le président s'est officiellement retiré de la confrérie, avant de démissionner de la présidence du parti. Il envisage en outre de nommer deux vice-présidents, un Copte et une femme. Il a également rendu visite à plusieurs familles de victimes de la révolution, promettant de trouver un moyen légal de faire rejuger Moubarak et ses complices, accusés de meurtre de manifestants. Il a par ailleurs rejeté les félicitations du président syrien Bachar al-Assad, affirmant ne pas reconnaître sa légitimité. Il a renouvelé sa promesse de former un gouvernement de coalition, ajoutant que son Premier ministre serait une personnalité politique d'envergure non issue des rangs des Frères musulmans. Dernier coup d'éclat en date : l'annulation par décret dimanche 8 juillet de la dissolution de l'Assemblée nationale. Difficile pour le moment de dire si le président a légitimement le droit d'agir ainsi. Toujours est-il que la décision a été vécue comme un véritable électrochoc politique dans le pays. Pour certains, Morsi a choisi de défier ouvertement le Conseil suprême des forces armées.

Dilemme

Mais si l'on croit Tewfiq Aclimandos, chercheur spécialiste de l'Égypte, « les Frères musulmans ne peuvent pas aller trop loin dans leur bras de fer avec l'armée. » Si Mohamed Morsi s'est rendu sur la place al-Tahrir vendredi 29 juin pour affirmer aux manifestants qu'ils étaient la source de sa légitimité, le lendemain il a officiellement prêté serment devant la Haute cour constitutionnelle, comme le stipule la dernière déclaration constitutionnelle adoptée par les militaires. Pour l'instant, « il est plus commode pour les Frères de communiquer avec le Conseil suprême que d'essayer de l'éliminer du jeu politique, estime le chercheur. Aujourd'hui, la confrérie tient un discours conciliant à l'égard des autres forces politiques. Mais elle n'adopte une position consensuelle que lorsqu'elle est fragilisée. Et dès qu'elle peut se passer d'autrui, elle s'en passe. »

Certains craignent que le président ne fasse qu'appliquer les instructions des dirigeants de sa formation politique d'origine. Mais son élection pourrait aussi renforcer sa position au sein des Frères. « Il va réussir à conserver son indépendance, et ce au détriment de Khairat el-Shater et du courant conservateur de la confrérie », prédit Abderrahmane Ayyash. Et dans tous les cas, il reste le premier président de l'Égypte véritablement responsable devant son peuple.

Inquiétudes à Tel-Aviv

L'élection de Mohamed Morsi inquiète l'État hébreu, qui espérait secrètement la victoire d'Ahmed Chafiq, candidat de l'armée. Ses dirigeants ont pris acte du choix des Égyptiens et évité les déclarations intempestives : « Israël apprécie le processus démocratique en Égypte et respecte son résultat. Israël espère que la coopération avec le gouvernement égyptien se poursuivra sur la base de l'accord de paix entre les deux pays, qui sert l'intérêt des deux nations et contribue à la stabilité régionale », a déclaré le Premier ministre, Benyamin Netanyahou. Dans sa première allocution, le nouveau président égyptien s'est engagé à « respecter les engagements internationaux de l'Égypte », sans faire allusion au traité de paix avec Israël, que les Frères rejetaient catégoriquement sous l'ère Moubarak. Au-delà de sa possible révision dans les prochains mois, l'État hébreu redoute un renforcement du Hamas palestinien, émanation de la confrérie islamiste, et une dégradation de la situation sécuritaire dans le Sinaï, devenu le sanctuaire des djihadistes. Maxime Perez, à Jérusalem.

 

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