Mais comment font-ils ? Deux livres parus récemment tentent de percer le secret de ces athlètes est-africains, kényans en particulier, que l'on retrouvera certainement sur les podiums aux JO de Londres.
Sans trop prendre de risques, il est déjà possible de parier qu'il y aura des Kényans sur les podiums lors des Jeux olympiques de Londres (du 27 juillet au 12 août 2012). C'est de notoriété publique, ils dominent la plupart des disciplines de course à pied : même les Éthiopiens ont du mal à tenir le rythme. Une telle supériorité ne peut laisser indifférent, et nombreux sont ceux qui cherchent à expliquer le pourquoi d'une domination qui a parfois tendance à nourrir des clichés raciaux.
Deux livres viennent de paraître sur le sujet. Favorisant une explication biologique au détriment des facteurs sociologiques, Jean-Philippe Leclaire publie Pourquoi les Blancs courent moins vite (Grasset), ouvrage consacré aux performances des sprinteurs. Journaliste britannique adepte des enquêtes de terrain, Adharanand Finn a choisi un autre parti. Coureur amateur de bon niveau, il est allé s'entraîner au Kenya avec femme et enfants dans l'espoir, si ce n'est de gagner le marathon de Lewa, du moins de le terminer en mettant en pratique les « recettes miracle » des athlètes du pays.
Est-il arrivé au bout des 42,195 km, la distance mythique parcourue par le messager grec Phidippidès en 490 av. J.-C. entre les villes de Marathon et Athènes ? Pour le savoir, il faudra lire Courir avec les Kényans. Les secrets des hommes les plus rapides du monde (JC Lattès), dans lequel il relate son expérience. La démarche peut paraître masochiste, mais le journaliste du Guardian et de Runner's World parvient, en se mettant en scène, à raconter une histoire entraînante tout en faisant la part belle aux hommes et aux femmes qui, tous les jours, partent s'entraîner sur les routes avant même que le soleil ne se lève. Le lieu qu'il a choisi pour apprendre à courir comme eux n'est autre qu'Iten, cette ville de la vallée du Rift où vivent et se retrouvent les coureurs de fond du pays. À tous les coins de rue ou presque, un centre d'entraînement. Partout, des athlètes qui ont à leur actif une ou plusieurs victoires remarquables dans le monde.
Aucune recette miraculeuse
Tout en s'appliquant à courir « comme un Kényan », c'est-à-dire en posant d'abord la pointe du pied puis le talon, Finn multiplie les rencontres et les interviews sans jamais perdre de vue son objectif. « Les Kényans disent toujours en plaisantant que c'est l'ugali [le plat national, à base de farine de maïs ou de mil et d'eau, NDLR] qui les rend si rapides, écrit-il. Ça n'est pas aussi tiré par les cheveux qu'il y paraît. Si, à lui seul, l'ugali n'est pas le secret des coureurs kényans, c'est une petite pièce du puzzle que je m'efforce peu à peu de compléter. » Et au bout de son long reportage, qui est aussi un portrait du Kenya contemporain, il conclut : « En définitive, il n'y a ni panacée, ni gène de la course à pied, ni recette d'entraînement miraculeuse. [...] J'énumère mentalement leurs secrets : une enfance rude et active, passée à courir pieds nus, la nécessité d'aller à l'école en courant, l'altitude, l'alimentation, l'exemple donné par les champions, une conception spartiate de l'entraînement, les camps d'entraînement, concentration et sérieux, force de caractère, désir de réussir, d'améliorer son existence, conviction d'être capable de gagner, pas d'alternative, abondance des pistes où s'entraîner, temps passé à se reposer, culture omniprésente de la course à pied et respect dont elle jouit. »
Fin observateur, Finn ne se gêne pas pour regarder le dos de la médaille. Et, s'il constate que bien des coureurs parviennent à s'assurer, avec leurs gains, une vie correcte au pays, il sait qu'« à moins de gagner les Jeux olympiques, un athlète est vite oublié au Kenya ».

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