Extension Factory Builder
03/07/2012 à 17:13
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Joseph Tsonda. Joseph Tsonda. © DR

Entretien avec Joseph Tsonda, anthropologue, professeur à l'université Omar-Bongo de Libreville, auteur de "Le souverain moderne. Le corps du pouvoir en Afrique centrale (Congo, Gabon)", aux éditions Karthala.

Jeune Afrique : Les hommes de pouvoir ont-ils besoin de pratiques occultes pour diriger ?

Joseph Tonda : Dans l'imaginaire collectif, pouvoir et sorcellerie sont synonymes. Le pouvoir signifie un dépassement, une excroissance, voire un déficit. Pour être puissant, il faut posséder un organe de plus, notamment dans le ventre. D'un point de vue organique, on ne peut exercer le pouvoir sans l'existence et la mise en activité de cet organe. Ainsi, un individu peut être le chef de tout le monde. 

En recourant à la sorcellerie, le chef cherche-t-il à faire peur ou, simplement, à se conforter dans l'idée qu'il est puissant ?

Si l'on dit qu'il veut uniquement faire peur, cela signifie que ces pratiques n'ont aucune importance. Quand un chef boit du sang humain, comme Sakombi Inongo l'a dit à propos de Mobutu - mais il y en a d'autres -, c'est parce qu'il pense que c'est important pour lui s'il veut commander, dominer. Donc, il y croit. 

Est-il avéré que des ministres s'adonnent à la sorcellerie avant chaque remaniement afin de ne pas perdre leur portefeuille ?

C'est avéré et n'importe qui à Libreville peut le confirmer. Depuis quelques mois, il y a des affaires de crimes rituels devant les tribunaux. Il s'agit de députés, de ministres, de sénateurs qui, pour accéder au pouvoir ou le conserver, envoient des mercenaires capturer des gens auxquels ils enlèvent la langue, les mains, les organes génitaux, remis ensuite à des féticheurs qui leur fabriquent des charmes. 

Ces pratiques relèvent-elles de l'obscurantisme ou, au contraire, d'une "tradition africaine" ?

Ce n'est pas parce qu'elles relèveraient de nos traditions qu'elles ne seraient pas obscurantistes. Tout ce qui sépare de la moyenne est considéré comme anormal et s'explique par le surnaturel. Les gens sont confrontés à ce qui est obscur et difficilement explicable. Donc, d'une certaine manière, ces pratiques relèvent d'une quête de rationalité. 

Peut-on dire d'une telle démarche qu'elle est africaine ou simplement humaine ?

Ce n'est pas africain mais humain. Sauf que l'Afrique vit une mutation accélérée où tout se précipite, notamment les valeurs et le manque de maîtrise sur le destin des individus et des nations. 

Y a-t-il sur le continent des hommes de pouvoir qui ne recourent pas à la sorcellerie ?

Il est difficile de l'imaginer. Pour une raison simple : s'ils n'y croient pas eux-mêmes, il y a leur entourage.

___

Propos recueillis par Tshitenge Lubabu M.K

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Afrique Subsaharienne

L'ONU lève ses sanctions contre un ancien chef de guerre somalien

L'ONU lève ses sanctions contre un ancien chef de guerre somalien

Les Nations unies ont levé leurs sanctions contre l'ancien chef de guerre somalien Mohamed Said Atom, qui s'était allié aux insurgés islamistes shebab avant de s'en éloigner il y a six mois.[...]

Le Liberia élit ses sénateurs malgré Ebola

Les Libériens votaient samedi, sans incidents, pour renouveler la moitié des sièges du Sénat, un scrutin reporté plusieurs fois en raison de l'épidémie d'Ebola qui frappe le pays[...]

Ebola : en tournée en Afrique, Ban ki-moon promet le soutien de l'ONU

Le secrétaire général de l'ONU Ban ki-moon, en tournée dans les pays touchés par Ebola en Afrique de l'Ouest, les a assurés vendredi de l'appui de la communauté internationale[...]

Côte d'Ivoire : arrestation d'un chef de guerre, un de ses hommes tués

Un important chef de guerre ivoirien a été arrêté par les forces de sécurité vendredi au petit matin à son domicile d'un quartier bourgeois d'Abidjan, où l'un de ses hommes[...]

Les pays du "G5 du Sahel" appellent l'ONU à intervenir en Libye

Les dirigeants des cinq pays du "G5 du Sahel" (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali, Mauritanie), réunis vendredi en sommet à Nouakchott, ont appelé l'ONU à mettre en place une force[...]

Côte d'Ivoire : les Éléphants n'auront pas de prime de participation pour la CAN 2015

À quelques jours des phases finales de la Coupe d’Afrique des nations de football (CAN 2015), le budget que l’État ivoirien mettra à la disposition de la Fédération ivoirienne de [...]

Côte d'Ivoire - Burkina : Soro, visiteur discret de Compaoré à Casablanca

Guillaume Soro, le président de l'Assemblée nationale ivoirienne, a profité fin novembre d'un déplacement officiel au Maroc pour discrètement rendre visite à l'ex-président[...]

Sexe, amour et Ebola : ce que les Africains ont recherché en 2014 sur Google

L'année 2014 touchant à son terme, le moteur de recherche Google a publié ses statistiques concernant les requêtes des utilisateurs durant les douze derniers mois. L'occasion de dresser le portrait type[...]

Mali : retour en cinq dates sur la vie d'Intalla Ag Attaher, aménokal des Ifoghas

Intalla Ag Attaher, chef traditionnel de la tribu touarègue des Ifoghas, est mort dans la nuit de jeudi à vendredi à Kidal. Retour en cinq dates sur sa vie, intimement liée aux différentes[...]

Hery tente de réconcilier quatre ex-présidents malgaches à Ivato

C’est une rencontre très attendue qui se tient ce vendredi à Ivato, en périphérie d’Antananarivo, entre tous les anciens chefs d’État malgaches encore en vie autour de[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers