Des rebelles touaregs du MNLA, dans un endroit non déterminé en février 2012.
© MNLA/AFP/Archives
Entre les groupes islamistes et leur ancien allié, le MNLA, l'heure est à l'affrontement au Nord-Mali. Et celui-ci ne tourne pas en faveur des indépendantistes touaregs...
Pour les connaisseurs de la région, ce n'était qu'une question de temps : les groupes armés qui contrôlent le nord du Mali allaient inévitablement s'affronter. L'air sentait le soufre depuis l'échec, début juin, de la fusion du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA, la rébellion touarègue) et des islamistes d'Ansar Eddine, le groupe fondé par Iyad Ag Ghali.
L'explosion s'est produite le 27 juin, à Gao. De violents combats ont opposé les indépendantistes touaregs au Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), alliés d'Ansar Eddine et transfuges d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Bilan provisoire : au moins 35 morts et une quinzaine de blessés.
La tension était montée d'un cran la veille, après qu'un conseiller municipal de Gao eut été abattu en pleine rue. La population a vite accusé les hommes du MNLA et manifesté sa colère. Selon des témoins, c'est une tentative de médiation du Mujao qui a dégénéré en affrontement entre les deux groupes. Et les jeunes Gaois - Peuls, Songhaïs et, parfois, Touaregs - ont pris fait et cause pour les djihadistes.
"Les habitants ont l'impression de vivre sous occupation"
Ces derniers seraient-ils parvenus à se faire accepter de la population ? « Pas vraiment, explique un homme d'affaires songhaï. Les habitants ont l'impression de vivre sous occupation. Mais ils considèrent que les islamistes sont plus sérieux que le MNLA. Et puis les hommes du Mujao sont moins stricts qu'à leur arrivée. »
« Beaucoup d'entre eux sont originaires de la région, précise un spécialiste des groupes islamistes. Et ils se sont interposés lors des exactions contre la population. »
La perte de Gao constitue un camouflet pour le MNLA, qui doit renoncer non seulement à sa capitale provisoire, mais aussi à son unique bastion dans le nord du pays. Blessé - il a reçu des éclats de balles dans le dos et à l'oreille - Bilal Ag Achérif, le chef du conseil transitoire de l'État de l'Azawad, a été transféré à Ouagadougou, la capitale burkinabè, pour y recevoir des soins.
Pour sa part, Mohamed Ag Najim, le chef d'état-major du MNLA, a battu le rappel des troupes. Elles ont quitté les abords de Tombouctou, Ménaka et Kidal le 28 juin. Objectif : se réunir quelque part dans le désert pour « déterminer la marche à suivre ». Un repli « tactique » qui laisse le contrôle total des villes aux islamistes et n'augure pas forcément une reconquête. « Le MNLA compte plus de combattants, mais l'alliance Ansar Eddine-Mujao-Aqmi est beaucoup plus efficace », souligne un expert des questions de sécurité, qui insiste sur les ressources financières et le niveau d'entraînement des djihadistes.
Ces affrontements remettent-ils en question les discussions en cours à Ouagadougou, organisées sous l'égide de Blaise Compaoré, le président burkinabè ? « Non, affirme une source proche de la médiation. Le dialogue avec le MNLA et Ansar Eddine doit se poursuivre. » Mais de quoi discuter, et avec qui ? Le MNLA continue de réclamer l'indépendance de l'Azawad, les islamistes veulent instaurer la charia. Tout cela sans le soutien des populations...

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