Extension Factory Builder
04/07/2012 à 14:22
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Il y a quelques années, un couple de diplomates européens s'installait au Maroc, à Rabat, en provenance d'un pays du nord de l'Europe que je ne nommerai pas (je ne veux fâcher personne). Ils visitèrent plusieurs appartements avant de jeter leur dévolu sur un confortable trois-pièces en plein centre-ville, avec vue sur le fleuve. Après avoir signé le bail et reçu les clés dudit trois-pièces, le couple fut invité cordialement par le propriétaire à déjeuner chez lui. Sa femme avait préparé quelques spécialités locales dont, miam-miam, vous m'direz des nouvelles ! Quelle ne fut pas sa déconvenue quand la moitié féminine du couple rejeta hautement l'invitation avec un discours du genre :

- Non, non, on ne nous la fait pas, nous sommes prévenus, ça commence avec un déjeuner, puis vous nous demanderez bientôt des visas et - pourquoi pas - des bourses pour les enfants.

Le proprio, profondément vexé, ne répondit rien. (Il aurait pu rétorquer qu'il disposait depuis des lustres de la double nationalité maroco-française et qu'il n'avait donc pas besoin de visa pour aller en Europe, et qu'il était assez à l'aise financièrement pour payer les études de ses enfants et même celles des enfants de la diplomate si peu diplomate. Mais il n'en fit rien : on ne raisonne pas le butor, et encore moins la butoresse.)

Le temps passe, comme disait Cocteau, et puis un jour, trois ans plus tard exactement, le couple revient voir M. Bennani (vous ai-je dit que le proprio s'appelait Bennani ?) pour lui rendre les clés de l'appart : ils rentrent au pays. Et l'inconcevable se produit : la diplomate s'effondre en larmes, se jette sur Bennani, l'embrasse, lui malaxe la dextre et lui présente ses excuses :

- Quand je pense que j'ai refusé votre invitation à déjeuner il y a trois ans ! Nous avions tellement de préjugés, on nous avait tellement lavé le cerveau... Nous avons passé trois ans dans ce pays sans voir quiconque, murés dans notre ambassade, claquemurés dans votre appartement - et c'est au moment de partir que nous avons compris que nous avions gâché trois ans, que nous aurions pu rencontrer des gens fort sympathiques et découvrir leur culture.

Bennani hausse les épaules et console comme il peut la dame.?- Allons, nous avons tous nos a-priori et nos angles morts. Quittons-nous bons amis : j'appelle ma femme, vous dînez chez nous ce soir.

Dois-je préciser que ce sublime (et ultime) gueuleton ne fit que multiplier les regrets de M. et Mme Diplomate ? Combien d'occasions de connaître notre prochain, notre frère, n'avons-nous pas laissé filer pour n'avoir pas compris qu'une invitation à déjeuner n'est parfois... qu'une invitation à déjeuner ? 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maroc

Maroc : El Othmani, numéro deux du PJD, relance le débat sur l'avortement

Maroc : El Othmani, numéro deux du PJD, relance le débat sur l'avortement

Saadeddine El Othmani, le numéro deux du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste), a assuré lundi dans une tribune être "pour la légalisation de l’avortement dans certai[...]

Classement Forbes : 29 Africains dans le palmarès 2015

Le magazine "Forbes" a livré lundi sa cuvée 2015 de milliardaires en dollars dans le monde. Cette année, le chiffre record de 1 826 personnalités a été atteint (181 de plus qu'en[...]

Maroc : les galères de Rokhaya, jeune nounou sénégalaise sans papiers à Tanger

Rokhaya, jeune nounou sénégalaise sans papiers, vivote depuis des mois à Tanger et tente d'oublier une expérience récente dans une famille aisée de la ville, faite d'exploitation et de[...]

Reprise jeudi au Maroc du dialogue pour une sortie de crise en Libye

Après l'annulation d'une réunion la semaine dernière, un nouveau round de dialogue entre les deux parlements rivaux en Libye, celui reconnu par la communauté internationale et le Congrès[...]

Côte d'Ivoire - Maroc : sur le Sahara, on a frôlé la crise diplomatique

Youssoufou Bamba, l'ambassadeur ivoirien auprès de l'ONU, a eu des propos sur le Sahara occidental qui ont été désavoués par le président Ouattara en personne.[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Cameroun : le marocain Cosumar choisi pour développer un nouveau complexe sucrier

Cosumar plantera de la canne à sucre et construira une raffinerie entre Batouri et Bertoua, à l’est du pays. Le leader marocain du sucre bat lors de l'appel d'offres le groupe français Somdiaa qui[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Maroc : Abdellatif Hammouchi, de l'ombre à la lumière

Il y a un an, le patron du renseignement intérieur marocain était convoqué par une juge française, ce qui provoquait une crise diplomatique entre Paris et Rabat. Aujourd'hui, la France le[...]

Libye : suspension du dialogue pour une sortie de crise

Le Parlement libyen siégeant à Tobrouk (Est), reconnu par la communauté internationale, a décidé lundi de suspendre sa participation au dialogue sur une sortie de crise parrainé par[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2685p138.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2685p138.xml0 from 172.16.0.100