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03/07/2012 à 09:14
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L'ex-président de la transition, Ely Ould Mohamed Vall. L'ex-président de la transition, Ely Ould Mohamed Vall. © D.R.

Après un long silence, l'ex-président de la transition, Ely Ould Mohamed Vall, est de nouveau en guerre ouverte contre le chef de l'État, Mohamed Ould Abdelaziz. Il joint sa voix à celle de l'opposition pour réclamer son départ.

Décidément, Ely Ould Mohamed Vall aime à jouer les invités-surprises. Sa stratégie est désormais bien rodée : se murer dans le silence, ne pas se faire oublier à l'intérieur du pays, puis saisir le moment opportun pour sortir de l'ombre. Ainsi a-t-il pris tout le monde de court le 12 mars en apparaissant aux côtés des leaders de la Coordination de l'opposition démocratique (COD), au milieu d'une foule immense scandant : « Aziz dégage ! » À l'issue du meeting, il n'a pas mâché ses mots, martelant que « l'armée traverse une crise profonde à l'instar du reste du pays », le gouvernement ayant « usurpé le pouvoir ».

Après avoir refusé de prendre part au Dialogue national, scellé le 19 octobre par un accord sur une série de propositions de réformes constitutionnelles, la COD a multiplié les offensives contre le régime. Reclus dans son imposante villa rose située à quelques encablures de la présidence ou en déplacement à l'étranger, l'ex-président de la transition (2005-2007) s'était prudemment tenu à l'écart de la crise. « Je reprends du service jusqu'à ce qu'une solution politique soit trouvée, confirme-t-il, installé dans un des salons de sa résidence. Le pays est à la dérive, je ne peux plus rester indifférent. »

Son retour, « Ely » ne l'avait jamais exclu. Mais il dit l'avoir subordonné à des conditions exceptionnelles, qu'il estime aujourd'hui réunies. Alors, comme la frange de l'opposition la plus radicale, il a un discours pour le moins alarmiste. « L'institution présidentielle est dirigée par une rébellion légalisée par la fraude, l'Assemblée nationale légifère en toute illégalité et la justice est piétinée, insiste-t-il. Il n'y a plus de pays ! »

Sans jamais prononcer son nom, l'ancien colonel est entré à nouveau en guerre ouverte contre son cousin, devenu son ennemi intime : le président Mohamed Ould Abdelaziz. Ce dernier étant fortement contesté à mi-chemin de son quinquennat, l'occasion était idéale. « Il doit avoir mûrement réfléchi, il est très calculateur, analyse un journaliste mauritanien. Il a senti le vent tourner en faveur de la COD et envisage certainement un nouveau mandat. » À Nouakchott, on murmure qu'« Aziz » n'aurait pas digéré le retour de son ex-compagnon d'armes. D'ailleurs, le lendemain de la grande marche du 12 mars, il était apparu furieux lors d'un meeting à Nouadhibou et n'avait cessé de tirer à boulets rouges sur l'opposition. « Il ne dérange ni par son activisme politique ni par les foules qu'il draine », ironise Mohamed Mahmoud Ould Jaafar, secrétaire exécutif chargé des affaires politiques au sein de l'Union pour la République (UPR, au pouvoir).

 "Une élection présidentielle anticipée est la seule issue possible"

Les deux hommes se connaissent bien : sous Maaouiya Ould Taya, ils ont travaillé en duo - Ely à la direction des renseignements, Aziz à la tête de la sécurité présidentielle -, avant de s'associer pour le renverser en août 2005. Après le coup d'État du 6 août 2008 fomenté par Aziz, l'ex-président du Conseil militaire pour la justice et la démocratie (CMJD) s'était officiellement tenu à l'écart. Mais en coulisse, il travaillait déjà contre son cousin auprès des notables nouakchottois, des chefs d'État africains et des diplomates français. Il a attendu la présidentielle de juillet 2009 pour, là encore, sortir brusquement de sa réserve en annonçant le premier sa candidature, deux jours seulement après la signature de « l'accord de Dakar ». Mais la défaite a été cuisante, et le ressentiment, tenace : alors qu'Aziz est porté au pouvoir au premier tour avec 52,48 % des voix, Ely n'en recueille que 3,81 %. « Les résultats étaient prévisibles, puisque le scrutin a été manipulé », juge-t-il. Il réclame alors, avec le chef de file de l'opposition, Ahmed Ould Daddah, et le leader de l'Alliance populaire progressiste (APP), Messaoud Ould Boulkheir, la mise en place d'une commission d'enquête. « J'ai aussitôt dénoncé ce que je considère être la rébellion d'un homme et je ne me suis jamais départi de ma position, jure-t-il. L'impasse politique actuelle était prévisible. Malheureusement, beaucoup de Mauritaniens ne m'ont pas cru. »

Aujourd'hui, Ely Ould Mohamed Vall travaille étroitement avec les leaders de la COD, à qui il rend régulièrement visite, pour trouver ensemble une solution pacifique pour sortir de la crise. « Une élection présidentielle anticipée est la seule issue possible, lâche Vall. Faute de quoi la situation actuelle ne pourra que dégénérer. » Ses journées, désormais bien remplies, il les passe à prendre des « contacts politiques tous azimuts ». Mais il sait que s'il veut réussir son retour, il doit soigner son image. Il dispose pour cela de précieux atouts : un carnet d'adresses en Afrique et au Moyen-Orient bien rempli et la réputation d'être un homme de parole pour s'être retiré, comme promis, après le scrutin de mars 2007. Il tâche également de faire bonne figure en réfutant d'emblée toute ambition personnelle : « La question de mon éventuelle candidature à la présidentielle ne se pose pas encore, c'est aux Mauritaniens de décider. »

Mais à peine revenu, il se trouve déjà dans la tourmente. Il est accusé d'avoir nié, le 3 juin, sur les ondes de Radio Mauritanides, les déportations de Négro-Mauritaniens en 1989. Il s'est aussitôt fendu d'un communiqué pour dénoncer une « campagne de désinformation » à son égard, regrettant que ses propos aient été déformés. Mais par-delà la polémique, c'est tout le passé du système Ould Taya qui ressurgit, sur lequel il devra, tôt ou tard, s'expliquer.

_________

Justine Spiegel, envoyée spéciale à Nouakchott

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