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29/06/2012 à 18:33
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Une procession funèbre à Hama mardi 5 juin. Une procession funèbre à Hama mardi 5 juin. © AFP

Entre la répression systématique d'un côté et la violence aveugle de l'autre, ce sont deux jusqu'au-boutismes qui s'affrontent en Syrie, sous le regard impuissant d'une communauté internationale incapable - ou peu désireuse - d'imposer une solution négociée.

Le régime du président Bachar al-Assad a indiscutablement multiplié les erreurs et les crimes ces quinze derniers mois. Cela a commencé par la punition barbare infligée à une douzaine d'enfants qui avaient barbouillé des graffitis antirégime sur un mur, en mars 2011, dans la ville méridionale de Deraa. Les choses ont ensuite excessivement empiré avec la répression à balles réelles de manifestations pacifiques.

S'il avait fait le voyage de Deraa pour présenter des excuses aux parents des enfants brutalisés, limogé le gouverneur et rappelé fermement à l'ordre ses services de sécurité, le président aurait été acclamé en héros. Mais il a opté pour une politique de répression aveugle et jusqu'à présent ininterrompue. Les massacres à grande échelle ont jeté une ombre sinistre sur ses réformes timides et trop tardives, à l'image des élections pluralistes tenues le mois dernier, après l'amendement constitutionnel qui a mis fin à un demi-siècle de monopole politique du Baas.

L'opposition s'est aussi égarée, se rendant coupable de crimes graves. Sa première faute a été de prendre les armes contre le gouvernement. Une réponse compréhensible à la répression peut-être, mais surtout un acte politiquement irresponsable qui a fourni au régime un prétexte pour écraser toutes les poches de rébellion armée, où qu'elles apparaissent. Cela a débouché sur la tragédie de Baba Amr, à Homs, quartier investi par les rebelles, puis détruit à l'arme lourde par le régime.

Il y aurait aujourd'hui une centaine de groupes armés rebelles. L'argent des pays du Golfe et d'hommes d'affaires syriens de l'étranger coule à flots et alimente un intense trafic d'armes. Un grand nombre de djihadistes, combattants islamistes radicaux, ont afflué des pays voisins, mais aussi du Koweït, de Tunisie, d'Algérie et du Pakistan pour venir grossir les rangs des insurgés. Dans certains pays arabes, des religieux musulmans appellent les jeunes à aller se battre en Syrie. Les groupes rebelles tendent des embuscades, attaquent les check-points, détruisent les biens publics et tuent des soldats loyalistes - environ 250 d'entre eux sont tombés en dix jours, fin mai-début juin. Ils enlèvent, violent et exécutent des civils pro-Assad.

Stratégie du pire

La stratégie du régime est d'empêcher les rebelles de s'emparer d'un territoire et de le tenir, quitte à bombarder les quartiers résidentiels où ils se concentrent. Les insurgés savent qu'ils ne pourront pas vaincre l'armée sans aide extérieure et cherchent à provoquer une intervention militaire de l'Occident pour des motifs humanitaires (mais personne n'évoque les nombreuses victimes civiles que font les drones américains dans une demi-douzaine de pays, dont les 18 civils tués en Afghanistan le 6 juin). Ils espèrent que les récents massacres de Houla et d'Al-Qubair pousseront les États-Unis et leurs alliés à faire un pas supplémentaire vers l'action militaire.

Mais qui est réellement allé fracasser des crânes et égorger des enfants dans ces deux villages ? L'opposition accuse sans détour les chabiha, ces tristement célèbres milices du régime essentiellement constituées d'Alaouites. En Occident, les dirigeants et la majorité de la presse ont adopté cette version sans examen. L'ONU a été plus prudente. « Les circonstances qui entourent cet incident ne sont pas claires », a affirmé la porte-parole de la mission de l'ONU, Sausan Ghosheh, après l'entrée des observateurs à Al-Qubair.

Selon une enquête du très sérieux Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), principal quotidien allemand, le massacre n'aurait pas été perpétré par les chabiha mais par des militants sunnites anti-Assad. Leurs victimes étaient presque toutes chiites et alaouites, rapportent les sources du FAZ. Ces atrocités ont eu lieu pendant les quatre-vingt-dix minutes de combat qui ont suivi l'attaque par des forces rebelles de trois barrages de l'armée en périphérie de Houla. Selon le FAZ, les auteurs du massacre ont alors filmé leurs victimes et les ont présentées sur internet comme des sunnites exécutés par le régime. Une enquête indépendante doit impérativement établir laquelle de ces deux versions est exacte. Et il ne serait pas étonnant de découvrir que les deux camps se sont rendus coupables d'actes de barbarie dans ce qui est en train de devenir une guerre civile interconfessionnelle.

"Axe du mal"

Quel rôle jouent les puissances étrangères ? Chacune poursuit ses intérêts stratégiques. Les clés de la crise syrienne se trouvent hors de Syrie, car on ne peut la dissocier des intenses pressions exercées sur l'Iran. Le président américain Barack Obama est maintenant mobilisé contre les deux régimes. Il semble avoir enterré l'idée d'un accord gagnant-gagnant avec l'Iran sur son programme nucléaire et sabote le plan de paix de Kofi Annan en se faisant le complice des livraisons d'armes aux rebelles syriens. Obama, parce qu'il voit l'Iran comme un rival dans le Golfe ou pour gagner les faveurs des sympathisants américains d'Israël dans la perspective de la présidentielle de novembre, semble aujourd'hui vouloir abattre les régimes de Damas et de Téhéran.

Israël a clamé haut et fort qu'il espérait vivement voir Assad renversé. Le président Shimon Pérès - un loup déguisé en agneau dont les tractations avec la France ont permis à Israël d'obtenir ses premières armes nucléaires - a déclaré qu'il appelait de ses voeux la victoire des rebelles syriens. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou est allé encore plus loin. Reprenant la formule de George W. Bush, il a parlé d'« axe du mal » pour désigner le front de résistance Iran-Syrie-Hezbollah. L'État hébreu pousse ouvertement les États-Unis et leurs alliés à abattre l'ensemble de cet axe qui écorne sa suprématie au Levant.

Inconnues

L'Arabie saoudite et le Qatar, principaux soutiens des rebelles syriens, semblent essentiellement animés par des passions confessionnelles. Pour eux, le chiisme est une menace contre la suprématie sunnite. Ils cherchent aussi à abattre les régimes iranien et syrien. Pourtant, ils feraient mieux de soutenir ces États, qui essaient de tenir tête à Israël. Privés d'une telle protection, les États pétroliers du Golfe pourraient se découvrir un beau jour dans le viseur de l'incontrôlable puissance israélienne.

Bien d'autres questions continuent de se poser en Syrie. La chute d'Assad conduira-t-elle forcément les officiers et le parti Baas à abandonner le combat ? Les extrémistes islamistes, avides de revanche, prendront-ils le pouvoir ? Le pays sera-t-il disloqué, avec une montagne refuge pour les Alaouites, à l'instar du mini-État kurde dont la création a démembré l'Irak ? Qui protégera les minorités ? Les chrétiens de Syrie, 10 % de la population, seront-ils forcés de se disperser dans le monde comme ceux d'Irak ? La Jordanie et le Liban survivront-ils à un tsunami syrien, sans parler des Palestiniens, qui continuent de vivre sous le joug israélien ?

Les puissances occidentales seraient bien avisées de s'unir à la Russie et à la Chine pour exercer d'intenses pressions sur chaque camp afin que les armes se taisent et que tout le monde s'assoie à la table des négociations. Plutôt que la guerre, la diplomatie est le seul moyen de préserver ce qu'il reste de la Syrie pour ses citoyens meurtris.

Un kurde au secours du CNS

« Nous n'avons pas réussi à être à la hauteur des sacrifices du peuple », a reconnu Burhan Ghalioun en démissionnant de la présidence du Conseil national syrien (CNS), la plus influente coalition de l'opposition au régime d'Assad. Abdel Basset Sayda, son successeur élu le 10 juin, parviendra-t-il à élever la contestation politique au-dessus des discordes qui la paralysent ? Un défi de taille pour cet universitaire kurde de 56 ans, exilé depuis 1994 en Suède. Sur le terrain, le CNS a été désavoué par les militants et n'a pas d'emprise sur l'Armée syrienne libre. Présenté comme un homme neuf, consensuel et modéré, Sayda « a fait partie du comité exécutif du Parti kurde de gauche et a une expérience politique, contrairement à Ghalioun », souligne Sève Izouli de l'Institut kurde de Paris. Son appartenance à la communauté kurde, dont la plupart des représentants ont claqué la porte du CNS, n'est pas étrangère à son élection, destinée à rassurer les minorités, notamment les Alaouites.

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