Extension Factory Builder
29/06/2012 à 14:50
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Manifestants au palais présidentiel de Koulouba, le 21 mai 2012. Manifestants au palais présidentiel de Koulouba, le 21 mai 2012. © Reuters

De nouveaux témoignages et documents éclairent les circonstances de l’agression dont Dioncounda Traoré, le président de la transition, a été la victime le 21 mai dernier. En particulier une vidéo exclusive que Jeune Afrique s'est procurée. Accablant.

Voir la vidéo de l'agression du président malien Diocounda Traoré, au palais présidentiel de Koulouba, le 21 mai 2012 à Bamako :

Et si une commission d'enquête internationale se penchait sur l'agression de Dioncounda Traoré ? La question pourrait être à l'ordre du jour du sommet de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), qui se tient les 28 et 29 juin à Yamoussoukro. Car, à Bamako, l'enquête piétine. Seulement trois inculpations pour « troubles graves à l'ordre public », début juin. Depuis, rien.

Pourtant, plus d'un mois après les faits, plusieurs témoignages et documents - dont la vidéo exclusive que vous pouvez voir ci-dessus -, auxquels J.A. a eu accès, révèlent les secrets de cette agression. Bien plus violente et scandaleuse que l'on aurait pu imaginer. Retour sur cette folle journée du 21 mai.

Combien sont-ils ? Cinq mille, dix mille ? Une marée humaine déferle dans les rues de Bamako, à l'appel de la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam). La coalition, composée d'associations et de petits partis, soutient le coup d'État militaire qui a renversé Amadou Toumani Touré (ATT) le 21 mars. Surtout, elle rejette la décision de la Cedeao, qui a installé Dioncounda Traoré dans le fauteuil présidentiel pour une année de transition.

Horde

La Copam a donc organisé une « convention nationale » avec un objectif : désigner le chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo, président de la transition. Organisée au Centre international de conférences de Bamako, ladite convention tourne court : les leaders sont absents, et la foule, furieuse, marche sur la place de l'Indépendance, au centre-ville. Lequel des manifestants propose de rallier le palais de Koulouba ? « C'était spontané », assure l'un d'eux. La horde des mécontents passe devant la cité administrative qui borde le fleuve Niger, fait un détour par le 34e bataillon des commandos-parachutistes - ex-siège des Bérets rouges, fidèles à ATT, le président déchu - et gravit la route aux virages en épingle qui mène à Koulouba. Ils brandissent des pancartes hostiles à la Cedeao et à son président, l'Ivoirien Alassane Ouattara. Mais celui qui cristallise les rancoeurs, c'est Traoré. « Il peut être président de la Cedeao s'il le veut, mais pas du Mali », hurlent-ils en envahissant le palais.

Les gardes - des Bérets verts de l'armée de terre - ne font rien pour les en empêcher, prenant même la pose avec des admirateurs. Ils ne réagissent pas davantage lorsque quelques audacieux escaladent la façade pour accéder aux coursives, ou qu'un groupe utilise une échelle en guise de bélier pour défoncer les grilles.

Ils le frappent à coups de poing, de pied, de livre... "Il est mort, c'est sûr!", exultent-ils.

Dans le hall, on s'adonne au pillage. À l'étage, un petit groupe s'est lancé à la recherche du président. Sur la coursive, il tombe sur cinq Bérets rouges. On parlemente, avant de s'affronter. Le seul militaire armé n'ose pas faire usage de son fusil. De toute façon, ils sont débordés par la meute.

« Il est dedans ! » crie l'un des assaillants, qui a trouvé le bureau où s'est réfugié le chef de l'État. Ils se poussent, se piétinent, s'invectivent pour avoir le droit de le molester. À coups de poing, de pied et de livre. Deux manifestants tentent de raisonner leurs amis. Ils sont repoussés. Traoré tombe. Deux Bérets marron - la garde nationale - font rempart avec leur corps et lui mettent un casque sur la tête. Vite arraché, il est utilisé pour le frapper. Des renforts tentent de se frayer un chemin à coups de matraque.

Prostré

Le président est transporté dans le fond de la pièce. À ses côtés, l'un de ses collaborateurs, en larmes, qui a lui aussi reçu des coups. Traoré est à terre. Ni son âge (70 ans) ni son statut ne l'ont mis à l'abri. Alors, il se protège la tête. Autour de lui, militaires et manifestants s'affrontent, mais il reste prostré. Ces derniers s'acharnent à nouveau sur lui, lui arrachent ses chaussures et ses vêtements. L'un des assaillants brandit un morceau de chemise. Ils l'ont dénudé. « Il est mort, c'est sûr », exultent-ils. Avant que des renforts viennent exfiltrer le président exsangue. La scène de lynchage a duré une dizaine de minutes.

Informé, Cheick Modibo Diarra, le Premier ministre, se précipite au palais. Après avoir vu le président, il sort s'adresser à une poignée de jeunes, restés dans la cour. « Il pleurait », raconte un témoin. Sur l'honneur bafoué du Mali, sans doute...

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Indépendance du Mali : que reste-t-il de Modibo Keïta, cent ans après sa naissance ?

Indépendance du Mali : que reste-t-il de Modibo Keïta, cent ans après sa naissance ?

Modibo Keïta, premier président de la République du Mali, aurait été centenaire le 4 juin 2015. Retour sur la vie de ce leader panafricain qui a marqué l'histoire de son pays et du continent[...]

Mali : 3 Casques bleus blessés dans l'explosion d'une mine, le chef de la Minusma indemne

Trois Casques bleus ont été blessés au Mali, jeudi, dans l'explosion d'une mine au passage de leur convoi dans lequel avait pris place le commandant en chef de la Minusma, le général danois[...]

Terrorisme : quand Hollande joue les cow-boys au Mali

Au Mali, le président français n'hésite plus à ordonner des assassinats ciblés contre les chefs jihadistes. Une "neutralisation" sans autre forme de procès.[...]

"O Ka" : Souleymane Cissé le justicier

À partir de l'expulsion de ses soeurs de sa maison natale, le réalisateur malien revient sur l'histoire de sa famille. Un film engagé, tourné vers l'avenir.[...]

Mali : un Casque bleu bangladais tué dans une attaque à Bamako

Selon des sources sécuritaires maliennes, un Casque bleu de la Minusma été tué et un autre grièvement blessé par des tirs d'assaillants non identifiés dans la nuit de lundi à[...]

Tomi, IBK, Bongo : des écoutes embarrassantes

Des chefs d’Etat étrangers, qui plus est des amis de la France, écoutés dans le cadre d’investigations judiciaires ? Voilà qui, d’un point de vue diplomatique, et même si[...]

Crise malienne : pourquoi Ménaka cristallise les tensions

Alors que la rébellion du Nord-Mali réclame toujours des amendements à l'accord d'Alger pour le signer, la situation sécuritaire se détériore depuis la reprise de la ville de[...]

Mali : l'armée accusée d'avoir exécuté neuf personnes à Tin Hama

Des combats entre les rebelles de la CMA et l'armée malienne ont eu lieu jeudi matin à Tin Hama, près d'Ansongo, dans le nord-est du Mali. Dans un communiqué, les rebelles accusent les soldats maliens[...]

Les femmes africaines peinent à percer le plafond de verre

Éducation, travail, indépendance... Malgré de timides avancées, le statut des femmes n'a que peu progressé en Afrique, selon les participantes du 5e forum social d’Essaouira, au Maroc, du[...]

Deux importants chefs jihadistes tués dans le nord du Mali par l'armée française

Le ministère français de la Défense a affirmé mercredi dans un communiqué avoir neutralisé deux importantes figures du jihadisme dans le nord du Mali : Abdelkrim al-Targui et Ibrahim Ag[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers