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29/06/2012 à 08:55
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Ahmed Ould Daddah, à Nouakchott. Ahmed Ould Daddah, à Nouakchott. © DR

Neuf mois après le lancement du Dialogue national, auquel il a refusé de participer, le chef de file de l'opposition mauritanienne, Ahmed Ould Daddah, durcit le ton contre le président Mohamed Ould Abdelaziz.

Après avoir décidé - avec dix autres partis de la Coordination de l'opposition démocratique (COD) - de boycotter le Dialogue national lancé en septembre dernier, Ahmed Ould Daddah, 69 ans, est passé à la vitesse supérieure. Le chef de file de l'opposition mauritanienne réclame désormais le départ inconditionnel du président Mohamed Ould Abdelaziz. Installé dans son vaste bureau, au siège du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), qu'il préside, il peine à masquer sa nervosité. Il faut dire que les tensions sont vives à Nouakchott et que l'alliance fragile des détracteurs du pouvoir a volé en éclats ; l'Alliance populaire progressiste (APP), de Messaoud Ould Boulkheir, ainsi que les partis El-Wiam et Sawab ont quitté la COD pour former la Convention pour l'alternance pacifique (CAP). Fidèle à son tempérament, Ahmed Ould Daddah n'en a cure et ne veut surtout pas entendre parler de compromis.

Jeune Afrique : Pourquoi appelez-vous au départ du chef de l'État ?

Ahmed Ould Daddah : Nous avons toujours prôné le dialogue. Mais il y a eu une accumulation de frustrations. La COD est donc parvenue à la conclusion que Mohamed Ould Abdelaziz ne fait pas partie de la solution, car il est lui-même le problème. Alors il doit partir.

N'est-il pas antidémocratique de demander le départ d'un président élu ?

Il n'est pas démocratiquement élu. Après son coup d'État, il s'est fait « élire » dans des conditions contestables.

Vous aviez pourtant reconnu son élection...

J'ai fini par dire que je la reconnaissais, car je souhaitais donner davantage de chances à une cohabitation pacifique. Mais il n'a aucune légitimité, ni originelle, ni acquise.

Que lui reprochez-vous ?

L'ensemble de son bilan, qu'il soit politique, économique ou social. Il s'est présenté durant la campagne comme « le président des pauvres », mais il a appauvri plus d'un Mauritanien ; 75 % de la population a moins de 29 ans et n'a ni formation ni perspectives. En outre, il n'a pas, contrairement à tous ses prédécesseurs, pris de dispositions pour atténuer les conséquences de la sécheresse. Si cette année a été catastrophique pour le bétail, c'est parce qu'aucune mesure valable n'a été prise concernant l'agriculture.

Mais il a concrétisé certains de ses engagements, en lançant de grands chantiers ou en modernisant Nouakchott.

N'était-il pas plus important de relier entre elles nos régions plutôt que de poser un mauvais goudron à Nouakchott ? Franchement, je ne vois rien de significatif qui mérite d'être signalé. La priorité est de désenclaver certaines régions du pays, afin de leur garantir un approvisionnement plus rapide et meilleur marché.

Jusqu'où êtes-vous prêt à aller pour parvenir à vos fins ?

Nous sommes un parti démocrate qui n'utilise que des moyens pacifiques. La COD est allée dans toutes les régions du pays pour s'expliquer et prendre contact avec les autorités locales, les représentants des partis, les notables, ainsi que les différentes forces sociales et économiques.

Je n'ai plus aucun contact avec le président Mohamed Ould Abdelaziz.

Quelle alternance proposez-vous ?

Le RFD a élaboré un programme de gouvernement en deux cents points. Mais aujourd'hui, l'ensemble de la COD réfléchit à un projet commun. Je ne peux pas en révéler les grandes lignes, car il n'est pas encore prêt. Mais il le sera rapidement, car il y a entre nous une grande confiance.

Vous n'avez plus aucun contact avec le président ?

Non, aucun.

Pourquoi contestez-vous la nomination des sept membres de la Commission électorale nationale indépendante ?

Le mandat des députés a expiré en novembre 2011. Or la législature n'a pas été renouvelée, car Mohamed Ould Abdelaziz ne le veut pas. Par conséquent, la Ceni est illégitime.

Envisagez-vous de boycotter les élections législatives et municipales ?

Nous n'avons encore pris aucune décision.

Messaoud Ould Boulkheir, le patron de l'APP, vous invite à la réconciliation. Allez-vous accepter sa main tendue ?

On se connaît, on peut toujours se voir. Je traiterai ça avec lui.

Ely Ould Mohamed Vall fait-il partie de la COD ?

Actuellement, il en est proche, mais il n'en fait pas partie. Il nous a rendu visite, il a participé aux manifestations à nos côtés. Je ne vois aucun inconvénient à ce qu'il nous rejoigne, s'il le désire. D'ailleurs, son ralliement est la preuve que la COD est devenue la seule alternative au régime.

Il est nécessaire de soutenir les Maliens, mais sans ingérence.

Le 10 juin, l'ex-commissaire aux droits de l'homme Mohamed Lemine Ould Dadde a été lourdement condamné. Est-il un prisonnier politique ?

Nous avons toujours dénoncé sa détention, que nous jugeons arbitraire. Nous en aurions fait de même avec n'importe qui d'autre victime du même traitement. Il a certes fait partie du gouvernement d'Ould Abdelaziz, mais nous estimons que chacun a droit à un procès équitable.

Selon le président français, François Hollande, la Mauritanie doit être « aidée » dans la lutte contre le terrorisme. Ce soutien est-il indispensable ?

Nous sommes tout à fait favorables à ce que la Mauritanie et les pays de la sous-région soient appuyés dans ce combat. Mais ce dernier passe surtout par une bonne gouvernance et par une lutte acharnée contre la corruption et la gabegie. Cela n'est possible qu'avec des gouvernements légitimes. Nous souhaitons que la France favorise pacifiquement la démocratisation dans nos pays, afin que puissent être organisées des élections honnêtes, libres et transparentes.

Êtes-vous favorable à une intervention militaire au Mali ?

Une action commune pourra être envisagée plus tard, mais il faut d'abord tenter de rétablir la paix. Il est nécessaire de soutenir les Maliens, mais sans ingérence, afin qu'ils trouvent eux-mêmes des solutions pacifiques durables. Nous soutenons le maintien de nos frontières communes.

Serez-vous candidat à la prochaine présidentielle ?

Je l'ignore.

___

Propos recueillis à Nouakchott par Justine Spiegel

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