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27/06/2012 à 15:24
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À 58 ans, l'ex-maire de Dakar n'avait jamais bravé l'autorité du patron. À 58 ans, l'ex-maire de Dakar n'avait jamais bravé l'autorité du patron. © AFP

En présentant sa liste aux législatives, le président du Sénat affronte la fureur de Wade. Mais essuie aussi la polémique sur les audits de l'ancien régime sénégalais.

Au coeur du quartier de Fann Résidence à Dakar, dans la villa qui sert tout à la fois de demeure à Abdoulaye Wade et son épouse, Viviane, et de quartier général à ce qu'il reste du Parti démocratique sénégalais (PDS), on en a fait l'homme à abattre. Macky Sall, le nouveau maître du Sénégal ? Non, Pape Diop. « Un traître dévoré par l'ambition », peste un proche de Wade. « L'élection de Macky l'a rendu fou. Il s'est dit : "Si Macky est président, moi aussi je peux l'être." »

Jamais cet homme de 58 ans, membre historique du PDS (depuis 1974) discret et courtois, n'avait bravé l'autorité du patron. En prenant la tête d'une liste dissidente du parti libéral, pour les élections législatives du 1er juillet, le président du Sénat s'est attiré les foudres de Wade et des derniers lieutenants qui lui restent fidèles.

Première riposte fin mai : Pape Diop et ses amis sont exclus du PDS. Le lendemain, au cours d'une conférence de presse, Wade attaque sous la ceinture. « Il paraît que Pape Diop s'appelle en fait Moustapha Diop et qu'il a fait de la prison. C'est un délit d'usurpation d'identité », déplore l'ancien président, qui feint de le découvrir maintenant. L'histoire est pourtant connue depuis longtemps (J.A. l'avait racontée en 2008) et remonte, selon le principal intéressé, à sa prime jeunesse. Quelques jours plus tard, Wade véhicule une rumeur selon laquelle Diop aurait ordonné le sacrifice d'un albinos. Et Samuel Sarr, un proche de Wade, porte plainte pour faux et lui réclame 300 000 euros.

"Self-made-man "

Celui qui fait encore office de dauphin constitutionnel de Macky Sall, en sa qualité de président du Sénat, n'est pas pour autant épargné par le nouveau pouvoir. Diop figure en bonne place sur la liste des dignitaires de l'ancien régime soupçonnés de s'être enrichis de manière illicite. Sa fortune, que l'on dit colossale, interroge. « Je suis un homme d'affaires et j'ai connu "le milliard" avant qu'Abdoulaye Wade n'accède au pouvoir », se défend-il.

Issu d'une famille modeste, ce fils de marabout élevé par une tante est un « self-made-man qui a beaucoup de mérite », indique le juriste Babacar Gueye. Il a fait fortune dans la vente des produits halieutiques.

Son ascension au sein du PDS, un parti qu'il a financé, il ne la doit qu'à lui-même. « Contrairement à Sall ou à Idrissa Seck, il n'a pas été façonné par Wade », explique un proche. Élu et réélu député de Dakar dans les années 1990, il n'a connu que des succès. En 2002, il gagne la mairie de la capitale (qu'il quitte en 2009) et hérite de la présidence à l'Assemblée nationale. En 2007, il devient président du Sénat. Il est alors de ceux qui participent à la curie contre Sall - «  il n'a jamais supporté l'ascension de Macky », se souvient un ami des deux hommes.

Avec un tel cursus, il pensait logiquement hériter du parti. En 2008, ses déclarations de non-intention n'avaient trompé personne : « Je n'ai d'autre ambition que de servir Wade, la politique est un métier dans lequel je n'excellerai jamais », prétendait-il. Après la défaite du « Vieux » à la présidentielle, il croyait son heure venue. Mais Wade a gardé les rênes du parti. Pis : il lui a préféré, pour mener la bataille des législatives, Oumar Sarr, un figurant qui n'a rejoint le PDS qu'à la fin des années 1990.

Sa liste, Bokk Guiss Guiss, peut-elle l'emporter ? Certainement pas. On devrait assister, le 1er juillet, à une large victoire de l'alliance Benno Bokk Yakaar, qui a porté Sall au pouvoir en mars dernier. Mais l'enjeu, pour Diop, est ailleurs. « Son objectif, glisse un proche, c'est d'être devant le PDS. Ce serait une victoire symbolique qui lui permettrait de reprendre les rênes du parti. » Et de porter l'estocade fatale à Wade.

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