Depuis la mort de Kaddafi, son fondateur et principal bailleur de fonds, l’organisation sahélo-saharienne dépérissait. Un traité révisé vise à la remettre sur pied.
Le 11 juin, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), réunis à Rabat, ont adopté un projet de « traité révisé ». Une manière de relancer une organisation créée en 1998 par Mouammar Kaddafi et qui stagne depuis le décès du dirigeant libyen. Ce traité sera soumis à l’approbation des chefs d’État lors d’un sommet dont la date n’est pas encore fixée. « Il redonne à la Cen-Sad sa mission première », indique Moussa Faki Mahamat, le ministre tchadien des Affaires étrangères, qui est également le président du conseil exécutif de la Communauté.
Trois modifications significatives ont été apportées à ce texte. Tout d’abord, l’espace géographique sahélo-saharien est désormais clairement défini. Ce qui devrait pousser ceux des 28 États membres qui n’appartiennent pas à cette aire (notamment le Bénin, les Comores, le Ghana, le Kenya ou le Togo) à se retirer de l’organisation. L’Algérie, que le Conseil national de transition libyen (CNT) accueillerait volontiers, pourrait en revanche être invitée à la rejoindre. L’établissement de la liste définitive des États membres sera le principal thème abordé lors du prochain sommet. Ce qui devrait donner lieu à de vifs débats (le Sénégal souhaiterait que la Gambie reste, le Maroc ne veut pas entendre parler de l’Algérie, etc.).
Bonne foi
Ensuite, les objectifs ont été reprécisés : œuvrer en faveur de la paix et de la sécurité, favoriser l’intégration économique. Les Libyens ont déclaré que cette nouvelle vision, qui ne fera plus de l’organisation un instrument à la gloire de Kaddafi, leur convient parfaitement.
Pour prouver sa bonne foi, le CNT a restitué à la Cen-Sad le siège de Tripoli, qui avait été occupé par les miliciens, ainsi que les archives, confisquées pendant la guerre. Le personnel de l’organisation qui n’avait pu quitter la Libye a finalement été payé. « Depuis quelques semaines, le travail a repris au siège », confirme un diplomate burkinabè.
Enfin, le mode de fonctionnement – et donc la contribution de chacun – sera revu. « Pour que tout le monde parle à voix égale, il faut être au même niveau de cotisation », estime Moussa Faki Mahamat. Ce pourrait aussi être le talon d’Achille de la Cen-Sad relookée. Kaddafi la finançait pour assouvir son ambition continentale contrariée à l’Union africaine. Aujourd’hui, le nouveau pouvoir de Tripoli et les autres États membres, qui n’ont pas les mêmes moyens qu’avait le « Guide », pourront-ils maintenir l’organisation en vie ?

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