Alors que rien ne le prédestinait à la littérature, le Guinéen Libar Fofana a reçu le prix Ouest-France/Étonnants Voyageurs le 26 mai.
Les voies de l'écriture sont insondables. Celles empruntées par Libar Fofana encore plus, tant son parcours ressemble à un coup du destin. Jamais le Guinéen, qui a reçu le 26 mai le prix Ouest-France/Étonnants Voyageurs, d'un montant de 10 000 euros, pour son dernier roman, L'Étrange Rêve d'une femme inachevée (Gallimard), ne se serait imaginé écrivain avant une tragique soirée de 1993. Alors qu'il assiste, à Marseille, à un concert du groupe irlandais U2, la puissance des haut-parleurs est telle que ses oreilles en prennent un coup : il est frappé de surdité aggravée. Conduit aux urgences, il passe quinze jours sous perfusion. De sa chambre, Fofana voit le ressac incessant de la mer. Et des couchers de soleil toujours renouvelés. De cette observation quasi forcée naît sa vocation d'écrivain. Il a alors 34 ans.
Libar Fofana est né à Conakry en 1959. À 17 ans, fuyant la tyrannie du régime de Sékou Touré, il s'exile. Après le Mali, la Côte d'Ivoire, la Suisse, il pose ses valises en France en 1984. Installé dans le sud de l'Hexagone, il décroche un diplôme d'informaticien. Jusqu'à l'accident de 1993, Fofana est loin des préoccupations littéraires. Une fois convaincu de la nécessité d'écrire, il comprend qu'à travers le livre il peut non seulement recréer le monde, mais surtout amener les hommes de partout à comprendre l'autre. C'est un engagement à laver l'humanité de ses laideurs, une volonté de témoigner et d'entretenir la flamme de l'optimisme, auquel nous devons nous accrocher pour ne pas sombrer. Son premier roman, Le Fils de l'arbre, paraît en 2004 chez Gallimard. Celui qui vient d'être primé est le cinquième. Il évoque l'histoire de deux soeurs siamoises dont l'une est d'une beauté éblouissante et l'autre d'une intelligence prodigieuse. La question qu'il pose consiste à savoir ce qui fait l'homme entre la plastique et l'esprit.

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