Extension Factory Builder
14/06/2012 à 17:32
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Pacôme Yawovi Adjourouvi à la mairie d'Évry (c.). Pacôme Yawovi Adjourouvi à la mairie d'Évry (c.). © Bruno Lévy, pour J.A.

L'avocat pénaliste Pacôme Yawovi Adjourouvi est le premier adjoint au maire d'Évry, au sud-est de Paris. Une étape qui fera peut-être de lui, un jour, le premier magistrat de cette ville.

Il a la cote, Pacôme Yawovi Adjourouvi. Lorsque Francis Chouat, nouveau maire d'Évry, a annoncé ce dimanche 3 juin qu'il devenait son premier adjoint, l'applaudimètre s'est emballé, couvrant en partie l'exposé des raisons de ce choix. « Il est important de montrer par des actes, tentait alors d'expliquer l'édile, que la République sait reconnaître le mérite et promouvoir la diversité. Pacôme incarne la promesse républicaine suivant laquelle le rêve français n'est pas une chimère. »

Ce sont peu ou prou les propos que tenait l'intéressé, deux jours plus tôt, dans le hall d'un hôtel où il nous recevait, l'oeil rivé sur un portable qui ne cessait de vibrer. Issu de la diversité, donc, avec un parcours personnel de docteur en droit et d'avocat installé à Évry. Mais ce natif de Noépé (à 20 km de Lomé) arrivé en France à l'âge de 18 ans pense aussi devoir sa promotion à l'amitié qui le lie à « Manuel » (l'ancien maire Manuel Valls, désormais ministre de l'Intérieur). Carrure de joueur de rugby, voix de baryton, triomphe modeste, Pacôme Adjourouvi se dit conscient de l'immense défi qui l'attend. Jusqu'ici conseiller municipal (chargé de la citoyenneté, de la laïcité et de la démocratie participative), ­secrétaire de la section PS d'Évry (300 membres) et président du groupe des élus socialistes au conseil municipal, il pense avoir l'étoffe nécessaire pour coordonner la gestion administrative de la ville et la délégation des élus, et remplacer le maire au pied levé. Ce père de trois garçons se pose en artisan du « vivre ensemble » et revendique sa part dans le bilan du maire démissionnaire, réélu depuis 2001 avec plus de 60 % des voix (70,28 % en 2008). Manuel Valls lui rend d'ailleurs hommage pour la désormais traditionnelle cérémonie d'accueil des Français nouvellement naturalisés, qu'il a instaurée. Lucide, Adjourouvi avoue qu'il lui sera difficile de concilier rôle politique et activité d'avocat.

Un paradoxe pour ce passionné de natation - il s'échappe toujours entre deux audiences pour piquer une tête - qui se rêvait enseignant et avait reçu pour seule recommandation parentale de se tenir éloigné de la politique. Pour cet amoureux des plaines de Kwépa et des failles d'Alédjo (nord du Togo), qui l'apaisent, la fibre politique se manifeste en 1986, en réaction aux propos virulents de Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur, contre les immigrés. Les humiliantes reconduites de clandestins à la frontière sont en totale contradiction avec l'idée qu'il se faisait de la patrie des droits de l'homme. L'étudiant en droit à l'université de Créteil milite alors en compagnie d'un certain Fodé Sylla, futur président de SOS Racisme. Et croise la route d'Harlem Désir. En résidence universitaire, il refait le continent jusqu'au bout de la nuit, le débarrasse de ses dictateurs corrompus et - déjà - de la Françafrique, poursuit ses discussions au sein d'associations comme le Club Diallo Telli, créé par l'avocat gabonais Serge Abessolo, adjoint au directeur de cabinet du président Ali Bongo. Les turbulences politiques l'empêchent d'envisager son retour. Il décide que l'action, c'est ici et maintenant. Lui qui flirte depuis belle lurette avec le PS épouse la France en se naturalisant parce qu'il compte s'impliquer dans sa vie politique et sociale.

Sa rencontre avec Manuel Valls est déterminante. S'il reconnaît avoir adhéré au PS sur les conseils de l'ex-secrétaire d'État socialiste Kofi Yamgnane, c'est l'actuel ministre de l'Intérieur qui l'a encouragé à se lancer dans l'action de terrain. Proche de Jean-Pierre Chevènement, il se retrouve en position éligible sur les listes des municipales dès 2001, à la faveur d'un accord entre membres de la gauche plurielle. Adjourouvi se rappelle avoir fait signer un document à Valls, « au cas où l'on oublierait ce que l'on s'est dit ».

À ceux qui lui reprochent d'avoir choisi la facilité, ce benjamin d'une fratrie de quatre oppose sa stratégie, qui consiste à accompagner politiquement le continent, même de loin. Il n'est pas peu fier d'être régulièrement reçu par le président Faure Gnassingbé, un ami d'enfance. Aux Togolais qui le soupçonnent de vouloir se servir de son poste comme d'un tremplin pour une carrière dans son pays d'origine, il rétorque que c'est un calcul qu'il s'interdit. « Même s'il ne faut jamais dire : "Fontaine je ne boirai pas de ton eau." » Dans la communauté togolaise, où il est estampillé timoré, on veille au grain. Une de ses amies d'enfance espère ainsi qu'il se montrera plus prompt à établir des certificats d'hébergement. Lui pense à répondre aux attentes de tous les Évryens. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

International

Un Michel peut en cacher un autre

Un Michel peut en cacher un autre

Le nouveau Premier ministre se prénomme Charles et n'a que 38 ans. Mais il a de qui tenir. Louis, son père, est un vieux briscard de la politique locale. Et de la "Belgafrique".[...]

Terrorisme : le Maroc demande à la France de retirer son appel à la vigilance

Pour le ministre marocain de l'Intérieur, Mohamed Hassad, la présence du Maroc dans une liste de 40 pays dans lesquels la France appelle ses ressortissants à une vigilance renforcée "est[...]

Allemagne, la crise d'asthme

Les mauvaises nouvelles se succèdent, l'économie s'essouffle et le spectre de la récession menace. Mais Angela Merkel refuse d'infléchir sa politique. Louable opiniâtreté ou[...]

Algérie : nouveau blocage dans l'enquête sur la mort des moines de Tibhirine ?

Les magistrats français qui se sont rendus en Algérie la semaine dernière n'ont pas pu emporter les prélèvements effectués sur les restes des crânes des sept moines[...]

Migration : quand les Africains ne défendent pas les Africains

En pleine polémique européenne sur l’immigration, Daxe Dabré n’a pas honte de publier le livre "Je suis noir : j'ai honte...". Aiguillon salutaire dans le débat ou ramassis de[...]

Ebola business, commerce macabre autour d'une épidémie

Des boucles d'oreille aux peluches en forme de virus, les produits dérivés à l'effigie d'Ebola se multiplient sur la Toile. Alors que l'épidémie fait rage, avec un bilan de 10 000 cas en Afrique[...]

Canada : un militaire et un assaillant tués après une fusillade au Parlement d'Ottawa

Un tireur, décrit comme un "terroriste" par le Premier ministre canadien, a tué mercredi un soldat à Ottawa et semé la panique au Parlement avant d'être abattu par la police.[...]

L'OIF aux Africains !

Moins de six semaines nous séparent de l'élection du nouveau secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les 57 chefs d'État ou de gouvernement[...]

Un tandem remplace Christophe de Margerie à la tête de Total

 Pour prendre la succesion de Christophe de Margerie, décédé le 20 octobre dans un accident d'avion, le groupe français Total a confié le poste de président du Conseil[...]

Ebola : "Je suis un Libérien, pas un virus", la campagne qui veut vaincre la stigmatisation

#IamALiberianNotAVirus (comprenez : "Je suis un Libérien, pas un virus"). C'est la nouvelle campagne qui anime les réseaux sociaux américains pour lutter contre la stigmatisation des personnes[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers