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21/06/2012 à 15:50
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Le ministre des Finances, Sylvain Ndoutingaï, avait l'oreille de son oncle, le chef de l'État. Le ministre des Finances, Sylvain Ndoutingaï, avait l'oreille de son oncle, le chef de l'État. © Vincent Fournier/J.A.

Le colonel Ndoutingaï, de facto numéro deux du régime depuis neuf ans, a été écarté. À Bangui, la rumeur évoque un complot. Lui clame son innocence.

Qu'est-il arrivé à Sylvain Ndoutingaï ? Depuis le 1er juin, ce colonel de 40 ans, considéré comme le numéro deux du régime du président Bozizé, mais aussi comme l'homme à abattre par la communauté des bailleurs de fonds de la Centrafrique, a été démis de ses fonctions de ministre d'État, ministre des Finances et du Budget, sans aucune explication officielle, et placé en résidence étroitement surveillée à son domicile de Bangui. Pour les Centrafricains, auprès de qui Ndoutingaï jouissait de la réputation à la fois omniprésente et redoutée d'un deus ex machina, ce fut un coup de tonnerre. Pour l'intéressé, qui s'y attendait depuis plusieurs semaines, cette disgrâce n'est qu'un début s'il se confirme qu'il a réellement ourdi un complot pour s'emparer du pouvoir - ce qu'il nie farouchement, mais qu'on ne cesse de murmurer depuis plusieurs semaines à Bangui. Pour le chef de l'État, enfin, qui aura jusqu'au bout défendu ce neveu qu'il considérait comme son fils et pour qui il éprouvait une réelle admiration avant de le lâcher progressivement, le préjudice affectif de cette décision est atténué par son évidente popularité, tant auprès de l'opinion que des partenaires étrangers de la Centrafrique.

Animosité. Natif de Bossangoa, dans l'Ouham, comme François Bozizé, Sylvain Ndoutingaï a été creuseur de diamant avant d'aller suivre des études de gestion à Abidjan, puis de fréquenter les écoles militaires de Thiès, au Sénégal, et de Koulikoro, au Mali. Fin 2001, il rejoint la rébellion que mène son oncle contre le régime Patassé et entre à ses côtés à Bangui en « libérateur », le 15 mars 2003. Son ascension commence alors ; elle ne s'arrêtera plus. Nommé ministre des Mines, Ndoutingaï, qui bénéficie de la confiance totale de son mentor, s'impose très vite comme l'interlocuteur obligé des sociétés étrangères opérant dans les secteurs du diamant, de l'uranium (UraMin, puis Areva) et du pétrole. Son activisme et son discours patriotique, populiste et parfois antioccidental, lui valent un soutien réel auprès d'une frange de la jeunesse, mais aussi, très vite, l'animosité des bailleurs de fonds.

Volontarisme débridé

Dès 2005, la France, suivie par les institutions de Bretton Woods puis par les États-Unis, réclame son départ. On lui reproche à la fois sa gestion opaque des contrats miniers et son intransigeance nationaliste dont le pétrolier américain Grynberg, exproprié de son permis du Nord-Ouest, a fait les frais. Le président, lui, est séduit par le volontarisme parfois débridé de son jeune ministre. S'il consent finalement à lui retirer les Mines, en avril 2011, c'est pour lui confier les Finances, au grand dam du Fonds monétaire international (FMI) et des Américains, qui ne lui accordent de visas qu'à des conditions restrictives telles que Ndoutingaï doit renoncer à se rendre à Washington pour les assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods.

C'est un jeune ministre qui fait bien son travail. Il n'a pas sur moi l'influence qu'on lui prête et il fait ce que je lui demande. Si on lui reproche quelque chose, qu'on le prouve et je prendrai les sanctions qui conviennent. Jusqu'ici on ne m'a rien présenté.

François Bozizé, janvier 2012

À Bangui, sa position d'homme de confiance incontournable et désormais fortuné, à qui, dit-on, le chef de l'État ne refuse rien et qui a sur ce dernier une influence que la rumeur exagère, vaut à Sylvain Ndoutingaï l'image d'un dauphin ambitieux. S'est-il pris au jeu ? C'est possible. Elle lui vaut, surtout, des inimitiés de plus en plus déclarées. Plusieurs ministres de poids, tels Parfait Mbaye, Karim Meckassoua, Fidèle Ngouandjika et surtout Francis Bozizé, fils du président et responsable de la Défense, mettent en garde l'hôte du Palais de la renaissance : selon eux, Ndoutingaï aurait infiltré la garde présidentielle et contrôlerait le gouvernement par l'intermédiaire d'un réseau de directeurs de cabinet à sa solde. Interrogé sur ce point par J.A. fin janvier, Bozizé ne s'y résout pas encore : « Si on lui reproche quelque chose, qu'on le prouve. »

Perquisition

Qui a amené à François Bozizé ces « preuves » qui ont fait basculer son jugement ? Le président tchadien ? Tel ou tel ministre de retour de mission ? Toujours est-il que c'est à l'occasion d'une visite d'Idriss Déby Itno à Bangui, le 5 mai, que le contingent tchadien de la garde présidentielle perquisitionne la villa de Ndoutingaï et confisque les armes qui s'y trouvent. Curieusement, le ministre des Finances conservera son poste pendant trois semaines, alors même qu'il est interdit de quitter le territoire. C'est que François Bozizé préfère déminer le terrain avant de passer à la phase limogeage.

Alerté par son entourage, le président Bozizé a préféré déminer le terrain avant de le limoger.

Tout en évitant ostensiblement de croiser son neveu lors des cérémonies officielles, il écarte ainsi discrètement de sa propre sécurité rapprochée les commandants Roger Godongaï et Martin Ouanti, réputés très proches de Ndoutingaï. Le 1er juin, le couperet tombe. Albert Besse, prédécesseur de Sylvain Ndoutingaï, retrouve son portefeuille. Pour les bailleurs de fonds et les nombreux ennemis de l'ex-« demi-dieu » du régime, le signal est positif. Tout à leur joie de la victoire inespérée, le lendemain, du onze national sur l'équipe du Botswana, les Banguissois ont vite tourné la page, laissant le fils prodigue ronger son frein en espérant un retour en grâce jamais totalement exclu, lui que tant de liens et de secrets partagés unissent à celui qu'il appelle son père. Quant au président Bozizé, plus imperméable que jamais, il était le lendemain l'hôte d'honneur de la fête des Mères. On l'a vu esquisser quelques pas de danse... 

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