Extension Factory Builder
07/06/2012 à 10:25
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Le meneur des mouvements de 1990 et 2006 (à g., turban blanc), à Bamako, en 2003. Le meneur des mouvements de 1990 et 2006 (à g., turban blanc), à Bamako, en 2003. © Reuters

Le fondateur du groupe Ansar Eddine, Iyad Ag Ghali, exige l'instauration d'un régime islamique rigoriste dans le nord du Mali. Quitte à faire échouer l'alliance nouée avec la rébellion touarègue laïque du MNLA.

Au sein du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), la colère gronde. « On a fait des concessions en acceptant un État islamique, s'emporte un membre du mouvement sécessionniste. Maintenant, c'est à lui de faire des efforts. » « Lui », c'est Iyad Ag Ghali, fondateur du groupe islamiste Ansar Eddine. Au MNLA, on était sûr que cet enfant des Ifoghas, de la tribu Irayakan, reviendrait au bercail sans conditions. Las, au contact des salafistes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), il a changé.

Désormais, celui qui se fait appeler Abou Fadil exige un État de l'Azawad wahhabite, dirigé selon les principes les plus rigoristes de la loi islamique. Ne s'exprimant plus qu'en arabe, il a tendance à prendre de haut ceux qui ont adopté la langue des mécréants. Au lieu de rompre avec ses alliés d'Aqmi, il propose à présent de leur faire une petite place dans la région. Des positions qui ont conduit, le 1er juin, à la rupture : en grande majorité favorable à un islam tolérant, le MNLA a récusé le protocole d'accord scellant la fusion avec Ansar Eddine. « On se bat pour la démocratie, pas pour [l'intégrisme], maugrée Nina Wallet Intalou, l'une des principales figures du MNLA, exilée en Mauritanie. Il est hors de question que je sois obligée de porter le niqab, ce n'est pas notre culture ! »

Légion verte

Comme beaucoup d'autres Touaregs, rebelles d'hier ou d'aujourd'hui, elle ne reconnaît plus le fringant « Iyad », amateur de bonne chère et de virées nocturnes. Celui qui savait parler et convaincre, « sans jamais un mot plus haut que l'autre », selon l'un des anciens de la rébellion de 1990. Et encore moins l'« Iyad » d'Abeïbara (région de Kidal), la ville où il est né, en 1958.

Fils d'un ancien guide colonial, il a arrêté ses études après l'école élémentaire, au début des années 1970. Le contexte de l'époque est difficile. La grande sécheresse de 1974 a décimé les troupeaux et contraint les populations à migrer vers de meilleurs pâturages : le Niger, l'Algérie, la Libye... C'est d'ailleurs dans ce pays qu'il touche sa première arme, enrôlé dans la Légion verte de Mouammar Kadhafi. Il fait le coup de feu en Palestine, dans la bande d'Aouzou (Tchad), au Liban aussi. Et c'est fort de son expérience de guerrier qu'en 1990, de retour au Mali, il se donne une nouvelle mission : libérer les Touaregs du joug des « Sudistes ». À la tête du Mouvement populaire pour la libération de l'Azawad (MPLA), Iyad Ag Ghali rassemble derrière lui tous les « Blancs », Touaregs et Arabes. En 2006, lorsqu'il prend la tête d'une nouvelle rébellion, il ne fait plus autant l'unanimité : les peuples du Nord sont las de la guerre. Sans compter qu'« il n'y avait que les chefs qui tiraient leur épingle du jeu », se souvient, amer, un ex-combattant.

Proximité avec les cercles salafistes

Mais Ag Ghali reste influent dans sa région d'origine. Depuis son premier séjour à La Mecque, en 2003, il passe même pour un sage. Usant de son entregent, il parvient à se faire nommer vice-consul du Mali en Arabie saoudite. Entré en fonction en 2008, il n'occupera ce poste que deux ans avant d'être rappelé à Bamako, en raison de sa « trop grande proximité avec des cercles salafistes », soutient-on dans l'entourage de l'ex-président Amadou Toumani Touré. Une proximité que le pouvoir utilisera néanmoins pour obtenir la libération d'otages, comme celle du Français Pierre Camatte en février 2010.

Soutenu financièrement par Aqmi, renforcé par les ralliements de jeunes Touaregs, Iyad Ag Ghali pourrait bien disputer au MNLA - et à son chef militaire, Mohamed Ag Najim - le leadership dans la zone. « C'est un homme de pouvoir, et il fera tout pour l'obtenir », prédisait un de ses anciens compagnons d'armes au début du conflit, en janvier. Au risque d'embraser l'Azawad ?

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Mali : l'ex-président ATT peut-il revenir à Bamako ?

Mali : l'ex-président ATT peut-il revenir à Bamako ?

Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées jeudi à Bamako pour demander le retour de l'ex-président malien Amadou Toumani Touré, exilé au Sénégal depuis 2012.[...]

Lassana Bathily décoré de la médaille du courage par le Centre Simon Wiesenthal à Los Angeles

Lassana Bathily, le jeune Malien qui a sauvé quatre personnes lors de la prise d'otages de l'Hyper Cacher en France, le 9 janvier, a été décoré mardi de la médaille du courage par le[...]

Terrorisme au Sahel : la stratégie de Sisyphe

Peut-être a-t-on crié victoire un peu vite : il ne suffit pas de couper quelques têtes pour éradiquer la menace jihadiste. Soldats français et Casques bleus l'apprennent à leurs[...]

Mali : la résolution de la crise du Nord, thème officieux de la visite officielle d'IBK à Alger

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a entamé dimanche un voyage officiel de trois jours en Algérie. Il sera particulièrement question du fragile processus de paix malien, dans lequel Alger[...]

Mali : en plein marché, Aqmi décapite un homme accusé de travailler pour les Français

Des combattants d'Aqmi ont tué par balle puis décapité jeudi un civil qu'ils accusaient de travailler pour les forces françaises au Mali. L'exécution s'est déroulée en plein[...]

Mali : qui sont les trois individus arrêtés dans l'enquête sur l'attentat de Bamako ?

Les forces spéciales maliennes ont arrêté trois personnes à Bamako dans la nuit de mercredi à jeudi. Mais le doute est permis sur leur degré d'implication dans l’attentat du 7[...]

Mali : arrestation de deux complices présumés de l'attentat de Bamako

Un peu moins de deux semaines après l'attentat meurtrier du 7 mars contre le bar-restaurant "La Terrasse" à Bamako, deux hommes, complices présumés des auteurs de l'attaque, ont[...]

Mali : Bamako et la médiation appellent les rebelles de la CMA à parapher l'accord d'Alger

La médiation internationale et le gouvernement malien ont appelé mercredi la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) à parapher en l'état l'accord de paix d'Alger, écartant toute nouvelle[...]

Alain Giresse de retour à la tête des Aigles du Mali

Après avoir connu une Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2015 difficile avec le Sénégal, Alain Giresse s’est engagé mardi avec le Mali, qu’il avait déjà dirigé de[...]

Mali : les rebelles de la CMA refusent de signer le préaccord d'Alger

Malgré la visite d'une équipe de médiation internationale à Kidal, les groupes rebelles qui composent la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) refusent toujours de signer, en l'état, le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Purging www.jeuneafrique.com/Article/JA2682p012-013.xml0 from 172.16.0.100 Purging jeuneafrique.com/Article/JA2682p012-013.xml0 from 172.16.0.100